Stavros Lambrinidis n’aura pas la tâche facile. Depuis la nomination, le 27 juillet, de cet ancien ministre des Affaires étrangères grec au poste de représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme, les milieux spécialisés s’inquiètent de sa future marge de manœuvre et de sa connaissance des dossiers.

Stavros Lambrinidis, 50 ans, ancien vice-président social-démocrate du Parlement européen, a selon plusieurs sources bruxelloises surtout obtenu ce poste grâce au soutien des eurodéputés, très en pointe sur la question des libertés. La haute-représentante de l’Union pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, est notamment critiquée pour avoir écarté la candidature de l’ambassadeur français aux droits de l’homme François Zimmeray, fort d’une réelle expérience à ce poste depuis 2008.

Au-delà de la nomination de Stavros Lambrinidis, qui prendra ses fonctions le 1er septembre pour un court mandat de deux ans, c’est la question de sa mission qui est posée. En théorie, ce dernier sera le maître d’œuvre de la nouvelle stratégie communautaire en matière de droits de l’homme adoptée en juin 2012. Mais ni ses compétences, ni les moyens dont il disposera au sein du Service européen d’action extérieure (SEAE) – encore affairé à se mettre en place – ne sont clairs.

Devra-t-il, par exemple, présenter un rapport public annuel similaire à celui que le Département d’Etat américain rend chaque année? Pourra-t-il coordonner, avec le Parlement européen, des enquêtes ou des auditions sur des situations problématiques en matière de libertés? Ou sera-t-il, comme le craignent déjà les organisations non gouvernementales basées à Bruxelles, avant tout l’interlocuteur attitré des eurodéputés, sans capacité réelle de mobilisation diplomatique?

«Tour de chauffe»

Le test, prédisent les experts, sera sa capacité à se faire entendre des ministres des Affaires étrangères des Etats membres. «Il doit, pour exister, s’appuyer sur les pays les plus en pointe sur ces questions, et trouver une spécificité», juge-t-on à Bruxelles, où la courte durée de son mandat est interprétée comme un «tour de chauffe». L’erreur, prédisent les familiers de ces questions, serait que Stavros Lambrinidis devienne «une machine à produire des communiqués», sans effets sur le terrain. A l’inverse d’une action concertée avec les ambassades européennes, par exemple pour travailler sur le sujet de plus en plus crucial des sanctions, sur les contacts avec les dissidents et sur des aspects plus pointus comme le soutien apporté, via Internet, aux militants des droits de l’homme. Un chantier, prédisent des diplomates bruxellois, pourrait être la nomination dans chaque ambassade de l’UE d’un attaché aux droits de l’homme.

Avocat de formation, familier des Etats-Unis, Stavros Lambrinidis avait un temps espéré obtenir le poste de secrétaire général adjoint de l’ONU en charge de l’information. La coordination de son rôle avec celui de l’agence européenne pour les droits fondamentaux créée en 2007 et basée à Vienne, avec le haut-commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe basé à Strasbourg (actuellement le Letton Nils Muižnieks) et avec le Haut-Commissariat de l’ONU à Genève seront aussi décisives .