«La Turquie doit impérativement nous aider, pour éviter un massacre»

Syrie Le chef du principal parti kurde de Syrie appelle à l’aide pour sauver la ville de Kobané encerclée par les djihadistes

Malgré les annonces de sa chute imminente, la ville kurde de Kobané, en Syrie, à moins de cinq kilomètres de la frontière turque, résiste. Les Unités de protection du peuple (YPG), la principale milice kurde syrienne, combattent les djihadistes de l’Etat islamique (EI) avec les forces du désespoir. L’enjeu est de taille: pour l’EI, il s’agit de conquérir une enclave qui rompt la continuité du territoire qu’il contrôle le long de la frontière avec la Turquie; les combattants kurdes veulent de leur côté conserver la troisième ville kurde de Syrie et surtout sauver leur peau, car ils sont encerclés par l’EI et les forces turques leur interdisent tout repli. La lutte est inégale, a expliqué le leader kurde Salih Muslim, coprésident du Parti de l’union démocratique (PYD), qui chapeaute les brigades armées YPG, lors d’un entretien téléphonique pour Le Temps.

Le Temps: Les djihadistes progressent-ils encore vers le centre de Kobané?

Salih Muslim: Les dernières frappes de la coalition, cet après-midi, les ont ralentis, pour l’instant. Nos combattants ont beau lutter de manière acharnée, sans les frappes de la coalition, ils seraient déjà tombés. Nos armes légères, kalachnikovs et roquettes antichars de faible puissance, ne peuvent rien contre des chars Abraham, de fabrication américaine, et des fusils mitrailleurs sophistiqués. Nous avons besoin d’aide et de matériel.

– Que peut la coalition?

– Il faut qu’elle lance plus de raids aériens, notamment sur les positions des djihadistes dans les collines qui surplombent Kobané et d’où les djihadistes nous tirent dessus. Les avions de la coalition pourraient aussi couper la chaîne d’approvisionnement de l’EI en la bombardant.

– A défaut d’intervenir, la Turquie vous livre-t-elle une aide matérielle?

– J’ai rencontré des dirigeants turcs du ministère des Affaires étrangères, ils nous ont promis leur soutien il y a une dizaine de jours. Mais dans les faits, il n’y a rien ou presque. Une aide humanitaire d’urgence a été transportée dans une voiture, voilà c’est tout. Les Turcs entrouvrent leur frontière puis la verrouillent à nouveau. Hier, ils ont refusé l’entrée à trois de nos blessés qui sont morts à quelques mètres de la frontière. Les 10 000 civils assiégés à Kobané risquent un massacre que la Turquie peut éviter, en laissant passer l’aide militaire pour nos combattants.

– Le gouvernement turc tient-il un double langage?

– En paroles, il a promis qu’il ne laisserait pas tomber Kobané. Mais les actes traduisent autre chose: la méfiance qu’il entretient à l’égard des Kurdes et du PYD. Il nous considère comme un ennemi, alors que nous ne voulons pas interférer dans les affaires turques.

– Pourriez-vous rejoindre les rangs de la coalition?

– Nous sommes prêts à le faire. D’ailleurs, des discussions ont lieu sur le plan militaire. Nos combattants sont fiables, ils contrôlent des régions entières et ont mis en échec l’EI, ils pourraient devenir le principal allié de la coalition au sein du territoire syrien.