Le plan d’action soumis en début de semaine par l’Union européenne à la Turquie en vue d’une gestion commune de la crise des réfugiés a du plomb dans l’aile. Lors de sa visite lundi et mardi derniers à Bruxelles, le président turc Recep Erdogan s’était pourtant montré en phase avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission. En échange de la coopération turque, ce dernier avait promis d’accorder une attention particulière aux questions de l’exemption de visas pour les ressortissants turcs voulant séjourner en Europe et de l'éventuelle l’adhésion de la Turquie à l’Union.

Je suis opposée à ce projet et le président Erdogan le sait très bien

Or la déclaration faite mercredi dernier par Angela Merkel où elle a reaffirmé son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’UE a jeté un froid. «Je suis opposée à ce projet et le président Erdogan le sait très bien, a-t-elle dit dans une interview à la chaîne de télévision allemande ARD. Mais nous devons parler aux Turcs sur le partage du fardeau des réfugiés. Nous devons les aider financièrement. » Une déclaration qui a apparemment offusqué Ankara.

La Turquie qui s’estime être en position de force du fait qu’elle accueille 2,5 millions de réfugiés syriens dont une partie est susceptible de prendre la route pour gagner l’Europe, n’a pas tardé à réagir aux propos d’Angela Merkel. Ankara a annulé le voyage de Franz Timmermans, le numéro deux de la Commission et de Johannes Hahn, commissaire chargé du Voisinage et de l’Elargissement prévu pour lundi à Ankara. Ces derniers devaient donner une impulsion politique aux négociations techniques en cours sur le plan d’actions commune visant à endiguer le flux migratoire en partance des camps de réfugiés en Turquie.

La Turquie doit ouvrir six nouveaux camps

Les attentes de l’UE vis-à-vis de la Turquie sont claires: ouverture de six nouveaux camps pour accueillir de nouveaux réfugiés syriens, enregistrement des arrivées sur place et identification de candidats susceptibles d’obtenir l’asile en Europe et enfin, des patrouilles conjointes gréco-turques dans la mer d’Egée afin de prévenir les arrivées de candidats à l’asile en Grèce.

En contrepartie, l’Union entend verser un milliard d’euros à la Turquie. L’argent serait destiné à améliorer les conditions de vie dans les camps. Par ailleurs, elle accueillerait 500'000 réfugiés sur deux ans, qui seraient relocalisés dans les vingt-huit Etats membres.

Lors de sa visite à Bruxelles, le président Erdogan avait souligné que son pays abritait à présent 2,2 millions de réfugiés syriens et à 300'000 réfugiés irakiens. Il avait aussi averti que la guerre en cours en Syrie pourrait pousser encore des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à l’exil. Selon lui, son pays a déjà dépensé 6,6 milliards d’euros pour l’accueil durant les quatre dernières années alors que le montant total de l’aide internationale s’élevait à 371 millions d'euros.

Selon un diplomate turc basé à Bruxelles, la balle est maintenant dans le camp européen. «A eux de montrer leur bonne volonté, a-t-il déclaré. Mais ils ne doivent pas penser qu’ils résoudront la crise des réfugiés en nous offrant un milliard d’euros pour ouvrir de nouveaux camps.»