Le principal parti prokurde de Turquie a accusé mercredi les autorités électorales de lui avoir tendu un «piège». Après avoir autorisé certains des candidats de la formation à participer aux municipales, celles-ci ont invalidé des résultats.

Le Haut-comité électoral (YSK) a décidé mercredi de ne pas délivrer de mandat aux personnes limogées par décret-loi dans le cadre de vastes purges lancées après 2016 bien qu'elles aient été élues aux municipales la semaine dernière, a rapporté l'agence de presse DHA. Dans ces cas-là, le candidat arrivé en deuxième position lors du scrutin municipal qui s'est tenu le 31 mars sera déclaré vainqueur.

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Mais d'après le Parti démocratique des peuples (HDP, prokurde), cette mesure touche plusieurs de ses candidats qui avaient pourtant été autorisés par l'YSK à se présenter au scrutin. «L'YSK s'est joué de nous, nous a tendu un piège», a dénoncé le HDP sur son compte Twitter.

Une responsable du HDP a indiqué à l'Agence France-Presse (AFP) que huit de ses candidats élus dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie étaient concernés par la décision de l'YSK. Parmi eux, figure le candidat du HDP dans le district de Baglar à Diyarbakir, arrivé premier avec plus de 70% des voix.

Une répression contre le HDP

Le candidat arrivé en deuxième position, avec 25% des voix, est celui du parti au pouvoir, l'AKP (islamo-conservateur). Dans la plupart des cas en cause, le candidat arrivé en deuxième position est d'ailleurs de l'AKP.

Plus de 140 000 personnes ont été limogées de la fonction publique et des institutions par décret-loi dans le cadre de vastes purges lancées après une tentative de coup d'Etat en juillet 2016 imputée par Ankara au prédicateur Fethullah Gülen. Outre les partisans présumés de Fethullah Gülen, ces purges ont visé les milieux prokurdes.

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Accusé par le président Recep Tayyip Erdogan d'être lié à des «terroristes» kurdes, le HDP a fait l'objet depuis 2016 d'une forte répression, avec l'arrestation de ses co-présidents et d'élus. Plusieurs dizaines de maires du HDP ont également été limogés et remplacés par des administrateurs nommés par le ministère de l'Intérieur en 2016 et 2017.

Avant le scrutin de la semaine dernière, Recep Tayyip Erdogan avait menacé d'avoir une nouvelle fois recours à ce procédé en remplaçant les maires qui seraient liés au «terrorisme».