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Devant la maison d’Oliver Ivanovic, mardi à Mitrovica.
© DJORDJE KOJADINOVIC/REUTERS

Balkans

Qui a tué Oliver Ivanovic, politicien serbe modéré du Kosovo?

Le dirigeant d’opposition a été abattu mardi matin devant les bureaux de son parti en plein centre de Mitrovica-Nord. Il avait été traité de «mafieux» et de «traître» l'an dernier par une télévision proche de l'actuel président serbe

Des milliers de citoyens du nord de Mitrovica, au Kosovo, ont accompagné mercredi la dépouille mortelle d’Oliver Ivanovic, qui doit être enterré ce jeudi matin au Nouveau cimetière de Belgrade. Toute la nuit, les habitants de la partie serbe de la ville s’étaient pressés pour lui rendre un ultime hommage, dans les bureaux de son parti, l’Initiative citoyenne Liberté, démocratie, justice (SDP), devant lesquels il a été abattu. Dans le même temps, des rassemblements spontanés ont eu lieu dans de nombreuses villes de Serbie. A Belgrade, tous les dirigeants de l’opposition démocratique y ont pris part.

«Un acte terroriste»

Le «dialogue» entre Belgrade et Pristina, qui devait reprendre mardi à Bruxelles sous l’égide poussive de l’Union européenne, a été suspendu sine die, tandis que les gouvernements du Kosovo et de Serbie ont condamné ce crime. Belgrade a parlé d’un «acte terroriste», la première ministre Ana Brnabic dénonçant «un climat de tension» imputable, selon elle, aux Albanais. A l’inverse, le premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, a souligné le climat d’insécurité qui prévaut à Mitrovica-Nord, laissant supposer la responsabilité de groupes criminels serbes.

Rien ne permet de conclure, en l’état actuel des informations communiquées par la police du Kosovo. Il semble néanmoins difficile d’imaginer que des criminels albanais aient pu pénétrer dans le centre de Mitrovica-Nord, à une heure où les rues sont grouillantes.

Nombreuses menaces

Ces derniers mois, Oliver Ivanovic avait reçu de nombreuses menaces. En juillet, sa voiture avait été incendiée par des inconnus, tandis que lors les élections locales d’octobre dernier, la télévision Pink, très proche du régime du président Aleksandar Vucic, le présentait comme un «mafieux», un «collaborateur des Albanais» et un «traître à la Serbie».
De fait, Oliver Ivanovic faisait figure d’ultime opposant local au tout-puissant maître de Belgrade, qui contrôle d’une main de fer les enclaves serbes du Kosovo, par le biais de la Liste Srspka, déclinaison locale de son Parti progressiste serbe (SNS). Lors de ces mêmes élections, le message était martelé à l’intention des Serbes du Kosovo: «Qui est contre la liste Srpska est contre la Serbie.»

Né en 1953 dans un petit village proche de Decani, dans la région que les Serbes nomment Metohija et les Albanais Dukagjini, Oliver Ivanovic, qui maîtrisait parfaitement la langue albanaise, a toujours vécu au Kosovo. Karateka de haut niveau et cadre dans des entreprises locales, il a pris une part active à la «défense» de la partie serbe de Mitrovica à la fin de la guerre, à l’été 1999. Très vite, il s’est néanmoins rallié à la coopération avec la communauté internationale et les institutions de Pristina, prenant la tête de la Coalition serbe pour le Retour, lors des premières élections d’après-guerre au Kosovo, en octobre 2001.

Lié aux courants démocratiques serbes, mais conservant son indépendance par rapport aux gouvernements qui se sont succédé à Belgrade, Oliver Ivanovic était convaincu que les Serbes du Kosovo devaient faire entendre leur voix sans dépendre de Belgrade. En 2014, il avait été arrêté et condamné en première instance pour le meurtre de civils albanais en 1999 et 2000. Le politicien n’a jamais cessé de clamer son innocence, dénonçant un procès politique monté de toutes pièces et, le 22 février 2017, la Cour d’appel de Pristina lui a donné raison, ordonnant sa remise en liberté.

Dixième anniversaire

Son assassinat intervient dans un contexte très tendu. Alors que le Kosovo doit célébrer le 17 février prochain le dixième anniversaire de sa proclamation d’indépendance, toujours contestée par Belgrade, un nouveau Tribunal spécial devrait émettre ses premières inculpations dans les prochaines semaines. Ce tribunal, placé sous la juridiction de Pristina mais délocalisé à La Haye, a été créé sur la base du fracassant rapport du parlementaire suisse Dick Marty, dénonçant les crimes qu’aurait commis le noyau dirigeant de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK).

Malgré de fortes pressions occidentales, l’actuelle majorité parlementaire, issue de l’ancienne guérilla, multiplie les manœuvres pour tenter de bloquer son entrée en fonction. Pour sa part, le président Vucic a annoncé qu’il se rendrait samedi et dimanche dans les enclaves serbes du Kosovo, pour «rencontrer les citoyens». Une initiative qui a peu de chances de calmer les tensions.

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