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Twitter décide finalement de bannir Alex Jones, un complotiste américain d’extrême droite

Prise en raison de nouvelles informations sur des tweets et des vidéos postés mercredi, cette décision pourrait apporter de l’eau au moulin de Donald Trump, qui accuse les réseaux sociaux de bâillonner les voix conservatrices

Revenant sur son choix du mois dernier, Twitter a finalement décidé jeudi de suspendre définitivement les comptes d’Alex Jones. Fondateur d’InfoWars, un site internet dont le compte Twitter est également clôturé, Alex Jones est une personnalité médiatique affiliée à l’extrême droite, devenue une célébrité à la faveur de ses propos et théories conspirationnistes, sur une tuerie dans une école primaire en 2012 ou le 11-Septembre.

«Aujourd’hui (jeudi), nous avons suspendu définitivement @realalexjones et @infowars de Twitter et Periscope», une application de vidéo détenue par le groupe, a indiqué le réseau social. «Nous avons pris cette décision sur la base de nouvelles informations sur des tweets et des vidéos postés hier (mercredi) qui violent notre politique de comportement abusif, après des violations passées de ces comptes.»

Cette décision ne devrait pas manquer de susciter la colère du président républicain Donald Trump, qui a déjà affiché sa sympathie pour Alex Jones et a récemment dénoncé une «censure» des idées conservatrices sur les réseaux sociaux.

Elle intervient qui plus est au lendemain de l’annonce par l’administration américaine qu’elle allait se pencher sur une éventuelle violation de la liberté d’expression par les grands réseaux sociaux, accusés de museler les voix conservatrices au profit des opinions progressistes, avec Twitter, Facebook ou Google en particulier dans le viseur.

Jack Dorsey revient sur sa décision initiale

Ce thème était même au centre d’une audition, mercredi également, par les parlementaires américains du patron de Twitter, Jack Dorsey. A cette occasion, ce dernier a fermement assuré que les décisions de Twitter n’étaient pas mues par des motivations politiques. Le fondateur du service de micromessages avait aussi été entendu, aux côtés de la numéro deux de Facebook Sheryl Sandberg, lors d’une autre audition, toujours au Congrès mercredi sur les soupçons de manipulation politique étrangère via les réseaux sociaux.

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Alex Jones était présent au Congrès mercredi pour assister à ces auditions et a pris la parole dans les couloirs. Il avait ensuite posté des vidéos sur Twitter, notamment lorsqu’il insultait un journaliste. Réagissant jeudi sur son site InfoWars à sa suspension, Alex Jones a affirmé: «J’ai été suspendu non pas parce que nous mentons mais parce que nous disons la vérité», ajoutant que c’est cet incident avec un journaliste qui a dû entraîner la décision de Twitter.

Twitter revient donc sur son choix, début août, de ne pas suspendre Alex Jones. Cette décision avait fait polémique, d’autant qu’Apple, YouTube (Google), Spotify et Facebook avaient, eux, suspendu les comptes du conspirationniste, accusé d’avoir tenu un discours «haineux» et enfreint les règlements de ces plateformes.

Très critiqué pour son refus de suspendre Alex Jones, le PDG Jack Dorsey était alors lui-même monté au créneau via des messages sur son réseau pour se justifier. Il avait défendu son choix, au nom du «débat public» et parce qu’«il n’a pas enfreint (nos) règles». Twitter avait néanmoins décidé mi-août de bloquer le compte d’Alex Jones mais de façon temporaire, pendant une semaine.

Le soutien de Donald Trump

Les réseaux sociaux sont régulièrement critiqués pour la gestion de leurs contenus et le choix de suspendre ou non certains comptes ou pages. Pris entre deux feux, ils sont à la fois accusés de censure ou de laxisme quand ils refusent d’expurger certains contenus problématiques ou en tardant à le faire.

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Basé au Texas, Alex Jones, 44 ans, la voix rauque, est devenu une célébrité de l’extrême droite américaine en prétendant que la fusillade de Sandy Hook, à Newton (Connecticut, est) qui avait fait 26 morts dont 20 enfants dans une école était une mise en scène. Parmi ses autres théories conspirationnistes, les attaques du 11-Septembre commanditées par le gouvernement américain ou la rumeur du «pizzagate», mêlant réseau pédophile supposé, pizzeria à Washington et milieu démocrate lors de la campagne présidentielle en 2016.

Pendant sa campagne, Donald Trump avait accordé une interview à Alex Jones, au cours de laquelle le futur locataire de la Maison-Blanche avait flatté son intervieweur, lui disant notamment: «Votre réputation est extraordinaire, je ne vous laisserai pas tomber».

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