«Txapote» ou «Perretxiko» alias Javier Garcia Gaztelu, le chef militaire présumé de l'ETA, a été arrêté par hasard hier à Anglet en France alors qu'il était tranquillement assis à la terrasse du café Havana en compagnie d'un sympathisant français de l'organisation terroriste, Stéphan Robidart. Quelques heures auparavant, l'ETA avait enlevé la vie à deux personnes et en avait blessé trois autres en faisant sauter une voiture chargée d'explosifs au passage d'un conseiller municipal socialiste en banlieue de Saint-Sébastien à Martutene. Ignacio Dubreuil Churruca, 43 ans, élu d'Ordizia un petit bourg basque a été lui gravement blessé.

Txapote ne pouvait ignorer cet attentat. En tant que chef militaire de l'ETA, il l'a même probablement commandité ou en tout cas approuvé. Ironie du sort, Txapote ou Perretxiko (un type de champignon en Espagne), qui faisait l'objet de six mandats internationaux et était un des hommes les plus recherchés par les polices françaises et espagnoles, a été cueilli par hasard, un officier de police l'ayant reconnu alors qu'il consommait dans le même café…

Le curriculum vitae de Txapote est éloquent. Il est accusé d'une dizaine d'assassinats dont un des plus médiatiques de l'ETA, celui du conseiller municipal José Miguel Blanco, enlevé le 10 juillet 1997 et exécuté le 12.

Aujourd'hui âgé de 34 ans, Txapote a commencé sa carrière comme beaucoup d'activistes de l'ETA par la «Kale Boroka», la violence urbaine. Il a ainsi été condamné à un an de prison pour avoir lancé un cocktail Molotov sur une concession automobile française dans sa ville de Galdacano en 1987. En 1991, le démantèlement sanglant – un policier et un activiste tués – du commando Biscaye, le conduit à fuir l'Espagne pour un lieu de résidence inconnu, sans doute le Mexique avant de revenir dans la clandestinité au Pays basque en 1994 en tant que membre du commando Donosti. C'est ce commando qui est soupçonné des assassinats d'un policier municipal à Saint-Sebastien en décembre 1994, d'un conseiller municipal du Parti populaire, et de deux militaires en 1995. Repéré par la police, Txapote réussit à se cacher en France en août 1995 et est soupçonné d'avoir ensuite participé au meurtre de l'avocat socialiste Fernando Mugica en janvier 1996. Il aurait également été impliqué dans divers autres attentats et notamment celui qui a coûté la vie à un psychologue de Martutene, dans la même banlieue que l'attentat d'hier matin. Txapote aurait ensuite participé directement aux assassinats d'un entrepreneur et de quatre conseillers du Parti populaire entre 1997 et 1998 dont celui de Miguel Angel Blanco qui a marqué les esprits par son horreur. L'ETA avait alors kidnappé le jeune conseiller et lancé au gouvernement un ultimatum lui donnant 48 heures pour regrouper au Pays basque les quelque 400 détenus de l'ETA emprisonnés dans les geôles espagnoles.

En mars 1998, tous ces «faits d'armes» lui auraient valu de remplacer Javier Ruiz Ariscuren «Kautauri», arrêté par la police française à Paris, à la tête de la direction militaire de l'ETA. A ce titre, il serait le principal instigateur des attentats qui ont meurtri l'Espagne depuis la rupture de la trêve en décembre 1999 (24 meurtres) avec notamment l'assassinat de l'ancien ministre socialiste Ernest Lluch à Barcelone ou d'un juge de l'audience nationale à Madrid.

Mais, malheureusement, l'arrestation de Txapote comme celle du chef présumé de l'ETA, «Iñaki de Renteria», en septembre à Bidart, ne freinera vraisemblablement pas les actions de l'organisation, qui dispose d'une inquiétante faculté à se régénérer malgré les nombreuses arrestations et démantèlement de commandos en 2000 (commandos Séville, Biscaye, Saragosse)

L'organisation entend, en effet, bien peser sur la campagne électorale au Pays basque qui s'est ouverte il y a deux jours à peine. Le dirigeant de la coalition Izquierda Unida (communiste) au Pays basque, Angel Madrazo, se désolait jeudi: «L'ETA a commencé sa particulière campagne électorales»