Dans un communiqué cité par l’agence officielle TAP, le Ministère tunisien des affaires étrangères indique avoir demandé à Riyad de lui fournir «toutes les données dont il dispose concernant l’état de santé du président déchu, à la lumière des informations contradictoires véhiculées à propos de la détérioration de son état de santé et de son décès éventuel.»

L’ex-président, 74 ans, qui a fui son pays pour l’Arabie saoudite le 14 janvier, est dans un hôpital de Djeddah dans le coma suite à un accident vasculaire cérébral, avait indiqué un proche de sa famille.

Dans le même communiqué, le ministère annonce avoir adressé «une demande officielle aux autorités saoudiennes» qui a «pour objet d’extrader le président déchu». Une demande qui fait «suite à une nouvelle série d’accusations adressées à l’encontre du président déchu, accusations relatives à son implication dans plusieurs crimes graves qui consistent à commettre et à inciter à l’homicide volontaire et à semer la discorde entre les citoyens d’un même pays en les poussant à s’entre-tuer».

Manifestations, instabilité et insécurité

Dans Tunis, quelque 4000 personnes ont manifesté devant la Kasbah, siège de la Primature, aux cris de «Gouvernement de Ghannouchi dégage», reprenant le slogan de la révolution «Ben Ali dégage» qui a provoqué la chute de l’ancien régime.

«Ils nous prennent pour des dupes. Tous les membres du parlement et des conseils de région ont été élus par l’ancien régime, la Constitution a été réformée par l’ancien régime», a déclaré Sami Ben Moumen, médecin de 30 ans.

Mohamed Ghannouchi a été le premier ministre de Zine El Abidine Ben Ali de 1999 jusqu’à sa chute le 14 janvier.

Après la formation d’un gouvernement d’union nationale le 17 janvier, dans lequel l’équipe sortante avait conservé la majorité des postes, et face aux manifestations, M. Ghannouchi avait finalement remanié le gouvernement, épuré des principaux caciques de l’ancien régime, le 27 janvier.

Depuis, des élections libres ont été annoncées pour dans six mois, mais le pouvoir de transition n’a pas fixé de date ni donné de précisions sur le type de scrutins qu’il comptait convoquer.

Mais l’insécurité s’est à nouveau illustrée vendredi avec la découverte d’un prêtre polonais, Marek Rybinski, 34 ans, égorgé dans le hangar d’une école privée à Manouba (près de Tunis).

Environ 200 Tunisiens, Polonais, Africains ont assisté dimanche à une messe célébrée à La Goulette (près de Tunis) à sa mémoire, en présence de l’ambassadeur de Pologne en Tunisie, Krzysztof Olendzki, et de l’évêque de Tunis, Lahham Maroun.

Exode depuis la Libye

Effet de la violente répression chez le voisin libyen, des centaines de Tunisiens ont fui un «vrai carnage actuellement en Libye», a déclaré à l’AFP Houcine Betaieb, membre de l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens).

«Des centaines de Tunisiens ont quitté dimanche la Libye par le poste frontalier de Ras-Jdir. Il y avait beaucoup de monde, et un grand embouteillage dans cette zone», a-t-il dit.

La répression en Libye, gouvernée par le colonel Mouammar Kadhafi depuis 42 ans, a fait au moins 173 morts depuis le début de la révolte mardi, selon l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW).

Le Département d’Etat américain fait état de «centaines» de morts et de blessés depuis quelques jours.

Enfin, la télévision nationale a annoncé la découverte samedi d’une importante quantité d’argent et de bijoux d’une grande valeur «bien cachés par la famille Ben Ali» dans une bibliothèque du palais présidentiel à Sidi Bou Said.