Espagne

Le tsunami qui agite Barcelone aurait ses origines à Genève

Une mystérieuse organisation – «Tsunami Democràtic» – canalise les manifestations qui secouent la Catalogne. Elle aurait été conçue en Suisse par les leaders indépendantistes

Dans le landerneau politico-médiatique espagnol, la question est sur toutes les lèvres: qui se cache derrière «Tsunami Democràtic»? Un mois et demi après son lancement, cette plateforme digitale compterait déjà quelque 250 000 «amis» ou utilisateurs. Ces derniers jours, ce mouvement est devenu la colonne vertébrale de la contestation populaire qui agite les rues de Barcelone, après que la Cour suprême espagnole a infligé lundi de lourdes peines de prison à des leaders indépendantistes catalans. Or, même si les principaux intéressés le démentent, de nombreux indices pointent vers la même direction : c’est à Genève que se situerait l’origine de ce tsunami catalan.

Préparer la suite

La rencontre était passée pratiquement inaperçue. Fin août, dans la quiétude de la campagne genevoise, se réunissait l’essentiel des figures qui incarnent aujourd’hui l’indépendantisme catalan, au-delà de ses responsables emprisonnés. Parmi eux, le président de la Generalitat (le gouvernement catalan) Quim Torra, et son prédécesseur Carles Puigdemont (qui a fui en Belgique, et qui se rend souvent à Genève). Ainsi que Marta Rovira, la secrétaire générale de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), recherchée par la justice espagnole et établie à Genève depuis mars de l’année dernière.

Au programme de cette rencontre de Genève: tenter d’unifier le camp indépendantiste, qui regroupe des tendances politiques très diverses, mais aussi préparer la suite du mouvement après les verdicts attendus de la Cour suprême espagnole. Dans une vidéo qui semble avoir accompagné la réunion, et qui sera postée sur les réseaux sociaux quelques jours plus tard, Carles Puigdemont et Marta Rovira insistent sur la nécessité de «passer à l’action» et de «reprendre l’initiative». Il doit s’agir, note l’ancien chef du gouvernement catalan, d’une «action combinée» entre les institutions et la société, mais aussi «entre l’intérieur et l’extérieur», soit un plan conjugué entre ceux qui sont restés en Catalogne et ceux qui se sont «exilés» à l’étranger. Bref, voilà exposé un véritable plan de bataille.

Or, deux jours plus tard, le 2  septembre, Tsunami Democràtic émet son premier communiqué. Le mouvement prône «l’ironie, la créativité et la diversité». Il se réclame non comme une organisation mais comme une «campagne constante, continue et inépuisable». Chacun devra être le protagoniste de cette nouvelle vague. «Le tsunami, c’est toi», conclut le message. Des médias espagnols qui ont suivi l’affaire racontent la suite : Marta Rovira retransmet le message de Tsunami 3 minutes après son apparition. Il faudra environ quinze minutes de plus à Oriol Junqueras (l’un des leaders politiques emprisonnés) et à Carles Puigdemont pour réagir à leur tour. Le président du gouvernement Quim Torra suivra dans la foulée. Quelques heures plus tard, le compte Twitter du mouvement compte déjà plus de 10 000 «followers».

Depuis lundi, Tsunami Democràtic a montré une redoutable efficacité. Revendiquant la non-violence, il a canalisé la colère d’une bonne partie de la société catalane scandalisée par la lourdeur des peines (entre 9 et 13  ans de prison) qui ont frappé les leaders indépendantistes incarcérés. Le mouvement détermine les actions à mener. Il utilise notamment l’application Telegram qui garantit un anonymat absolu. Faute de garanties suffisantes, il n’est pas encore accessible aux utilisateurs d’un iPhone.

Mais ses concepteurs y travaillent et, après les manifestations qui se sont concentrées sur l’aéroport de Barcelone, puis sur le centre de la ville, ils promettaient mercredi des «nouveaux appels du tsunami pour bientôt». Les mystérieux orchestrateurs de la mobilisation filent la métaphore: la nouvelle action, promettent-ils, sera annoncée «lorsque des milliers de nouvelles gouttes seront connectées à l’application».

Sous le choc

Cette gestion digitale de la colère indépendantiste a fait sortir de leurs gonds les responsables politiques espagnols. Au premier rang desquels, le ministre socialiste de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska : «Bien sûr qu’il y a une enquête (à propos de Tsunami Democràtic). Nous disposons de services de renseignement et d’information réellement efficaces, et ne doutez pas que nous finirons par savoir qui est derrière ce mouvement», assurait-il à la télévision nationale espagnole.

Les propos du ministre ont résonné d’autant plus fort qu’une partie de la Catalogne est encore sous le choc. L’ombre de l’accusation de «sédition» – sur laquelle s’est fondée la justice espagnole, et qui a valu des peines si lourdes aux indépendantistes – plane désormais sur l’ensemble du débat. Contactés par Le Temps, aussi bien le gouvernement catalan que Marta Rovira nient catégoriquement être à l’origine de cette «opération tsunami». Les manifestations orchestrées par Tsunami Democràtic ont notamment mis en péril le travail des contrôleurs aériens de l’aéroport de Barcelone, note-t-on à Madrid. De quoi écoper, par les temps qui courent, d’une lourde peine de prison.


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