Etats-Unis

Trump limoge son ministre de la Justice 

Les jours de Jeff Sessions, qui s'est récusé dans l'affaire russe, étaient comptés. Le président pourrait décider de se débarrasser d'autres membres de son cabinet

Après s'être félicité d'un «énorme succès» à propos des gains de sièges républicains au Sénat, après avoir taxé une journaliste noire qui l'interrogeait sur sa rhétorique nationaliste de «raciste» et avoir traité Jim Acosta, journaliste de CNN, d'«horrible», Donald Trump a décidé de pimenter sa journée post électorale avec une nouvelle décision: il a annoncé mercredi, sur Twitter, que son ministre de la Justice était licencié. Jeff Sessions rejoint désormais le banc des limogés, déjà fort bien garni. 

Ses jours étaient comptés. Depuis des mois, Jeff Sessions, qui a dû se récuser dans l'affaire de l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016, a subi des humiliations publiques de Donald Trump. Personne ne doutait qu'il ne resterait pas longtemps en place à la Maison-Blanche. Cette fois, le président a annoncé son départ en précisant que son successeur serait nommé ultérieurement. Il est pour l'instant remplacé par son propre directeur de cabinet, Matthew Whitaker. Jeff Sessions a tendu sa lettre de démission à Donald Trump en lui précisant qu'il le faisait «à sa demande». 

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C'est bien depuis que Jeff Sessions s'est récusé, en mars 2017, que la relation entre les deux hommes s'est envenimée. Jeff Sessions avait d'abord menti en affirmant n'avoir jamais rencontré l'ambassadeur russe alors en poste à Washington, puis il a dû admettre que ses propos étaient faux - il l'a vu à deux reprises, en juillet et en septembre 2016, en pleine campagne présidentielle - et a préféré en tirer les conséquences. Depuis, c'est le numéro 2 du Département, Rod Rosenstein, qui a pris l'enquête russe en charge, et nommé Robert Mueller comme procureur spécial. 

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Donald Trump a toujours reproché à Jeff Sessions de s'être récusé. Il lui en veut d'avoir par ricochet permis au procureur spécial Robert Mueller d'enquêter sur l'interférence russe dans la présidentielle de 2016 et la possible collusion avec son équipe de campagne. D'ailleurs, les spéculations vont bon train: Robert Mueller sera-t-il la prochaine victime de Donald Trump, qui ne semble pas faire grand cas de la séparation des pouvoirs?

Le 1er août, Donald Trump avait augmenté la pression sur Jeff Sessions. Il avait fait savoir, toujours à travers son arme de communication favorite qu'est Twitter, que son ministre «devrait stopper immédiatement cette chasse aux sorcières truquée avant qu'elle continue de souiller davantage notre pays», une allusion à l'enquête Mueller en cours depuis mai 2017 après le limogeage présidentiel du patron du FBI. Jeff Sessions n'a pas cédé aux pressions. D'ailleurs, il n'était pas la bonne personne visée, n'ayant officiellement plus aucun moyen d'action à propos de l'enquête. 

Si Jeff Sessions semble avoir exercé sa fonction de ministre au plus près de sa conscience, en étant capable de résister à Donald Trump dont il était pourtant initialement proche, il a une réputation controversée. Cet ultra-conservateur est originaire de la ville de Selma, dans l'Alabama, connue pour la répression policière lors des fameuses Marches des militants des droits civiques en 1965. En 1986, il a subi un important revers au Sénat: Ronald Reagan l'avait proposé comme juge fédéral de la Cour de district du Sud de l'Alabama, mais les sénateurs n'ont pas avalisé sa nomination. 

En cause: des accusations de racisme. Comme procureur, il aurait traité un collègue noir de «boy» et aurait affiché quelques sympathies pour le Ku Klux Klan. Sa nomination par Trump comme ministre de la Justice a été contestée par de nombreux démocrates, qui ont remis son passé trouble sur le devant de la scène. Jeff Sessions était l'un des premiers à avoir appuyé la candidature du milliardaire new-yorkais à la Maison-Blanche, alors qu'il était encore sénateur. 

De nouvelles inculpations?

Ce limogeage d'un ministre tombé en disgrâce - Trump s'est même moqué récemment de son accent - intervient alors que les démocrates viennent de reprendre la majorité à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat. Du coup, ils seraient en mesure de lancer des commissions d'enquêtes parlementaires autour de l'affaire russe, qui empoisonne le mandat de Trump depuis le début. Le président américain a toujours nié avec véhémence toute collusion. Nerveux, il a à nouveau dénoncé mercredi matin une «chasse aux sorcières écoeurante» menée par des «démocrates vindicatifs». Il leur a lancé une sorte d'avertissement: il est prêt à travailler avec eux, mais à condition qu'ils renoncent à leurs projets d'enquêtes sur sa présidence et sa situation fiscale. 

De fait, l'enquête Mueller a été mise entre parenthèse pendant deux mois, les magistrats étant tenus de se garder de toute inculpation à caractère politique dans les 60 jours précédant une élection. Désormais, Robert Mueller peut à nouveau procéder à des inculpations. A moins que Trump ne décide de chercher à l'affaiblir ou à le limoger. 

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