«Certains sont prêts à renier leurs convictions pour un fauteuil de premier ministre mais ce n'est pas mon cas. Je demande des élections anticipées le plus rapidement possible.» A la sortie de sa rencontre avec le président d'Israël, Shimon Peres, Tzipi Livni, ministre des Affaires étrangères et présidente du parti Kadima, a confirmé dimanche qu'elle n'avait pas réussi à former un nouveau gouvernement. Elle s'est donc prononcée en faveur de l'organisation d'un scrutin législatif alors que les Israéliens ont voté il y a deux ans à peine.

Prétentions budgétaires

Certes, ces dernières semaines, Kadima et l'Avoda, le parti travailliste d'Ehoud Barak, avaient conclu un accord de gouvernement censé constituer l'axe de la nouvelle majorité. Mais le parti ultraorthodoxe Shas ainsi que Yaadout Hatorah, une petite formation religieuse, ont annoncé vendredi qu'ils ne s'y rallieraient pas. Ils ont alors été suivis par les autres partis susceptibles de former la coalition.

«Leurs prétentions budgétaires sont devenues exorbitantes, ils voulaient faire exploser les pourparlers», a déclaré Tzahi Hanegbi, un ténor de Kadima chargé des négociations avec le Shas. Quant à Tzipi Livni, elle a accordé une série d'interviews dans lesquelles elle affirme «refuser le chantage». «Les demandes formulées par certains partis étaient inacceptables et je n'avais pas l'intention de céder à l'extorsion de fonds», a-t-elle déclaré. «J'ai une haute vision de la chose politique. Il y a des éléments de l'Etat qui ne se marchandent pas.»

Selon la loi, le président de l'Etat hébreu dispose de 3 jours pour accepter ou refuser la proposition de Tzipi Livni d'organiser des élections anticipées. Il a d'ailleurs commencé à consulter les leaders des partis représentés à la Knesset dès la fin de son entretien avec la présidente de Kadima. Au terme de ces 3 jours, la Knesset disposera, elle, de 21 jours pour présenter la candidature d'un autre formateur, à la condition qu'elle soit soutenue par 61 députés sur les 120 que compte l'assemblée. Si ce n'est pas le cas, le président doit alors convoquer des élections anticipées dans les 90 jours. Le scrutin pourrait donc se dérouler le 17 février 2009, à moins que les présidents de parti s'accordent sur une date plus éloignée.

A en croire les sondages publiés depuis la fin de l'été, le grand gagnant de ce scrutin serait le Likoud, le parti nationaliste de Benyamin Netanyahou. Il passerait de 12 à plus de 30 députés, redevenant le principal parti politique. Son leader serait le candidat «naturel» à la fonction de premier ministre.

Politicienne honnête

A contrario, Kadima rétrograderait de 29 à 24 ou 25 sièges. «L'opinion rejette Ehoud Olmert en raison de ses déboires judiciaires mais elle fait crédit à Tzipi Livni, qui passe pour une politicienne honnête. C'est ce qui sauvera cette formation d'une vraie débâcle, explique le politologue Hanan Krystal. Cependant, beaucoup reprochent déjà à la présidente de Kadima d'avoir appelé trop vite à l'organisation d'élections anticipées. Car ce scrutin va nous coûter 2 milliards de shekels (ndlr: 700 millions de francs) alors que l'économie de l'Etat hébreu est durement touchée par les soubresauts de la crise économique mondiale.»

Quant au pParti travailliste, il dégringolerait de 19 à 12 ou 13 députés, ce qui le ravalerait au rang de formation d'appoint. «Certes, Ehoud Barak est encore ministre de la Défense, mais il est devenu un élément mineur du débat politique en raison de la faiblesse de son parti», estime le chroniqueur Amit Segal. A l'avenir, le véritable duel se déroulera entre Tzipi Livni et Benyamin Netanyahou.»

Porté par la vague populaire, le leader du Likoud a d'ores et déjà proposé une alliance au Shas. «Je suis prêt à ouvrir les cordons de la bourse pour aider les familles les plus défavorisées (ndlr: souvent ultraorthodoxes), je continuerai à combattre le terrorisme avec la plus grande fermeté et je refuse d'envisager des négociations avec les Palestiniens sur le partage de Jérusalem», a déclaré Benyamin Netanyahou. Il a ajouté qu'il saurait «traiter le problème du nucléaire iranien». Plusieurs autres petites formations d'extrême droite se sont d'ores et déjà déclarées prêtes à rejoindre l'alliance «musclée» que le Likoud se propose de constituer au lendemain du prochain scrutin.