Un concert de country en plein air à Las Vegas, un tireur fou posté au 32ème étage de l’hôtel Mandalay Bay avec 23 armes, et l’horreur absolue survenue, peu après 22 heures, dimanche soir. La fusillade, qui a fait au moins 59 morts et 527 blessés, est la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis et le pire attentat depuis le 11-Septembre. La dernière fusillade avec un bilan humain aussi lourd était le massacre perpétré le 12 juin 2016 dans un club gay d’Orlando, en Floride. Quarante-neuf personnes y avaient perdu la vie. Jamais un homme seul n'a abattu autant de personnes aux Etats-Unis.

Revendication de l’EI

L’auteur du carnage, Stephen Paddock, un Blanc de 64 ans sans casier judiciaire mais adepte de casinos, s’est suicidé avant l’arrivée de la police. Le doute persistait quant aux revendications empressées de l’Etat islamique, lorsque son organe de propagande Amaq signalait que Stephen Paddock était un «soldat de l’EI» qui se serait converti à l’islam «il y a quelques mois». Le FBI semblait lui accorder peu de crédit et dans dans sa brève allocution depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a dénoncé un acte odieux, qui représente «le mal absolu», mais sans parler d’acte terroriste.

L'Etat islamique a par la suite, dans un nouveau communiqué, révélé que Stephen Paddock avait une kunya (nom de guerre): «Un soldat du califat (Abou Abdelberr l'Américain) - que Dieu l'accepte - muni d'armes automatiques et de munitions diverses a, depuis un hôtel donnant sur un concert de musique, ouvert le feu sur un de ces rassemblements, faisant 600 morts et blessés, jusqu'à l'épuisement de ses munitions, avant de tomber en martyr». Le groupe explique également que l'attaque a été menée «en réponse à l'appel de cheikh (...) Baghdadi (le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, ndlr) de prendre pour cible les pays de la coalition croisée, et après une surveillance minutieuse des rassemblements» organisés à Las Vegas.

Malgré tout, les conclusions hâtives sont proscrites et la prudence reste de mise, comme le signale l'agent spécial de la police fédérale Aaron Rouse: «Nous n'avons établi aucun lien à ce stade avec un groupe terroriste international». Le shérif de Las Vegas parle de «loup solitaire» et de «psycopathe», se refusant lui aussi à évoquer la piste terroriste.

Identification des armes

Stephen Paddock tirait depuis une fenêtre de l’hôtel avec ce qui semble être une arme automatique, et avait au total 23 armes à feu dans sa chambre au moment du drame. Un véritable arsenal, qui relance le débat sur le port d’armes aux Etats-Unis et la toute-puissance de la National Riffle Association (NRA). Le Nevada a l’une des législations les plus permissives en la matière. Des démocrates, Hillary Clinton en tête, revendiquent un durcissement de la législation, dénonçant la proximité entre le président américain et la NRA. Selon de récentes d’enquêtes d’opinion, une majorité des Américains y serait favorable. Mais toutes les récentes tentatives ont été tuées dans l’oeuf.

Les armes automatiques restent difficiles à obtenir, y compris sur le marché noir. C’est bien le point central que les enquêteurs tentent de dénouer. De terrifiantes séquences vidéos attestent de tirs en rafales typiques des armes automatiques. Le premier a duré neuf secondes. Il y a ensuite eu un second tir en rafales après trente-sept secondes de silence, puis un troisième.

Un père recherché par le FBI

Le tueur séjournait depuis le 28 septembre à l’hôtel Mandalay Bay. Son profil est atypique, les auteurs de carnages ayant généralement plutôt moins de quarante ans. Il avait apparemment transporté ses armes, surtout des fusils d'assaut, dans dix valises différentes. Les enquêteurs ont fait savoir que la fouille de sa maison de Mesquite, ville de 18 000 habitants à 120 kilomètres de la capitale américaine du jeu et du divertissement, recelait 19 armes, des explosifs et quantité de munitions. Du nitrate d'ammonium a été retrouvé dans son véhicule. 

Sa compagne a été localisée à Tokyo, mais ne serait pas impliquée dans le drame, apparemment minutieusement préparé. Selon ABC, le riche comptable qui aimait les jeux d'argent - il aurait gagné des sommes colossales au casino - avait un permis de chasse délivré par l’Alaska et possédait un brevet d’aviation. Interrogé par plusieurs médias, son frère semblait désemparé. «Rien ne nous permet d’expliquer ce qu’il a fait», a-t-il commenté en boucle. Il assure que Stephen Paddock n’avait pas de «convictions religieuses connues». Leur père, Benjamin Paddock, a figuré sur la liste du FBI des «Top Ten Most Wanted» pour avoir braqué des banques, a rappelé la NBC. 

Plus de 20 000 spectateurs assistaient au concert de Jason Aldean, sur une scène séparée de l’hôtel par un vaste boulevard. «Ça a commencé comme un bruit de verre brisé. On a regardé autour de nous pour savoir ce qui se passait. Quelques minutes plus tard, on a entendu pop-pop-pop-pop. On a pensé que c’était des feux d’artifice ou des pétards. Et on a réalisé que ce n’était pas le cas, que c’était des coups de feu», raconte une témoin sur CNN. Plus de 515 personnes ont été transportées vers des hôpitaux.

Plusieurs fusillades de ce type ont récemment visé des spectacles. En mai, c’est un concert de l’Américaine Ariana Grande, à Manchester, qui a été pris pour cible (23 morts). Et les attentats de Paris, en novembre 2015, avaient notamment semé la mort lors du concert des Eagles of death metal au Bataclan (90 personnes tuées). Ces deux carnages, ainsi que la tuerie d’Orlando, ont été revendiqués par l’Etat islamique. Stephen Paddock avait-il vraiment un lien avec l’EI ou s’agit-il d’une revendication opportuniste? Le mystère de son profil et de ses motifs devrait s’éclaircir dans les heures qui viennent.

Réactions et soutiens

En attendant, la Maison-Blanche a jugé que le débat sur les armes était «prématuré». «Il y a une enquête en cours. Les motivations du tireur restent à déterminer. Il serait prématuré de parler de politique quand nous ne connaissons pas tous les faits», a déclaré la porte-parole Sarah Huckabee Sanders.

Dans une allocution, le président a souligné, sur un ton grave: «Notre unité ne peut pas être brisée par le mal, nos liens ne peuvent pas être défaits par la violence et, bien que nous ressentions de la colère face à l'assassinat insensé de nos compatriotes, c'est l'amour qui nous définit aujourd'hui». Donald Trump se rendra mercredi à Las Vegas. Une minute de silence a été observée à la Maison Blanche, où les drapeaux ont été mis en berne, comme au Congrès.

Le président russe Vladimir Poutine a adressé ses condoléances à Donald Trump dans un télégramme, qualifiant l'attaque de «crime» qui «choque par sa cruauté». Le pape Francois a déclaré qu'il était «profondément attristé» par la «tragédie dénuée de sens». Quant au président français Emmanuel Macron, il a fait part de son émotion en soulignant que les victimes étaient mortes de la «violence contemporaine». La Tour Eiffel a été éteinte lundi soir, en hommage aux victimes des attaques de Las Vegas et de Marseille.