ankara

En Turquie, les juges maintiennent en prison des militants d’Amnesty

La directrice pour la Turquie et cinq militants, dont un Allemand, sont détenus au motif d’appartenir à une «organisation terroriste». Angela Merkel fustige cette mesure, des parlementaires suisses protestent

Amnesty International (AI) a vivement protesté mardi après l’annonce du maintien en détention provisoire de sa directrice pour la Turquie et de cinq autres militants des droits de l'homme. Elle a fustigé une décision politiquement motivée.

La directrice d’AI pour la Turquie, Idil Eser, fait partie d’un groupe de dix militants, parmi lesquels figurent un Allemand et un Suédois, arrêtés le 5 juillet dernier dans le cadre de la répression menée en Turquie depuis le coup d’Etat manqué de juillet 2016. Ils ont été interpellés alors qu’ils participaient à un atelier sur la sécurité numérique et la gestion de l’information dans un hôtel près d’Istanbul.

Lire aussi: Un an après le putsch raté, le président Erdogan puissant et seul

Berlin condamne, protestations en Suisse

La chancelière Angela Merkel a jugé mardi le maintien en détention d’un militant allemand des droits de l’homme arrêté en Turquie «absolument injustifié».

«Accuser un symbole et porte-parole des droits de l’homme et de la démocratie d’être un partisan du terrorisme est absurde», a renchéri une porte-parole du Ministère allemand des affaires étrangères, appelant à sa «libération rapide».

Le gouvernement turc est en train de «dissoudre la démocratie et l’Etat de droit», a réagi pour sa part le président des sociaux-démocrates allemands, Martin Schulz, dans l’hebdomadaire Der Spiegel, tout en reprochant à la chancelière Angela Merkel de «rester silencieuse» face aux agissements de la Turquie.

En Suisse, le Groupe parlementaire pour les droits humains a pour sa part, dans un communiqué diffusé mardi, demandé la libération immédiate et inconditionnelle de ces militants. «Le Conseil fédéral doit maintenant exercer une plus grande pression sur Ankara», a-t-il ajouté.

Lire également: La Turquie cherche l’empathie des Suisses

Quatre militants libérés

Le Ministère public avait requis lundi leur maintien en détention dans l’attente de leur procès. Selon Andrew Gardner, chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty, «ils sont accusés de commettre un crime au nom d’une organisation terroriste, sans en faire partie». Il a qualifié la décision de «choquant simulacre de justice».

L’expression «organisation terroriste» désigne le plus souvent pour les autorités turques les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d’avoir fomenté le putsch manqué de 15 juillet 2016, ou les séparatistes kurdes du PKK. Le tribunal a suivi les réquisitions du parquet pour six des cas et ordonné la libération de quatre militants, a annoncé le quotidien Hurriyet.

«Après cette décision, aucun de ceux qui défendent les droits de l'homme en Turquie, que ce soit Amnesty International ou d’autres organisations, n’est en sécurité dans ce pays», a résumé Andrew Gardner.

Amnesty dénonce une «chasse aux sorcières»

«Le parquet turc a eu douze jours pour établir l’évidence: que ces dix militants sont innocents. La décision de poursuivre montre que la vérité et la justice sont devenues de parfaites étrangères en Turquie», a déclaré de son côté le secrétaire général de l’organisation basée à Londres, l’Indien Salil Shetty. «Ce n’est pas une enquête valable. C’est une chasse aux sorcières politiquement motivée qui dessine un avenir alarmant pour les droits de l'homme en Turquie», a-t-il ajouté.

Publicité