Moyen-Orient

La Turquie redouble ses bombardements contre l’EI et les Kurdes en Syrie

C’est décidément une nouvelle page qui s’ouvre pour la diplomatie turque. Ankara continue de «nettoyer» sa frontière avec la Syrie et pilonne l’Etat islamique, tout en soutenant les rebelles modérés syriens. De quoi freiner les ardeurs kurdes

Bombardements turcs sur la frontière. L’artillerie turque a pilonné mardi des positions de l’Etat islamique (EI) en Syrie en réponse à des tirs de mortier et de roquettes sur son sol, au moment où des centaines de rebelles syriens soutenus par Ankara préparent du côté turc une offensive contre les djihadistes à Jarablos, la localité syrienne qui est le dernier point de passage contrôlé par l’EI à la frontière turco-syrienne.

Deux obus se sont d’abord abattus sur la localité turque de Karkamis (sud-est), tout près de la frontière syrienne et juste en face de Jarablos, sans faire de blessés, a annoncé la chaîne d’information CNN-Türk.

Environ 60 obus ont frappé à 03H30 GMT quatre positions de l’EI à Jarablos, selon cette chaîne.

Quelques heures plus tard, trois roquettes tirées depuis le territoire syrien ont frappé la ville frontalière turque de Kilis, plus à l’ouest. Les projectiles, qui ont touché un terrain inhabité du centre de la ville, n’ont pas fait de blessés, selon l’agence pro-gouvernementale Anadolu.

L’artillerie turque a également répondu à ces tirs, ajoute l’agence.

Empêcher les Kurdes de s’emparer de Jarablos. Ces bombardements interviennent alors que des centaines de rebelles syriens soutenus par Ankara préparent du côté turc de la frontière une offensive pour capturer Jarablos, selon des sources rebelles et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Cette opération est motivée par la volonté d’Ankara d’empêcher la prise de contrôle par les milices kurdes de cette localité et d’«ouvrir un corridor pour les rebelles modérés», a souligné un responsable turc.

Rami Abdel Rahmane, le directeur de l’OSDH, a indiqué à l’AFP que le pilonnage turc visait à «empêcher l’avancée des Forces démocratiques syriennes (FDS) de Minbej vers Jarablos» et à empêcher que les Kurdes se positionnent davantage à la frontière.

Les FDS sont une alliance de combattants kurdes et de groupes armés arabes luttant contre l’EI.

Lundi soir, l’artillerie avait déjà bombardé des positions de cette milice, du PYD (Parti de l’union démocratique, kurde) et de l’EI à Jarablos et dans les environs.

La Turquie considère l’EI et le PYD comme des organisations terroristes et les combat, alors que son allié américain soutient les Kurdes contre les djihadistes en Syrie.

L’OSDH a d’autre part fait état de l’assassinat mardi du commandant du conseil militaire tout juste mis en place à Jarablos et relevant des FDS, un crime commis, selon les forces kurdes, par les services secrets turcs.

«Nouvelle page» en Syrie. Lundi soir, le premier ministre turc, Binali Yildirim, a exhorté les pays impliqués dans la crise syrienne, dont la Russie, les Etats-Unis et l’Iran, à unir leurs forces pour «ouvrir une nouvelle page» en Syrie, tandis que son ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, prônait la nécessité de «nettoyer» la frontière des djihadistes.

Un attentat samedi dans la ville turque de Gaziantep (sud-est), près de la frontière, a tué 54 convives d’un mariage kurde. Mais la question de savoir qui en sont les auteurs reste entière après que Binali Yildirim a affirmé «totalement ignorer» leur identité, une déclaration qui a semé la confusion et qui contredit celle du président Recep Tayyip Erdogan, qui avait évoqué la responsabilité d’un adolescent «probablement» issu de l’EI.


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Abdülkadir Selvi, un éditorialiste du journal à gros tirage «Hürriyet», a affirmé mardi que cet attentat avait été commis par l’EI en guise d’avertissement avant l’offensive contre Jarablos.

Ankara accueille par ailleurs mardi, dans le contexte de la lutte anti-djihadiste, le principal dirigeant de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani.

Binali Yildirim avait déclaré le week-end dernier que son pays allait jouer un rôle plus actif dans le conflit syrien.

Les séquelles post-coup d’Etat toujours en haut de l’agenda. Cette question, comme celle de l’extradition de l’ex-imam Fethullah Gülen, exilé aux Etat-Unis, que les autorités turques désignent comme le cerveau du putsch avorté du 15 juillet en Turquie, sera à l’ordre du jour des discussions du vice-président américain Joe Biden mercredi à Ankara.

Joe Biden doit visiter le parlement turc bombardé par des avions de chasse lors du coup d’Etat et s’adresser à la presse avec Binali Yildirim avant de rencontrer le président Erdogan.

Le coup d’Etat raté a provoqué des tensions avec Washington, qui montre peu d’empressement à extrader Fethullah Gülen. Une délégation américaine est actuellement à Ankara pour enquêter sur le réseau Gülen.

La Turquie a fait le ménage après le coup de force contre ses sympathisants. Evénement sans précédent, une deuxième réunion s’est tenue mardi à Ankara sur la restructuration en cours de l’armée, qui a vu près de la moitié de ses généraux limogés et incarcérés.

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