Un tribunal d’Istanbul a condamné vendredi quatre personnes, dont deux anciens chefs de la police, à la prison à vie à l’issue d’un procès lié à l’assassinat du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink, un verdict qui n’a pas satisfait les proches de la victime.

Les ex-chefs de la police Ali Fuat Yilmazer et Ramazan Akyürek, ainsi que deux ex-responsables de la gendarmerie, Yavuz Karakaya et Muharrem Demirkale, ont été condamnés à la prison à perpétuité pour leur implication dans l’assassinat du journaliste turc d’origine arménienne Hrant Dink en 2007 devant les locaux d’Agos, hebdomadaire bilingue turc-arménien qu’il dirigeait.

Mais de nombreux responsables, dont d’anciens chefs de la police d’Istanbul et de Trabzon (nord-est), accusés par la famille de la victime d’être impliqués, ont été acquittés pour «prescription des faits».

Les avocats de la famille avaient soumis à la cour des éléments indiquant que ces chefs de la police avaient été informés du projet d’assassinat de Hrant Dink, mais n’ont pris aucune mesure pour l’empêcher.

«Responsables toujours pas poursuivis»

L’assassinat de Hrant Dink, à l’âge de 52 ans, avait secoué la Turquie. A Istanbul, plus de 100 000 personnes avaient défilé le jour des obsèques. Hrant Dink œuvrait à la réconciliation entre Turcs et Arméniens, mais les nationalistes turcs lui reprochaient de parler ouvertement du génocide arménien de 1915, qu’Ankara refuse de reconnaître.

Son assassin, Ogün Samast, mineur au moment des faits, a avoué le crime et a été condamné en juillet 2011 à 23 ans de prison.

Pour des défenseurs des droits humains, le procès qui s’est achevé vendredi n’a pas permis d’élucider entièrement ce crime. «Certains responsables ne sont toujours pas poursuivis. Cette justice partielle rendue au bout de 14 ans laisse un goût amer», a réagi le représentant de l’ONG Reporters sans frontières en Turquie, Erol Önderoglu. «Nous ne savons toujours pas exactement par quels mécanismes le crime a été décidé et commis», a dénoncé Bulent Aydin, du groupe «Les Amis de Hrant Dink».

Mouvement de Fethullah Gülen pointé du doigt

Les autorités turques affirment que ce meurtre a été piloté par le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, bête noire du président Recep Tayyip Erdogan après avoir longtemps été son allié.

Lors de la commémoration de l’assassinat en janvier dernier, la veuve du journaliste avait dénoncé une tentative d’occulter la responsabilité de l’Etat dans le crime. «Dire «je ne l’ai pas commis, mais c’est (l’organisation de Gülen) qui l’a fait», c’est comme dire «ce n’est pas moi, mais ma main le coupable», avait déclaré Rakel Dink.