Russie

Tuerie «à l’américaine» dans une école russe

Un étudiant de 18 ans aurait massacré 19 personnes, camarades et employés, dans une école de Crimée. Il aurait agi seul, armé d’un fusil et d’explosifs

Une fusillade et l’explosion d’une bombe ont plongé hier la Crimée dans une psychose sociale à l’américaine. Ce n’est pas la première tuerie en milieu scolaire secouant la Russie. Mais c’est de très loin la plus meurtrière, si l’on excepte l’attaque terroriste de Beslan en 2004: 19 morts et 49 blessés dont au moins cinq dans un état très grave, selon un bilan encore provisoire établi mercredi soir.

Un seul jeune homme serait à l’origine du carnage, selon les premiers éléments de l’enquête. Rostislav Rosliakov, 18 ans, étudiant en 4e année de chimie au collège technique polytechnique de la ville de Kertch, pénètre à 11h40 locales dans son établissement. Il se mêle à la foule des étudiants entre la deuxième et la troisième classe de la matinée. L’individu a dissimulé sur lui un Dragounov SVU (fusil de précision militaire russe de petite dimension), ainsi que deux sacs à dos, un gris et un noir. A l’intérieur de chaque sac, des explosifs et des munitions. Il s’assied sur un fauteuil de l’entrée, salue quelques camarades. Trois minutes plus tard, il gagne le 1er étage et ouvre le feu dans le couloir du bâtiment, tirant sur toutes les personnes qu’il aperçoit.

Blessés évacués sur des portes

L’unique agent de sécurité de l’école, surveillant les allers et venues au rez-de-chaussée entend les coups de feu et sonne l’alarme. Paniqués, des étudiants et employés de l’école polytechnique brisent les vitres pour s’échapper. A 11h45, Rostislav Rosliakov descend au rez-de-chaussée et déclenche la première bombe. Puis il recommence à tirer. Les premiers secours arrivent cinq minutes plus tard, avec la police et les pompiers. Manquant de civières, les secouristes évacuent certains blessés sur des portes. Rostislav Rosliakov a disparu. Inspectant le bâtiment, les policiers accompagnés de chiens détectent une seconde bombe intacte. Puis découvrent le corps du meurtrier présumé dans la bibliothèque de l’école. Selon le dirigeant de la Crimée, Sergueï Aksionov, il se serait tiré une balle dans la tête.

Du principal suspect, on sait juste que les parents sont divorcés depuis longtemps et qu’il vit avec sa mère, infirmière dans le service oncologie d’un hôpital public de Kertch. Personne ne parvient à dénicher de présence de Rostislav Rosliakov sur les réseaux sociaux. Selon la chaîne Telegram 112, il aurait obtenu le 8 septembre une licence pour un fusil de calibre 12 mm. La responsable pour les droits des enfants de Crimée Irina Klioueva affirme qu’il a reçu une licence pour arme de chasse en octobre. Il aurait acheté son fusil Dragounov et 150 cartouches le 13 octobre dans un magasin de l’enseigne Sokol à Kertch.

La peur d'une «action de diversion» menée par l'Ukraine

La télévision d’Etat russe commence à parler de la tragédie à 13 heures (locales). Il est tout d’abord question d’une explosion au gaz ayant causé la mort de dix personnes. Puis une chaîne de télévision locale kerch.com.ru se met à diffuser des témoignages de personnes présentes. Surtout celui de la directrice de l’école polytechnique, Olga Grebennikova. En état de choc, elle raconte avoir vu «plein de cadavres d’enfants» en revenant dans son établissement après s’être absentée dix minutes.

Elle évoque «un acte terroriste», car «des inconnus ont fait irruption dans l’école, tirant sur tout le monde». Le spectre du terrorisme submerge les médias. Mais une heure plus tard, vers 14h30, la version de l’étudiant tueur surgit. Deux photos de Rostislav Rosliakov en pleine tuerie, capturées par des caméras, circulent sur les réseaux sociaux. Le Comité d’enquête de Russie requalifie «l’acte terroriste» en «meurtre de masse».

Pendant ce temps, la ville de Kertch, à l’extrémité orientale de la péninsule de la Crimée annexée illégalement en 2014 par la Russie, se prépare au pire. Tous les véhicules entrant ou sortant de cette ville de 146 000 habitants sont fouillés. Même chose au niveau du pont récemment inauguré pour relier la Crimée à la Russie. Les gares sont fermées. L’armée ceinture l’école polytechnique, notamment à l’aide de blindés. Depuis quatre ans, les officiels russes entretiennent la peur d’une «action de diversion» des services spéciaux ukrainiens, alors que Kiev considère la Crimée comme son territoire.

Pas d'instrumentalisation politique pour le moment

Les réactions des dirigeants russes se limitent à des condoléances aux victimes et à leurs proches. A l’exception d’un sénateur «n’excluant pas une piste ukrainienne», personne n’ose exploiter la tragédie à des fins politiciennes pour l’instant.

La législation russe sur le contrôle des armes est considérée comme restrictive, à la différence de la Suisse ou des Etats-Unis – un Russe sur 24 (soit 4,5 millions de personnes) possède une arme à feu, selon le Ministère de l’intérieur. Suffisamment restrictive? Il est ahurissant qu’un si jeune homme n’ayant pas fait son service militaire puisse maîtriser aussi rapidement le maniement d’une arme de guerre, parvienne à se fournir en explosifs et fasse autant de victimes.

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