(Paris) On s’attendait à une telle posture. Conforté par des sondages redevenus plus favorables, et crédité pour sa bonne gestion dans la foulée des attentats terroristes des 7 et 9 janvier, François Hollande se devait d’incarner le tournant dont son quinquennat, qui s’achèvera en mai 2017, a tant besoin. Il s’y est donc employé face à la presse pendant plus de deux heures, dans la salle des fêtes de l’Élisez. En mettant l’accent sur sa volonté d’agir dans quatre directions: la «cohésion européenne» mise à l’épreuve par «l’Ukraine en guerre» et confrontée à la nouvelle donne politique en Grèce, la nécessité de soutenir l’école de la république dans sa mission d’intégration, la volonté d’aider l’islam à se réformer, et la nécessité de redonner de l’oxygène aux entreprises. «Je crois à l’entreprise au sens de la création de richesse» a d’ailleurs déclaré le chef de l’Etat qui, au tout début de son mandat en 2012, s’était mis à dos les milieux d’affaires en déclarant: «Mon ennemi, c’est la finance».

■ Politique extérieure: l’Ukraine et la Grèce. Place donc à l’action. Avec une première annonce inattendue, faite en direct dès le début de son intervention: son départ ce jeudi après midi en Ukraine, puis sa visite vendredi en Russie, aux côtés d’Angela Merkel, pour une ultime tentative de compromis diplomatique dans ce que le locataire de l’Elysée a, à plusieurs reprises, qualifié de «guerre». «Nous partirons à Kiev cet après-midi pour y faire une nouvelle proposition de règlement, a déclaré François Hollande, jouant au maximum la solidarité affichée avec l’Allemagne dans ce dossier plus qu’épineux. «Si nous réussissons, nous aurons évité les escalades. Si nous échouons, que dira-t-on ? Que la France et l’Allemagne ont fait tout ce qu’elles pouvaient faire».

Un front commun que Paris espère aussi consolider face à la Grèce. Après avoir reçu mercredi à l’Elysée Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre grec, François Hollande l’a encouragé à rendre visite «au plus vite à la chancelière qui le recevra». Il a réitéré son soutien à Athènes, mais en le ponctuant d’un avertissement clair: «Si le nouveau gouvernement grec prenait des décisions contraires aux règles de la zone euro, la question de ce soutien serait évidemment posée (...) Pour l’heure, la décision que vient de prendre la Banque centrale européenne (de couper provisoirement le robinet à liquidités à Athènes) oblige les Européens à se mettre autour de la table».

Sur le plan domestique, trois dominantes.

■ La politique d’abord: tout en saluant l’unité française retrouvée après la marche du 11 janvier, François Hollande a montré qu’il garde bien en tête les échéances électorales et le besoin de conforter la gauche. Interrogé sur l’élection partielle du Doubs, dans une circonscription frontalière de la Suisse où le Front national risque dimanche d’enlever son troisième siège de député, le président français a rappelé, solennel, sa position lors de la présidentielle de 2002, pour le second tour entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, en faveur du président sortant. «Tous les partis n’adhèrent pas à toutes les valeurs de la république a-t-il taclé. Manière de dénoncer la posture «ni-ni» du président de l’UMP Nicolas Sarkozy.

■ L’école et la société ensuite. Là, le président français est retombé dans le registre des promesses. Mais avec quand même deux annonces datées et ciblées: la création prochaine d’une agence nationale pour le développement économique des territoires, chargée de mieux répartir l’investissement et les aides au profit des zones en difficulté. Et l’élargissement du service civique volontaire qui, à partir du 1er juin, deviendra «universel» et ouvert à tous les jeunes français de moins de 25 ans pour une durée de huit mois. L’idée, qui avait flotté un temps à l’Elysée, de proposer par référendum le retour d’un service militaire obligatoire, a été abandonnée. La question de l’intégration de l’islam et de la laïcité sera aussi au coeur de la seconde partie de son quinquennat. «La France doit-elle accepter des imams venus de l’étranger, sans règles, sans contrôle, sans formation ? La réponse est non.»

Dernier volet: l’entreprise et les réformes économiques. Là, pas de nouvelles annonces. mais un net changement de ton. Tout en réaffirmant qu’il n’est pas «un président de droite», François Hollande a plusieurs fois pris l’entreprise pour modèle, affirmant même que les services de l’Etat feraient bien de s’en inspirer pour être plus efficaces. «Quand un chef d’entreprise décide, il le fait vite. Dans une entreprise, ça ne prend pas des semaines et des mois...»

Posture nouvelle donc. Ton plus affirmé et volonté de devenir, enfin, un chef d’Etat qui fixe le cap, en s’appuyant sur un premier ministre «à sa place, en cohérence et en confiance». A l’évidence, François Hollande estime que les circonstances et le climat «post Charlie», à un mois presque des tragiques attentats de janvier, lui ont redonné la crédibilité indispensable pour avancer ses pions sur les trois échiquiers qui comptent: l’échiquier communautaire à Bruxelles, l’échiquier franco-allemand vis-à-vis de la Russie et de la Grèce, et l’échiquier politique français, où les risques d’implosion de la droite traditionnelle face au FN font passer au second plan les fractures au sein du Parti socialiste et les griefs des écologistes, de plus en plus coincés par la volonté présidentielle de «tout faire» pour réussir la grande conférence sur le climat de Paris, en décembre prochain.