Corée du sud

Trump veut vendre ses armes à Séoul

Corée du Sud Le président américain souhaite vendre ses armes au président sud-coréen. De son côté, Moon Jae-in entend consolider les capacités défensives de son pays et sa force de dissuasion pour empêcher tout conflit militaire avec le Nord

«Nous possédons le meilleur équipement militaire du monde et la Corée du Sud va en commander pour des milliards de dollars», a claironné hier le chef de l’Etat américain, Donald Trump, à l’issue d’un sommet avec son homologue sud-coréen, Moon Jae-in, à Séoul. Cette rencontre marquait la première visite officielle d’un président des Etats-Unis au Pays du Matin clair en vingt-cinq ans. La tournée asiatique du locataire de la Maison-Blanche, dont la Corée du Sud était la dernière étape parmi cinq nations d’Asie, intervient dans un contexte de tension extrême sur la péninsule coréenne, après que le régime nord-coréen a mené, le 3 septembre, son sixième et plus puissant essai nucléaire.

Le nouveau mantra de Trump, «La paix par la force», semble avoir été adopté par Moon, qui a réaffirmé l’importance d’opposer une puissance sans faille aux actes belliqueux de la Corée du Nord. «La supériorité écrasante de notre force basée sur l’alliance Corée du Sud - Etats-Unis finira par pousser le Nord à stopper ses provocations irréfléchies et à s’engager sur la voie de la dénucléarisation.» Au cours de leurs entretiens, Moon Jae-in et Donald Trump ont souligné en parallèle leur ferme volonté de trouver une issue pacifique, voire diplomatique, à l’épineux dossier nucléaire nord-coréen.

Maigres espoirs de dialogue entre les Corées

Depuis le début de son mandat, en mai dernier, Moon Jae-in est contraint de se livrer à un périlleux exercice d’équilibrisme. Il souhaite poursuivre sa politique de la main tendue en direction de son turbulent voisin, sans pour autant paraître trop complaisant à son égard. La récente guerre des mots entre Washington et Pyongyang ainsi que les bravades nucléaires et balistiques récurrentes du régime de Kim Jong-un ont peu à peu douché ses maigres espoirs de dialogue.

Le président sud-coréen semble donc contraint de miser sur une nette domination militaire afin de maîtriser les velléités nucléaires du royaume ermite. Son objectif se dessine désormais clairement: consolider ses capacités défensives et sa force de dissuasion pour empêcher tout conflit militaire avec le Nord.

Un arsenal de défense ultra-sophistiqué

Séoul compte muscler son armée tous azimuts. Après son tête-à-tête avec le président américain, Moon Jae-in a annoncé la signature d’un accord portant sur la levée complète de la limitation de poids des ogives sud-coréennes et le lancement immédiat de pourparlers en vue de l’acquisition et du développement par la Corée du Sud d’un arsenal de défense ultra-sophistiqué. Une source de la présidence sud-coréenne a précisé qu’il comprenait des sous-marins nucléaires dont la possession par Séoul est actuellement interdite en vertu du traité sur le nucléaire sud-coréano-américain.

L’armée sud-coréenne cherche aussi à se doter de satellites espions capables de surveiller le territoire nord-coréen. Les Etats-Unis n’ayant jamais vendu leurs satellites à l’étranger, un transfert de technologie ou un développement conjoint via un transfert de technologie entre les deux alliés est probable.

Achat d’hélicoptères anti-sous-marins

Par ailleurs, l’Administration du programme d’acquisition de défense (DAPA) a indiqué aujourd’hui que la Corée du Sud prévoyait de commander 12 hélicoptères anti-sous-marins d’une valeur totale de 400 millions de dollars. L’armée sud-coréenne espère ainsi lutter contre l’accroissement de la menace sous-marine du Nord, d’après la DAPA. Un appel d’offres sera lancé l’année prochaine pour que la Marine puisse déployer les nouveaux appareils d’ici à 2020. Séoul est aussi intéressé par l’achat de missiles intercepteurs ou encore de nouveaux chasseurs F-35 du constructeur américain Lockheed Martin. Washington s’en frotte déjà les mains.

Le commerce bilatéral a également été l’un des sujets clés du sommet entre les présidents sud-coréen et américain. Donald Trump martèle depuis de nombreux mois qu’il souhaite le retrait des Etats-Unis de l’accord de libre-échange (ALE) bilatéral signé avec la Corée du Sud. Un accord «horrible» qui a entraîné un grand déficit commercial avec Séoul, selon l’ex-magnat de l’immobilier. Il a présenté l’acquisition d’équipement militaire américain par l’armée sud-coréenne comme étant nécessaire à cette dernière, tout en affirmant que ce serait pour son pays «synonyme d’emplois et de réduction du déficit commercial avec la Corée du Sud».

Révision du commerce bilatéral

Le processus de renégociation de l’ALE Séoul-Washington ayant déjà débuté, ces commandes monstres ont sans aucun doute pesé sur la balance. Outre le facteur sécuritaire, le maintien des exportations de produits «made in Korea» en direction du pays de l’Oncle Sam pourrait aussi avoir incité l’administration Moon à desserrer les cordons de la bourse pour l’achat d’armement américain.

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