Nouvelle-Zélande

Le tueur de Christchurch, «un suprémaciste blanc au profil atypique»

Le spécialiste de l’extrême droite français Jean-Yves Camus a pu lire «Le grand remplacement», ce manifeste publié par le tueur de Christchurch, qui a été inculpé ce samedi par la justice de Nouvelle-Zélande

Directeur de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP), chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Jean-Yves Camus a lu le document de 74 pages baptisé «Le grand remplacement» (un concept popularisé par le penseur de droite Renaud Camus, sans lien de parenté) et diffusé par le tueur sur plusieurs réseaux sociaux peu avant de passer à l’acte. Il pointe le profil particulier de l’Australien de 28 ans, qui a été inculpé ce samedi par la justice de Nouvelle-Zélande.

Quelle image ressort-elle de ces 74 pages?

Celle d’un homme au profil atypique, qui a gagné de l’argent grâce aux cryptomonnaies et qui a beaucoup voyagé, il a sillonné le monde. Il semble être resté un bon moment en France, il évoque une petite ville de l’est de 15 000 à 20 000 habitants, sans la nommer, où il dit avoir été frappé par l’omniprésence de personnes d’origine extra-européenne, comme en Ile-de-France, il parle d’une «invasion par les non-Blancs». Apparemment son séjour n’a pas été repéré, il sera intéressant de voir qui il a rencontré et ce qu’il a fait en France. Il semble avoir suivi la présidentielle de 2017, et dit avoir décidé de passer à l’action quand il s’est rendu compte qu’il n’y aurait pas de voie légale au pouvoir pour un parti anti-immigration, l’écart était trop grand. Il traite d’ailleurs Marine Le Pen de «molle», un peu plus loin d'«incapable», et Emmanuel Macron d'«ancien banquier cosmopolite sans attaches nationales». Il se dit «fasciste», à la différence d’un Breivik, issu de l’extrême droite assez classique. Son manifeste reprend aussi la formule des suprémacistes blancs américains: «Nous devons assurer l’existence de notre peuple et un avenir pour les enfants blancs.» Ses références sont multiples, trouvées sur internet.

Internet où il s’est forgé cette culture, internet qui, malgré l’action des autorités néo-zélandaises, garde encore des traces de sa vidéo en direct de la tuerie.

Tout a été conçu sur internet. En Australie, sans internet, il n’aurait pas pu trouver toutes ces références, toutes ces informations. Les réseaux sociaux sont aussi capitaux, la première chose qu’il a voulu faire a été de se mettre en scène et de se filmer sur internet. A ce sujet d’ailleurs, je trouve que le délai de dix-sept minutes au bout duquel le flux de sa vidéo a été interrompu est plutôt rapide. Mais c’est vrai qu’on en trouve encore des traces ineffacées. L’Etat ne peut pas lutter contre ces contenus, seule l’autorégulation poussera les réseaux à s’améliorer, ce ne sera d’ailleurs pas mauvais pour leur image. La seule possibilité sinon est de les frapper au portefeuille, comme veut le faire Emmanuel Macron…

L’émotion et la condamnation sont générales après ce double attentat extrêmement meurtrier. Pour le président turc, Tayyip Erdogan, c’est le signe de la «hausse de l’islamophobie», contre laquelle les pays occidentaux doivent prendre des mesures «urgentes»

Il y a tout de suite eu une instrumentalisation de ce qui s’est passé vendredi matin. L’enquête passera par plusieurs pays. En France, il y a une commission d’enquête parlementaire, et les services de renseignement ont mis en garde en 2016 contre un risque d’attentats de l’extrême droite qui seraient une vengeance après les attentats islamistes en France, c’était avant les attentats de Nice, et il y a eu au moins trois interpellations depuis. Mais il y a une différence entre avoir des idées d’extrême droite et passer à l’acte. Enfin la législation française sur les armes est très différente de la néo-zélandaise, on ne peut pas obtenir les armes semi-automatiques qui ont été utilisées.

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