L’Union européenne (UE) n’a aucune obligation d’accorder aux citoyens turcs un droit d’entrée sans visa. Ce verdict a été rendu mardi par la Cour de justice des Vingt-Huit à la suite d’une plainte d’une citoyenne turque en 2011.

La plaignante Leyla Ecem Demirkan a fait prévaloir l’accord d’Ankara signé en 1963 entre la Communauté européenne (l’ancêtre de l’UE) et la Turquie «en vue de promouvoir les relations bilatérales et de faciliter ultérieurement son adhésion à l’Europe». Un protocole additionnel signé en 1970, qui interdit aux deux parties d’introduire de nouvelles restrictions à la libre prestation des services, n’a pas été considéré comme pertinent par les juges. La plaignante s’était vu refuser un visa pour visiter un parent établi en Allemagne.

Ce verdict était suivi de près à Ankara. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan en a fait une affaire personnelle au même titre que la question de l’adhésion de son pays à l’UE. Il trouve incompréhensible, sinon discriminatoire, que l’UE exempte des Sud-Américains de visa alors que les Turcs, économiquement et géographiquement proches, ne peuvent pas circuler librement. Il tient le même discours sur la question de l’adhésion en faisant remarquer que dix pays d’Europe de l’Est ont été accueillis au sein de la famille européenne en 2004 alors que la Turquie doit encore patienter.

Adhésion illusoire

En juin, le commissaire à l’Elargissement, Stefan Füle, avait promis l’ouverture de négociations sur les visas. Une porte-parole de la Commission a confirmé hier que le dialogue informel se poursuit. Un diplomate turc basé à Bruxelles ne se fait plus trop d’illusions. Il estime que la décision de la justice est conforme à l’attitude générale en Europe vis-à-vis de la Turquie. «Nous ne rejoindrons vraisemblablement jamais l’UE et c’est pour les mêmes raisons que nous n’avons pas décroché l’organisation des JO de 2020», dit-il.