crash de l’airbus

Tueur de masse ou dépressif? Le mystère Lubitz

Le mot de «dépression» est souvent associé au copilote soupçonné d’avoir volontairement provoqué le crash de l’Airbus mardi dernier. Les psychiatres allemands doutent de ce diagnostic

Tueur de masse ou dépressif?Le mystère Lubitz

Le copilote aurait souffert de «dépression», selon les médias et des proches

Les psychiatres doutent de ce diagnostic

Comme un puzzle, la personnalité d’Andreas Lubitz, le copilote qui est soupçonné d’avoir volontairement provoqué le crash de l’Airbus mardi dernier dans les ­Alpes françaises, semble prendre forme au fil des révélations des ­enquêteurs ou de la presse allemande. Côté pile, un jeune homme «ordinaire» de 27 ans, provenant d’une famille «intacte» (mère organiste dans une Eglise protestante, père ingénieur d’une entreprise du verre suisse), grand sportif courant régulièrement le semi-marathon de Lufthansa, passionné d’aviation depuis son plus jeune âge. Voisins et camarades du club décrivent un «jeune homme normal», plutôt affable et sympathique.

Côté face, on découvre une personnalité fragile, un homme «doux, tendre, mais qui devenait complètement différent lorsqu’il parlait de son travail». Une hôtesse de l’air avec qui il aurait eu une relation de quelques mois l’an passé l’a quitté «car il devenait de plus en plus évident qu’il avait un problème», selon ses déclarations au Bild Zeitung. «Un jour, je vais faire quelque chose qui va changer tout le système, aurait confié le copilote à la jeune femme, et tout le monde connaîtra mon nom et s’en souviendra.»

Le copilote était patient de plusieurs neurologues et psychiatres, était suivi à l’hôpital universitaire de Düsseldorf où il avait effectué une série de tests en vue d’un diagnostic le 10 mars dernier. Les enquêteurs ont retrouvé chez lui quantité de psychotropes et des arrêts maladie déchirés, dont l’un pour le jour du drame, «preuve qu’il cherchait à dissimuler son état de santé à son employeur et à son entourage au travail», selon le procureur de Düsseldorf.

La personnalité d’Andreas Lubitz et son entourage restent au centre de l’enquête alors que les psychologues et les psychiatres spéculent sur l’interprétation médicale à donner à son geste. L’hypothèse la plus souvent avancée est celle du «suicide élargi» (c’est-à-dire entraînant d’autres personnes dans la mort), lié à une personnalité «dépressive.» Cette hypothèse est toutefois contredite par la plupart des psychiatres qui se sont exprimés sur le sujet. Ainsi Andreas Reif, professeur en psychiatrie à l’Université de Francfort, interrogé par la Frankfurter Allgemeine Zeitung: «Un suicide étendu à tant de personnes, et d’une façon si violente, n’est pas typique du tableau clinique de la dépression.» Selon lui, l’acte d’Andreas Lubitz s’apparente plutôt à une tuerie, à l’instar de celles perpétrées dans les écoles par des tueurs fous. «Et ce groupe de personnes souffre souvent de troubles de la personnalité auxquels peut s’ajouter une dépression. Mais qu’on ne peut réduire à une dépression.»

Quelque 10 000 personnes se suicident chaque année en Allemagne. Un millième d’entre elles entraîne d’autres personnes dans la mort, en général des proches – conjoint, enfants, voire animaux domestiques. «Le fait qu’Andreas Lubitz ait entraîné tant de personnes dans la mort et que ces personnes aient presque toutes été inconnues parle contre le suicide élargi», insiste Andreas Reif. Dans 90% des cas, les personnes suicidaires souffrent de troubles psychiques mais pas forcément de dépression.

Autre hypothèse: Andreas Lubitz aurait souffert d’un «syndrome de surmenage subjectif», selon le mot d’un enquêteur cité dans la Welt am Sonntag, qui s’apparenterait au burn-out. Le patient qui en souffre aurait l’impression chronique d’être moins performant qu’il le devrait. Mais le terme ne semble pas avoir de définition médicale bien établie.

Des examens psychologiques réguliers auraient-ils pu permettre d’éviter le drame? Les psychiatres semblent en douter. Andreas Lubitz avait réussi à dissimuler pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, son état de santé réel, de peur que la révélation de sa maladie ne compromette son rêve: devenir un jour pilote chez Lufthansa.

L’acte s’apparenterait à une tuerie de masse, plutôt qu’à un «suicide élargi»

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