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Tuerie de Chevaline: le frère de Saad al-Hilli arrêté

La police britannique a arrêté le frère d’une des victimes ce matin. La piste familiale sur fond de conflit autour de l’héritage est relancée

Et si le mobile du quadruple meurtre de Chevaline, en Haute-Savoie, était une sombre histoire d’argent? La piste qui n’a jamais été fermée est relancée depuis l’arrestation, lundi, dans le comté de Surrey, près de Londres, de Zaid al-Hilli, frère de Saad al-Hilli, un Britannique d’origine irakienne assassiné de plusieurs balles dans la tête le 5 septembre 2012 sur les hauteurs d’Annecy. L’épouse de celui-ci, sa belle-mère et un cyclotouriste de la région, probable témoin gênant, avaient subi le même sort. Les deux fillettes du couple ont survécu au drame, l’une d’elles avait été atteinte d’une balle à l’épaule.

L’homme de 54 ans a été interpellé tôt dans la matinée. Il est soupçonné «d’avoir participé à un complot pour commettre un meurtre», ont précisé les enquêteurs britanniques. Eric Maillaud, procureur de la République d’Annecy, a confirmé au «Temps» l’interpellation de Zaid al-Hilli et se dit «peu surpris». Dès le début de l’enquête, la piste de la brouille familiale sur fond d’héritage a fait du frère de Saad al-Hilli un suspect potentiel.

Au centre du litige, la fortune de Kadhim al-Hilli, père de Saad. Ce dernier, qui a fui l’Irak dans les années 70, serait parti avec de fortes sommes d’argent – un compte bancaire d’un million d’euros a été retrouvé et bloqué à Genève – et en laissant une grande partie de ses biens en Irak. Dans le lot, un immeuble, aujourd’hui situé en dehors de la zone de conflit, qui représenterait une importante somme d’argent. Il faut ajouter à cela la propriété familiale des al-Hilli à Claygate, en Angleterre, et une maison en Espagne.

L’héritage de la famille, estimé à plusieurs millions d’euros, serait à l’origine d’un profond différend entre les deux frères. De là à expliquer le meurtre de toute une famille et d’un témoin? «Nous possédons les preuves que la lutte pour cet héritage était violente et très féroce. Saad a même confié à des amis avant son voyage en France qu’il craignait pour sa vie», révèle Eric Maillaud.

Par ailleurs, Zaid al-Hilli aurait reçu et émis plusieurs appels vers la Roumanie quelques semaines avant le meurtre de son frère. Les vérifications entreprises sur commission rogatoire internationale n’ont pas encore permis d’identifier les auteurs et destinataires de ces appels. «Cela intrigue forcément», confie le procureur. Pourquoi l’interpellation de Zaid al-Hilli est-elle si tardive? «Le droit et les procédés sont différents en Grande-Bretagne, explique Eric Maillaud. Zaid a été interrogé à titre de témoin, ce qui ne donne pas le droit de poser des questions gênantes. Aujourd’hui, en garde à vue et suspecté, il devra répondre à toutes les questions.»

Les enquêteurs français, qui auraient exercé quelques pressions auprès de leurs homologues londoniens pour que le cas Zaid soit enfin «étudié de près», pourront eux-mêmes «faire poser des questions» sur place au suspect. Même si rien n’est encore avéré, les portes conduisant à d’autres pistes, notamment l’hypothèse du tueur fou ou celle liée au passé du cycliste français, sont en train d’être fermées, a confirmé le procureur.

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