«UBS et les procureurs fédéraux américains cherchent le report de l’audience» titre le New York Times qui revient sur le coup de théâtre attendu de ce dimanche, l’annonce d’une demande conjointe de report du procès civil qui doit commencer ce lundi à Miami. «Cette demande d’ajournement survient alors que la justice a renouvelé sa menace de sanctions financières pour la banque, au cas où elle continuerait de taire les noms qu’on lui demande», écrit le quotidien américain, qui revient sur ce qu’il appelle un «drame diplomatique». «UBS n’a pas encore fait face à toutes les conséquences induites par ses actions illégales aux Etats-Unis» peut-on lire dans une réponse de la justice américaine rendue publique ce dimanche et citée par le journal. C’est le juge Alan Gold qui décidera de cette demande d’ajournement tôt lundi – il y a 6 heures de décalage entre les Etats-Unis et l’Europe. «Cette demande conjointe est le premier signe que la Justice reconnaît que les deux parties travaillent ensemble à la mise en place d’un compromis extrajudiciaire», écrit le NYT.

Dans sa réplique, «la justice n’a pas répondu à la question du juge Gold qui lui demandait jusqu’où elle était prête à aller, note le Washington Post, elle s’est contentée de dire que la question était prématurée, et que le gouvernement américain recherchait des mesures appropriées incluant des sanctions financières suffisantes pour amener UBS à céder».

«UBS et le gouvernement américain sont engagés dans de profondes discussions pour résoudre l’affaire», explique le Wall Street journal, qui en fait son gros titre ce matin, «c’est le dernier rebondissement d’une affaire qui met à mal des siècles de strict secret bancaire en Suisse. Mais la justice a aussi répété hier qu’elle restait déterminée à obtenir les renseignements bancaires sur un «nombre conséquent» de clients d’UBS, note le journal, et a rappelé que si UBS refusait de se plier à ses exigences, la banque pourrait se voir infliger des sanctions «non spécifiées». Le WSJ pèse les chances de chaque partie: «déjà l’impensable est arrivé cette année, lorsque la grande banque a révélé les noms de 250 clients soupçonnés de fraude fiscale. Mais cet accord, s’il devait avoir lieu, pourrait mettre fin aux espoirs de l’IRS: les noms de 52’000 fraudeurs potentiels. Quelque 7000 d’entre eux sont sujets à une enquête plus approfondie car leurs comptes sont liés à des comptes off shore et à des trusts, plus susceptibles d’être entachés de fraude. Dix-sept mille autres sont des comptes de particuliers moins suspects». Qui l’emportera? «Tout en reconnaissant que des discussions avaient lieu en direction d’un règlement loin des prétoires, l’IRS a déjà obtenu un certain nombre de victoires depuis la fin 2007, quand un ancien banquier privé d’UBS, Bradley Birkenfeld, a accepté de coopérer avec les autorités américaines», rappelle le WSJ. Ces poursuites ont abouti à la mise en cause de ce banquier et de plusieurs clients, qui ont plaidé coupables. Le WSJ cite aussi Jack Blum, expert fiscaliste pour qui le procès de Miami doit avoir lieu, ne serait-ce que pour des raisons d’exemplarité, afin de monter la détermination du gouvernement américain à lutter contre l’évasion fiscale. Un autre fiscaliste reconnaît d’ailleurs que d’une certaine façon l’IRS a déjà gagné contre UBS puisque les banques suisses revoient à la baisse toutes leurs activités impliquant des clients suisses.

«Les perspectives d’un accord s’améliorent» titre de son côté le Financial Times, «le gouvernement américain et UBS s’éloignent d’une bataille judiciaire dommageable en demandant ce délai de 3 semaines». Le procès au civil lancé par les autorités américaines peu après avoir conclu un accord au pénal d’un montant de 780 millions de dollars en février aura d’immenses conséquences sur le système bancaire suisse explique le FT, et il est suivi de près par les banquiers et autres avocats pour qui l’exterritorialité et la détention par des étrangers de comptes en Suisse sont le travail quotidien. «Une victoire de l’IRS contre UBS encouragerait d’autres autorités fiscales à faire de même.»