Les propos de Donald Trump lors du dernier débat présidentiel ont provoqué une onde de choc à travers tout le pays. Le candidat républicain a répété qu’il n’était pas prêt à reconnaître le résultat de l’élection du 8 novembre. Une manière de contester la légitimité du scrutin. Chris Wallace, le modérateur du débat tenu mercredi à l’Université du Nevada à Las Vegas a pourtant rappelé que l’une des fiertés des Etats-Unis réside dans la transmission pacifique du pouvoir et dans le fait que le vaincu accepte sa défaite. «Etes-vous en train de dire que vous n’êtes pas prêt à reconnaître ce principe?», a insisté le journaliste de Fox News. Le candidat républicain a maintenu la même rhétorique: «Je maintiendrai le suspense.»

Clinton: «il dénigre notre démocratie»

Ce n’est pas la première fois que Donald Trump ébranle l’un des piliers de la démocratie américaine. Dans le Wisconsin lundi, il déclarait: «Il y a des gens qui sont morts il y a dix ans et qui votent encore.» Il a même prétendu que des clandestins votent. Aux yeux du candidat républicain dont les sondages dans les Etats bascules reflètent de plus en plus le prix de ses outrages, non seulement les médias, qui font partie du «Clinton Network», mais aussi le système électoral œuvrent à sa défaite. L’attitude du milliardaire new-yorkais choque d’autant plus que lors du débat, il a refusé de condamner la Russie que les Renseignements américains ont officiellement identifiée comme étant derrière les cyberattaques contre le Parti démocrate et les fuites de WikiLeaks visant à discréditer Hillary Clinton.

Dans le camp républicain, où l’on craint désormais une cuisante défaite le 8 novembre et le risque de perdre le contrôle du Sénat voire même de la Chambre des représentants, les propos du candidat sont jugés inacceptables. Ils pourraient inciter à des actes insurrectionnels. Il y a peu, seuls 21% des électeurs de Trump disaient vouloir reconnaître, le cas échéant, la victoire de Hillary Clinton. Bon nombre de gouverneurs républicains à la tête d’Etats qui organisent la présidentielle, comme le prévoit le fédéralisme américain, se disent indignés. Hillary Clinton a sèchement critiqué son rival: «Il dénigre notre démocratie.» Le président Barack Obama s’y est aussi mêlé: «Je n’ai jamais vu au cours de ma vie ou dans l’histoire politique récente un candidat présidentiel essayer de discréditer les élections et le processus électoral avant même que le vote n’ait eu lieu. C’est sans précédent.»

Responsable de la campagne du républicain, Kellyanne Conway a cherché à limiter la casse jeudi sur les plateaux de télévision. Elle a cité ce qu’elle considère comme un précédent: l’élection présidentielle de 2000. A ses yeux, Al Gore n’a rien fait d’autre que ce que suggère Donald Trump. Or l’analogie ne tient pas. Le 7 novembre 2000, le candidat démocrate avait appelé son rival George W. Bush en début de nuit pour concéder la défaite. Mais les résultats de Floride étant si serrés, les autorités de l’État avaient décidé de procéder à un recomptage des votes. Le processus fut laborieux, des bulletins de vote perforés étant à peine lisibles. Un mois après l’élection, la justice de Floride demanda un nouveau recomptage. Mais un recours du camp Bush devant la Cour suprême poussa cette dernière a refusé la demande et attribua la victoire au républicain qu’Al Gore accepta sans rechigner.

Donald Trump n’est pas le premier à brandir le spectre des fraudes électorales. En 2012, le camp de Mitt Romney laissait aussi entendre que les fraudes étaient nombreuses. C’est ce qui a poussé un grand nombre de gouverneurs républicains à exiger la présentation d’une carte d’identité pour voter. Un fait normal en Europe, mais très inhabituel jusqu’ici aux Etats-Unis où les citoyens se sont fait une fierté de ne pas avoir à présenter un tel document. Ces mesures avaient en réalité un objectif caché: elles frappaient de façon disproportionnée les minorités qui votent plutôt démocrate. Donald Trump met néanmoins le doigt sur un problème réel: l’état préoccupant des registres électoraux. Dans un rapport, le Pew Research Center relève que 12,7 millions de dossiers ne sont pas à jour et douze millions d’autres ne contiennent pas les bonnes adresses d’électeurs ayant déménagé. 1,8 million de personnes figurent toujours dans le registre alors qu’elles sont mortes. Aussi gênants soient ces conclusions, le Pew Research Center le confirme: cet état des choses n’a pas sapé la fiabilité du processus électoral.

Le plus ironique dans cette affaire relève de Donald Trump lui-même. Lors de la présidentielle 2004, il avait cherché à voter à New York. Mais les informations figurant dans le registre électoral étant incorrectes, il fut rejeté. Il chercha à voter dans trois autres villes de moindre importante et fut contraint de glisser dans l’urne un «bulletin provisoire» susceptible d’être invalidé.