Convoqué pour des tweets peu diplomatiques

Israël Plusieurs ambassadeurs, dont celui à Berne, ont critiqué Benyamin Netanyahou

Un vent de révolte souffle sur une partie de la diplomatie israélienne. Et les frondeurs risquent de le payer de leur carrière. Le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a confirmé jeudi que l’ambassadeur de l’Etat hébreu en Suisse, Ygal Caspi, et le conseiller politique de la légation en Inde, Assaf Modan, viennent d’être rappelés à Jérusalem pour y être entendus dans le cadre d’une procédure disciplinaire. En cause: des tweets critiquant le premier ministre, Benyamin Netanyahou.

Dénoncés par l’hebdomadaire d’extrême droite Makor Rishon, les deux diplomates se voient en effet reprocher d’avoir contrevenu à l’obligation de réserve imposée aux fonctionnaires israéliens en affichant leurs opinions personnelles. Yaron Gamburg, un troisième haut fonctionnaire, est également visé par cette procédure, mais il se trouve déjà en Israël.

Longue carrière

Né à Haïfa de parents originaires d’Egypte, Ygal Caspi est un diplomate ayant déjà une carrière fournie mais totalement inconnu du grand public israélien. En poste à Berne depuis juillet 2012, il a, ces dernières semaines, publié plusieurs tweets critiquant le discours prévu par Benjamin Netanyahou devant le Congrès américain le 3 mars prochain pour le prévenir contre un accord avec l’Iran. Une visite en pleine campagne électorale israélienne.

Dans un tweet adressé à la journaliste de Kol Israël (la radio publique), l’ambassadeur écrit: «Cela ne suffit pas de nous faire peur en hébreu? Est-ce qu’il faut voler jusqu’aux Etats-Unis, devant le Congrès, et raconter en anglais combien le nucléaire iranien est dangereux?».

Mais l’ambassadeur cible également Avigdor Lieberman en lui reprochant d’«utiliser les gens» et de «gâter» les ministres de son parti, «qui ne sont pas spécialement meilleurs que d’autres».

Quant à Yaron Gamberg, il a critiqué Naftali Benett, le très charismatique ministre de l’Economie et leader du parti d’extrême droite Foyer juif. «J’ai entendu Benett se plaindre que la presse lui tombe dessus parce qu’il est de droite. […] Quel type dangereux, messianique, violent, homophobe et antisocial.» Selon le code administratif israélien, l’audition des trois diplomates est l’étape précédant leur licenciement pour faute grave. Pourtant, ils ne sont pas les seuls agents du Ministère des affaires étrangères à critiquer le gouvernement. En cercle fermé ou en faisant passer le message sous l’apparence du travail routinier.

Vague de critiques

Indépendamment des 3 «rebelles», 6 consuls généraux israéliens en poste aux Etats-Unis ont ainsi adressé à Jérusalem des notes répercutant l’écho négatif que suscite la prochaine venue de Benyamin Netan­yahou dans l’opinion publique américaine, dans les milieux politiques traditionnellement pro-israéliens, ainsi que dans les communautés juives locales. Ce qui n’a pas empêché le premier ministre de confirmer son intention de prononcer son discours «crucial pour l’avenir d’Israël».