«Nous n'avons rien de personnel contre Tzipi Livni, qui est une femme intelligente et ouverte, mais nos approches politiques ne sont simplement pas compatibles. Nous ne participerons donc pas au gouvernement qu'elle tente de mettre sur pied.» En quelques mots prononcés vendredi matin au micro de la radio publique, Elie Yichaï, le leader du parti ultraorthodoxe Shas, a mis fin aux espoirs de Tzipi Livni de diriger une équipe gouvernementale «renouvelée» et soutenue par une large majorité à la Knesset.

Alliance avec le Likoud

Certes, ces dernières semaines, les négociateurs de Kadima, la formation de Tzipi Livni, avaient conclu un accord de gouvernement avec le Parti travailliste d'Ehoud Barak avant d'entamer des pourparlers avec des partis d'appoint. Mais seule la participation du Shas garantissait la stabilité du gouvernement jusqu'à la fin de la législature (2010). Or, le rabbin Ovadia Yossef, qui est le leader spirituel de ce parti, ainsi que les douze rabbins composant le Conseil des sages de la Torah, l'instance suprême du Shas, ont préféré envisager une alliance avec le Likoud de Benyamin Netanyahou, le principal parti de l'opposition de droite, au plus haut dans les sondages.

Officiellement, le Shas reproche à la présidente de Kadima de ne pas vouloir débloquer des fonds pour les allocations sociales destinées aux familles défavorisées, souvent ultraorthodoxes. En outre, Elie Yishaï reproche à son interlocutrice d'être «prête à envisager le partage de Jérusalem» avec les Palestiniens. Plusieurs commentateurs politiques israéliens estiment cependant que les dirigeants du Shas peinent à accepter qu'une femme devienne premier ministre puisque la société ultraorthodoxe dénie à la gent féminine le droit d'occuper des fonctions dirigeantes. En effet, selon ses tenants, les femmes doivent vivre dans la «tsniout» (pudeur), donc ne jamais s'afficher au premier plan, ne pas parler en public, et ne pas côtoyer les hommes.

Quoi qu'il en soit, Benyamin Netanyahou, qui milite en faveur d'élections anticipées, a tout mis en œuvre pour s'attirer les faveurs du Conseil des sages de la Torah. Il a rendu visite à ses membres en leur promettant que, s'il devenait premier ministre, il augmenterait aussitôt les allocations sociales pour les familles nombreuses ainsi que les subsides destinés aux écoles religieuses du Shas. En outre, il s'est engagé à ne jamais négocier le partage de Jérusalem avec les Palestiniens et il a nommé le gendre d'Ovadia Yossef comme son «porte-parole personnel».

Immobilisme

La défection du Shas est un coup dur pour Tzipi Liv qui voit s'éloigner d'elle le portefeuille de premier ministre. «Son champ d'opération s'est restreint», explique le chroniqueur politique Yoav Krakovsky. «A priori, elle pourrait constituer dès lundi un gouvernement minoritaire, mais celui-ci serait incapable de faire voter le budget et serait donc obligé de démissionner à la fin de l'année. Deuxième possibilité: constituer un cabinet s'appuyant sur les travaillistes et sur une série de petits partis antagonistes qui vendraient très cher leur appui au premier ministre. Dans ce cas, le chef de gouvernement serait réduit à l'immobilisme et sans doute contraint à une démission rapide. Enfin, dernière solution: demander au président de l'Etat, Shimon Peres, de dissoudre la Knesset et de convoquer des élections anticipées afin de remettre les compteurs à zéro. Ce pari est également osé, puisque les sondages prédisent tous une chute de Kadima, qui serait réduit au rôle de parti subalterne.»

Dans ce cas, Benyamin Netanyahou serait appelé à constituer le prochain gouvernement et non Tzipi Livni. Cette dernière serait alors forcée de remettre en jeu son mandat de présidente de Kadima. Grosso modo, elle en serait réduite au même sort qu'Ehoud Olmert, les poursuites judiciaires en moins.

Sauf imprévu, Tzipi Livni rencontrera en tout cas Shimon Peres dimanche après-midi afin de discuter de l'impasse politique. C'est au terme de cette réunion cruciale pour l'avenir politique de la présidente de Kadima que les Israéliens sauront s'ils seront ou non appelés à retourner aux urnes prochainement.