Le 31e sommet Union européenne-Russie, ces lundi et mardi à Ekaterinbourg, dans l’Oural, se déroule dans un climat de méfiance réciproque tant les sujets à l’agenda divisent les deux parties. A commencer par la livraison d’armes à la Syrie, pays déchiré par une guerre civile larvée depuis deux ans et qui fait quelque 70 000 morts et plusieurs millions de réfugiés.

Le constructeur russe des Mig s’apprête à signer un contrat de livraison d’une dizaine d’appareils à l’aviation militaire syrienne, selon le Moscow Times d’hier. Le Kremlin s’en défend en disant que le matériel de guerre exporté est destiné à la protection du pays en cas d’interventions étrangères. La semaine dernière, l’ambassadeur russe à Bruxelles, Vladimir Chizhov, expliquait que la levée de l’embargo sur les armes pour les opposants syriens par Bruxelles était nuisible à la recherche d’une solution diplomatique à la crise, faisant référence à la conférence Genève 2 qui devrait se tenir dans quelques semaines.

A propos de livraisons d’armes russes, le ministre israélien de la Défense, Moshe Yaalon, a démenti hier la nouvelle selon laquelle la Russie avait livré des missiles sol-air S-300 à la Syrie, comme l’avait affirmé le président Bachar el-Assad jeudi. Selon lui, cette livraison ne pouvait, pour des raisons techniques, intervenir avant un an. Le déploiement des missiles sol-air ­S-300 compliquerait évidemment de nouvelles frappes israéliennes en Syrie.

Peu avant l’ouverture du sommet, l’UE a fait comprendre qu’elle privilégiait toujours une solution diplomatique au conflit syrien. «Nous soutenons l’organisation de Genève 2 [une initiative américano-russe], a déclaré un porte-parole. Nous demandons à toutes les parties de ne pas avoir recours aux armes.»

Pour marquer son soutien à Damas, Moscou a bloqué dimanche un projet de résolution de déclaration du Conseil de sécurité portant sur la situation à Qousseir, ville au centre du pays, théâtre depuis plusieurs jours de violents combats entre forces gouvernementales soutenues par des combattants du Hezbollah et rebelles de l’Armée syrienne libre.

Outre la Syrie, les deux parties ont évoqué d’autres sujets de contentieux.

Energie

La Russie fournit 25% des besoins en gaz en Europe. Une situation de force qui permet à Gazprom, le géant russe, d’imposer son prix. Face à cette domination, l’UE a lancé une enquête pour concurrence déloyale et manipulation des prix. Bruxelles a également mis son holà à la tentative de Gazprom de détenir gazoducs et réseaux de distribution en Europe. En mars, Bruxelles et Moscou ont signé une stratégie énergétique 2050 commune, mais elle est loin de se concrétiser.

Commerce

La Russie est le troisième partenaire commercial de l’UE, avec des exportations de 123 milliards d’euros en 2012, derrière les Etats-Unis, la Chine et la Suisse. L’UE estime que le potentiel du marché russe est plus important, pour autant que la Russie respecte ses engagements en tant que membre de l’Organisation mondiale du commerce depuis 2012. L’UE veut augmenter ses exportations de 10% par an.

Droits humains

Les Vingt-Sept font du respect des droits humains l’une de leurs priorités. Depuis le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, ils constatent un rétrécissement des droits fondamentaux. Catherine Ashton, la cheffe de la diplomatie européenne, évoquera notamment le cas de la mort en prison du juriste Sergueï Magnitski, il y a plus de trois ans, sans qu’il y ait eu d’autopsie ou d’enquête sur les responsables.

Listes de passagers

Le Kremlin réclame des listes de passagers européens aux compagnies aériennes desservant les ­aéroports russes. Bruxelles a réclamé des explications en mars, mais n’a toujours pas de réponse.

Visas en discussion

Les enjeux concernent les mesures de sécurité, la lutte contre l’immigration illégale et la gestion des frontières communes.