Etats-Unis

Trump-Merkel, ce qui peut les rapprocher

Lutte contre le terrorisme, OTAN et rapports avec la Russie seront au coeur des discussions, mardi, entre la chancelière allemande et le président américain, animés par des valeurs très différentes. L'Allemagne a récemment été attaquée par l'administration Trump pour son excédent commercial de 65 milliards de dollars 

Saura-t-elle échapper, comme le Premier ministre canadien Justin Trudeau, à la féroce poignée de main de Donald Trump? Angela Merkel sait en tout cas lui tenir tête. En visite le 14 mars à Washington, la chancelière allemande ne compte pas se laisser impressionner par le président américain, avec lequel elle n'a pas grand chose en commun.

Elle incarne le leadership européen d'un monde qui vacille, en proie à la montée des populismes. Et la défense de valeurs humanistes, d'ouverture et de solidarité, face à une tendance à l'isolationnisme. Doyenne des dirigeants de la communauté internationale - elle est depuis douze ans au pouvoir -, Angela Merkel l'a encore prouvé récemment, lors de la 53e Conférence sur la sécurité à Munich: elle a prôné le multilatéralisme et la coopération, en relevant «qu'aucune nation ne peut résoudre à elle seule les problèmes de ce monde». Le contraste avec Donald Trump est fort. Lors de son discours devant le Congrès, le président américain a surtout mis en avant sa politique protectionniste incarnée par son slogan «America first».

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Sur le plan de l'immigration, un mur se dresse entre Angela Merkel et Donald Trump. La chancelière a ouvertement critiqué le décret anti-immigration promulgué le 27 janvier et depuis gelé par la justice. Lundi dernier, Donald Trump a présenté une nouvelle variante, édulcorée. L'Irak ne fait plus partie des sept pays à majorité musulmane dont les ressortissants sont frappés d'une interdiction d'entrer aux Etats-Unie pendant 90 jours. Les titulaires de green cards et de visas valables ne sont plus concernés non plus par l'interdiction. Pas de quoi faire changer d'avis Angela Merkel, dont on imagine mal qu'elle n'abordera pas ce thème avec le président américain. 

Politique d'asile «catastrophique»

En janvier, Donald Trump n'avait pas mâché ses mots la concernant. Dans une interview accordée aux quotidiens allemand Bild et britannique Times, il avait fustigé sa politique d'asile et qualifié sa décision d'ouvrir son pays à des centaines de milliers de demandeurs d'asile de «catastrophique», en faisant un lien avec l'attentat contre un marché de Noël à Berlin le 19 décembre revendiqué par l'Etat islamique. En 2015, l'Allemagne avait enregistré un nombre record de 890 000 demandes d'asile, chiffre redescendu à 280 000 en 2016. A titre de comparaison: les Etats-Unis ont admis 84 994 réfugiés en 2016. Donald Trump n'en vise «pas plus de 50 000» cette année. 

Sur le plan du tempérament également, tout les oppose. Pragmatique, réservée, Angela Merkel sait garder son sang-froid et paraît plutôt réfléchie. Elle fera face à un homme sanguin, capable de réactions intempestives, qui n'a pas hésité il y a quelques jours à qualifier son prédécesseur Barack Obama, qu'il accuse de l'avoir mis sur écoute, d'homme «mauvais et malade». 

Pas de suspicion généralisée

Qu'est-ce qui peut donc bien les rapprocher? Ils devraient trouver un terrain d'entente à propos de la lutte contre le terrorisme et la politique sécuritaire. Donald Trump fait de l'«éradication» de l'Etat islamique l'une de ses priorités. Mais là encore, Angela Merkel ne fera aucune concession sur ses principes. Pour elle, la «bataille nécessaire et décisive contre le terrorisme ne justifie pas une suspicion générale contre des personnes d'une certaine origine ou d'une certaine religion». Elle le lui a dit de vive voix, le 28 janvier, lors d'un entretien téléphonique. 

Dans le communiqué divulgué par la Maison Blanche après la discussion, il a en fait surtout été question de l'OTAN, autre dossier sur lequel les deux dirigeants devraient pouvoir arrondir les angles, Donald Trump ayant changé d'attitude. «Le président et la chancelière sont d'accord pour reconnaître l'importance fondamentale de l'OTAN dans le cadre d'une relation transatlantique plus large et de son rôle pour assurer la paix et la stabilité de notre communauté de l'Atlantique nord», précise le texte.

«Nous seront toujours votre plus grand allié»

Donald Trump ne traite plus l'OTAN d'«obsolète». Le vice-président Mike Pence, présent à la Conférence de Munich, l'a répété: les Etats-Unis resteront au côté des Européens pour perpétuer une défense commune, s'ils décident de consacrer plus de moyens à leur défense. «Nous soutenons fermement l’OTAN. Notre alliance transatlantique est inébranlable. Nous serons toujours votre plus grand allié», a-t-il lancé. Angela Merkel voudra directement l'entendre de Donald Trump. Devant le Congrès, Donald Trump avait également adopté un ton plus conciliant en assurant que l’Amérique était «disposée à trouver de nouveaux amis, à forger de nouveaux partenariats, lorsque nos intérêts partagés s’alignent. Nous voulons l’harmonie et la stabilité, pas la guerre et le conflit. Nous voulons la paix, partout où elle peut être trouvée». Autre dossier qui sera abordé: la Russie et la situation dans l'est de l'Ukraine. Vendredi, un responsable américain a déclaré que Donald Trump, qui se rendra en juillet au sommet du G20 à Hambourg, entendait «profiter de l'expérience d'Angela Merkel sur la façon d'interagir avec le président russe». 

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Sur le plan commercial, la Chine est devenue le premier partenaire de l'Allemagne en 2016, reléguant les Etats-Unis en troisième position, après la France, ce qui a plutôt lieu de rassurer l'Allemagne en raison des projets protectionnistes du président américain. Peter Navarro, le conseiller au commerce de Donald Trump, vient de déclarer que les Etats-Unis chercheraient à réduire leur déficit commercial de 65 milliards de dollars avec l'Allemagne, en dehors des procédures imposées par l'UE. Il a accusé la première puissance économique européenne de profiter de l'avantage commercial offert par la baisse de l'euro face au dollar. Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemand, a vivement réagi. Les comptes courants excédentaires de son pays sont le résultat de la «très forte compétitivité de ses entreprises», a-t-il souligné. Wolfgang Schaüble rencontrera son homologue américain Steven Mnuchin le 16 mars à Berlin. Les taxes que Donald Trump compte imposer sur les produits étrangers seront bien sûr abordées. 

Enfin, Angela Merkel saura peut-être jouer dans le registre un peu plus personnel pour tenter d'amadouer le président: les grands-parents de Donald Trump, côté paternel, étaient allemands. Friedrich Trump a émigré aux Etats-Unis à l'âge de 16 ans. Il y a d'abord travaillé comme barbier, puis comme gérant de restaurants, avant de de participer à la ruée vers l'or du Klondike. Il retourne en Allemagne se marier, mais perd sa citoyenneté quand les autorités découvrent qu'il avait émigré pour échapper au service militaire. C'est donc contraint qu'il a dû retourner aux Etats-Unis. 

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