Méditerranée

La Turquie derrière l’afflux de migrants à Lesbos

Dans le camp de Moria, les migrants attendent dans des conditions dramatiques de savoir ce que l’avenir leur réservera. Renvoi en Turquie? Dans leur pays d’origine? Ils se retrouvent au centre d’une bataille entre Bruxelles, Athènes et Ankara, dans laquelle le président turc tente de se renforcer

«Je suis parti de mon pays, l’Afghanistan, car j’y étais attaqué à cause de ma passion, la peinture. Ici, je n’arrive même plus à imaginer mon futur.» Abdullah, 20 ans, marque une pause dans son récit, assis en tailleur sous une tente portant le sigle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), à l’intérieur du camp de Moria, sur l’île de Lesbos. «Je stresse. C’est invivable ici. Il y a même eu des morts dans l’incendie qui s’est déclenché sur le camp dimanche…», assure le jeune homme. Les autorités grecques, de leur côté, parlent d’une migrante décédée lorsque les flammes ont ravagé huit des préfabriqués qui servent d’abris dans le «hot spot», le nom officiel donné aux centres d’enregistrement et de sélection mis en place par l’Union européenne.

Des tentes dans l'oliveraie

Abdullah ne loge pas, lui, dans ce camp. Prévu en 2015 pour accueillir 3000 personnes, l’endroit entouré de barbelés est vite devenu trop petit. Il ne peut héberger les 13 000 migrants qui attendent actuellement sur l’île. Des tentes ont donc poussé dans l’oliveraie voisine. Le jeune Afghan en partage une avec 11 autres compatriotes. Tous espèrent poursuivre leur route vers un pays d’Europe du Nord. Mais depuis deux mois et demi qu’Abdullah a débarqué sur ce caillou grec planté en pleine mer Egée, il n’a qu’une certitude: la date de son «entretien». Cette étape cruciale lui permettra éventuellement de déposer une demande pour obtenir l’asile. Le rendez-vous a été fixé au 21 octobre 2020. Le jeune homme reprend son souffle, narre la traversée de son pays natal, puis le long voyage qui l’a mené en Turquie. «Là, le passeur nous a entassés dans une petite pièce, avec très peu à manger et à boire, pendant plusieurs jours», se souvient-il. L’Afghan ne veut pas raconter plus avant son trajet. «Rien que d’en parler, cela m’horrifie encore», souffle-t-il, ému.