Taïwan

Tsai Ing-wen, la présidente qui résiste à Pékin

Réélue samedi à la tête de l'île en cultivant l'image d'une «résistante» vis-à-vis de Pékin, la présidente professe une certaine admiration pour Margaret Thatcher.

Tsai Ing-wen, qui appartient au PDP (Parti démocratique progressiste), se décrit comme l'avocate de la démocratie libérale taïwanaise face au régime autoritaire chinois, qui n'a cessé de durcir le ton depuis son arrivée au pouvoir en 2016.

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A 63 ans, cette ancienne universitaire respectée et connue pour sa discrétion a d'abord enseigné le droit avant d'entrer sur le tard en politique, où ses pairs vont rapidement découvrir ses talents de négociatrice. Elle a notamment participé aux négociations pour l'entrée de Taïwan à l'Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Cette brune à la coupe carrée et aux fines lunettes a souvent dû se battre contre les insultes misogynes, dans une culture politique majoritairement dominée par les hommes. Sur ce point, Tsai Ing-wen, dont le prénom en mandarin signifie «langue anglaise», a peut-être trouvé son modèle en la personne de Margaret Thatcher. Première ministre britannique dans les années 1980, celle qui a été surnommée la Dame de fer, s'était rendue célèbre pour son intransigeance.

Cette force de caractère est peut-être ce qui guide aujourd'hui la présidente dans ses relations avec le pouvoir communiste du président Xi Jinping.

Une présidente proche du peuple

Tsai Ing-wen, qui est issue d'une famille aisée du sud de Taïwan, a su cultiver une image de personne proche du peuple, s'affichant volontiers sur les réseaux sociaux en compagnie de ses chats. Elle est en revanche très discrète sur sa vie privée et n'est pas mariée.

En 2000, elle a occupé son premier poste gouvernemental d'importance à la tête du Conseil des affaires continentales. Elle a été chargée des relations avec la Chine. Mme Tsai a été nommée six ans plus tard Premier ministre adjointe. En 2008, elle prend la tête du Parti démocratique progressiste avec lequel elle se lancera en 2012 dans sa première campagne présidentielle. Ce sera un échec. Sa deuxième tentative est la bonne. En 2016, Tsai Ing-wen entre dans l'histoire en devenant la première femme à la tête de Taïwan avec un programme qui prône une prise de distance de l'île avec Pékin.

Taïwan, dont le nom officiel est «la République de Chine», a sa monnaie, son drapeau, son armée, sa diplomatie et son gouvernement mais n'est considéré comme un pays indépendant que par une poignée de capitales. Pékin maintient que l'île fait toujours partie de son territoire et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d'indépendance.

En 2016, Tsai Ing-wen avait réussi un coup de maître en s'entretenant par téléphone avec Donald Trump. Tout juste élu à la Maison Blanche, le milliardaire avait accepté l'appel et créé une crise majeure avec la Chine.

Les prises de position de Tsai Ing-wen en faveur des manifestants pro-démocratie de Hong Kong, qui dénoncent depuis juin l'emprise jugée grandissante de Pékin sur le territoire autonome, ont particulièrement séduit les jeunes taïwanais, fiers de leur identité et de sa politique sociale.

Taïwan est devenu en mai le premier territoire en Asie à enregistrer des mariages homosexuels.

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