La version officielle est contredite par des dizaines de photos et de témoignages. Pour le Conseil national de transition (CNT), le colonel Mouammar Kadhafi aurait péri dans des tirs croisés. Mais les images qui circulent sur Internet montrent le colonel Kadhafi ensanglanté, empoigné, molesté mais vivant. Elles attestent une autre réalité. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer la séquence d’événements qui ont abouti à la mort du tyran.

Parmi les faits qui ne sont pas contestés, le récit de la fuite: jeudi matin, un convoi quitte le quartier No 2 de Syrte où s’étaient retranchés les derniers fidèles du «Guide». Les forces de l’OTAN le ciblent pour l’arrêter. Selon les Américains, un drone aurait participé à l’opération. Les Français, eux, relèvent la contribution de leur aviation pour stopper le convoi. A partir de là, il y a trois théories contradictoires.

La fusillade

Selon le CNT, le colonel blessé se réfugie dans une conduite de drainage, il a un pistolet en or, mais ne s’en sert pas lorsque les hommes du CNT, d’une brigade de Misrata, l’arrêtent. Tous les fidèles du Colonel n’ont pas encore été désarmés. Une fusillade éclate et le «Guide» s’effondre mortellement touché à la tête.

Un médecin légiste affirme qu’il sera impossible d’attribuer le tir à l’un ou à l’autre camp. Grâce à ce récit, le CNT, qui se défend d’avoir voulu tuer le ­Colonel ou de n’avoir pas pu empêcher ses hommes de le faire, se dégage de toute responsabilité.

«Ne le tuez pas»

La deuxième option, accréditée par les images de plusieurs vidéos, diffère de la première à partir de la capture. Mouammar Kadhafi est vif, peut-être blessé, entouré des rebelles du CNT, qui le frappent. Il disparaît ensuite du champ de l’image, on entend des coups de feu et une voix qui dit en arabe «Ne le tuez pas». L’impact de balle sur son front, ou les deux impacts, selon le New York Times, laissent penser qu’il y ait pu avoir une mise à mort.

L’ordre a-t-il été donné de tuer Kadhafi? Face aux interrogations, le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’homme a demandé vendredi qu’une enquête soit ouverte.

Dans le dernier scénario, improbable, l’OTAN serait à l’origine du tir ou de l’explosion qui a causé la mort de Kadhafi. L’OTAN a démenti avoir tué le colonel ou tenté de le faire. Mais cette dénégation ne fera pas taire ceux qui préféreraient voir le colonel tué non par une foule de Libyens en colère mais par les ennemis du monde arabe. Ce récit serait plus en ligne avec une hagiographie de Kadhafi en héros et martyr. Jeudi soir, sur les ondes de France Culture, Christian Graeff, ancien ambassadeur de France en Libye, évoquait cette thèse faisant de l’alliance le bras d’un complot.

Où l’enterrer?

Jeudi, les premières dépêches annonçaient la capture de dignitaires du régime. Saïf al-Islam aurait fait partie du nombre. Depuis, seuls les corps de Mouatassim Kadhafi et du chef de la sécurité intérieure Abou Bakr Younès Jaber ont été récupérés. De manière significative, aucune des figures importantes de la dictature libyenne n’a été prise vivante. Du récit qui sera fait des derniers moments du dictateur et de l’arrestation des responsables du régime dépendra aussi la construction de l’Etat de droit en Libye. Pour l’instant, le corps du «Guide» repose dans une chambre froide à Misrata. Personne ne sait où l’enterrer ni comment faire pour éviter que sa dernière demeure ne devienne le lieu d’un pèlerinage. Mais la Cour pénale internationale a demandé que l’inhumation soit différée pour permettre d’éventuelles expertises.