Commentaire La Turquie peut-elle encore être notre alliée?

Ankara a une nouvelle fois montré sa paranoïa vis-à-vis des médias. A n’en pas douter, le président turc Recep Tayyip Erdogan est à la manœuvre derrière la dernière vague d’arrestations. En piétinant la liberté de la presse, Recep Tayyip Erdogan montre aussi son mépris pour les valeurs démocratiques. La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a condamné cette dérive qui va «contre les valeurs européennes et les standards que la Turquie prétend défendre». La réaction du président turc n’a pas traîné: «Mêlez-vous de vos affaires!» Elle en dit long sur son état d’esprit.

Les déclarations agressives dont Recep Tayyip Erdogan est coutumier suscitent l’embarras à Bruxelles et à Washington. Car, si le président n’est plus un ami, son pays reste un allié. En fait, la lutte contre l’Etat islamique et, dans une moindre mesure, celle contre le gouvernement de Bachar el-Assad ont fait d’Ankara un partenaire obligatoire. Mais, l’attitude soupe au lait, voire hystérique, du président contrarie cette relation fondée sur des intérêts communs. Sur le plan international, Recep Tayyip Erdogan n’inspire plus la confiance: il rechigne à participer pleinement à la coalition, met des conditions à l’utilisation de ses bases militaires par les avions américains, se refuse à combattre Al-Qaida en Syrie et à lutter contre les djihadistes.

Recep Tayyip Erdogan caresse des rêves d’empire ottoman, de califat peut-être, mais il ne tient pas son rang: celui de chef d’Etat d’une nation moderne et démocratique appelée à jouer un rôle de puissance régionale.