La Suède, comme dit le cliché, se réveille «sous le choc», à mesure que tombent les détails sur la tuerie qui a eu lieu jeudi 22 octobre dans la ville berceau du constructeur Saab, Trollhättan. Un jeune homme de 21 ans, déguisé en Darth Vador, le méchant de la Guerre des Etoiles, a tué au sabre un enseignant et un élève d’une école fréquentée en majorité par des migrants. Il a été neutralisé et abattu par la police.

Sous le choc, d’abord, parce que ce genre de crime est une chose que la Suède n’a pas vraiment été habituée à vivre, comme l’a souligné d’emblée la presse suédoise et internationale.

Sous le choc, ensuite, en considérant le modus operandi du jeune tueur: c’est muni d’un sabre, déguisé en Darth Vador qu’il a agressé les élèves et les enseignants de l’école de Kronan. Le site du journal (en suédois) Dagens Nyheter publie même une photo qui montre l’assassin posant, quelques minutes avant qu’il commette son crime, dans son costume de la Guerre des étoiles et muni de son sabre en compagnie de deux autres élèves. Bref, à quelques encablures d’Halloween et dans une ville qui héberge les studios de cinéma où Lars von triers a tourné Dogville, tout le monde a d’abord cru à une farce…

Sous le choc, enfin, la Suède, en découvrant rapidement le profil du tueur. C’est que le crime, comme dit aussi le cliché, a été commis par «un enfant du pays.» Comprenez un bon petit Suédois bien propre sur lui. Le quotidien Expressen (article en suédois) décrit Anton Ludin Pettersen comme un garçon calme, qui détestait la musique hip-hop, n’avait pas de casier judiciaire. Il s’était engagé dans la campagne du référendum contre l’accueil des réfugiés et, à ce que le journal a pu inférer de son compte Facebook et YouTube, avait montré une sympathie claire pour des idéologies extrémistes et xénophobes, voire nazies.

Pour la police, les motivations sont claires

Le site de monitoring suédois des activités extrémistes et xénophobes dans ce pays, Expo (en suédois et en anglais), dresse un portrait plus précis encore des sympathies de Anton Ludin Pettersen: «Expo est en mesure de révéler que durant le mois dernier, le suspect a montré de très claires sympathies pour les mouvements d’extrême droite et ceux de l’anti-immigration. Sur sa chaîne YouTube il a plébiscité plusieurs vidéos néofascistes et d’extrême-droite. Il parle des infernaux projets multiculturels et se décrit comme un opposant au contrôle par les juifs des médias occidentaux. De même met-il l’emphase sur la signification des races dans la société.»

Hier, la police laissait encore planer le doute sur les motifs du crime. Aujourd’hui, elle confirme ce que toute la presse suédoise pressentait: les motifs de la tuerie sont raciaux. Le Dagens Nyheter expliquant comment le tueur, chez qui la police a trouvé un nombreux et accablant matériel, avait soigneusement choisi ses victimes dans la population étrangère de l’école.

La Suède, nous rappelle l’Agence France Presse, est le pays de l’Union européenne qui accueille le plus de réfugiés. Quant à la survenue de cette affaire dont le fond est clairement idéologique, on ne peut manquer de le mettre en parallèle avec les résultats du rapport que l’Office fédéral de police criminelle allemand a publié hier et dont notre correspondante Nathalie Versieux se fait l’écho aujourd’hui: on y apprend que près de 500 actes xénophobes ont été recensés cette année en Allemagne, commis par des individus souvent proches des milieux de l’extrême droite.

En Suède, ce que l’on qualifiera d’attentat, semble être une action plutôt isolée. En Allemagne, la systématique ne manque pas d’inquiéter.