Editorial

En Ukraine, l’amère victoire des pro-européens

Le camp pro-occidental a gagné haut la main les élections législatives ukrainiennes. Cette victoire sans appel a pour corollaire la débâcle des pro-russes. Le visage de la Rada, le parlement ukrainien, s’en trouve totalement bouleversé. Pour la première fois de son histoire, plus des trois quarts de l’Assemblée législative seront en faveur d’un rapprochement avec l’Europe et des réformes que cela implique.

Cette réussite, saluée à Bruxelles et même à Moscou où l’on promet de respecter le choix populaire, a aussi un goût amer car elle consacre la division du pays: en Crimée et dans une partie du Donbass contrôlée par les sécessionnistes, le scrutin n’a pu avoir lieu. Près de 5 millions d’Ukrainiens n’ont pu s’exprimer, et s’ils l’avaient fait, le résultat aurait été complètement différent. Les vainqueurs d’aujourd’hui doivent donc beaucoup à la politique belliqueuse de Vladimir Poutine. Ironiquement, la région de Donetsk, capitale des séparatistes, a adopté lundi l’heure de Moscou.

Cheville ouvrière de ce succès, le président Petro Porochenko triomphe, même si son parti cède la première place à celui de son premier ministre, Arseni Iatseniouk. Mais les deux politiciens ont une tâche colossale devant eux: redresser un pays au bord de la banqueroute et rétablir la paix à l’est du territoire. L’avantage décisif issu des urnes leur donne aussi une responsabilité supplémentaire face aux électeurs dont les attentes sont immenses.

Ils ne sont pas les seuls à se trouver dans l’embarras à l’issue du vote. Vladimir Poutine, en annexant la Crimée et en soutenant la rébellion sécessionniste dans l’est du Donbass, s’est privé du même coup de toute influence politique à Kiev. Le «soft power» russe en Ukraine a vécu. Le gaz et l’insurrection armée sont désormais les seuls leviers que le pouvoir russe garde en Ukraine.

Les Européens aussi pourraient se trouver encombrés par la déclaration d’amour ukrainienne. Le pays est criblé de dettes, à commencer par les factures dues à la Russie. Faute de les payer, l’hiver pourrait se révéler interminable et froid. L’Europe est appelée à la rescousse. Après ses gesticulations contre les agissements de Moscou et ses messages de soutien à la nouvelle équipe dirigeante, elle doit maintenant agir et mettre la main au porte-monnaie. Mais le sauvetage ukrainien promet d’être au moins aussi compliqué que celui de la Grèce.