L’opposant pro-russe Viktor Ianoukovitch devance de deux points sa rivale, le Premier ministre Ioulia Timochenko, au deuxième tour de la présidentielle en Ukraine, a annoncé la commission électorale centrale lundi après le dépouillement de bulletins dans 95% des bureaux de vote. Mais le premier «revendique» et la seconde «dénonce», relève L’Express, et «ces désaccords laissent présager de longs recours juridiques». Ils mettraient «un pays sans majorité» en situation de blocage institutionnel», écrit le Spiegel, qui pense que le conflit électoral pourrait dégénérer dans la rue. Tout comme le Times de Londres, lequel évoque une possible «éruption».

Il n’est ainsi pas impossible que les Ukrainiens «se retrouvent sans président, ou, pire, avec deux chefs d’Etat», en déduit Courrier international, qui a traduit un article de l’hebdomadaire ukrainien Post Postoup: «Indépendamment du résultat des élections, il est tout à fait certain que l’Ukraine, une fois de plus, va se retrouver prise au piège d’une confrontation politique de longue durée. C’est pour cela, comme dit l’un des slogans les plus martelés par la plupart des candidats, qu’«il ne faut pas s’attendre à une amélioration de votre vie aujourd’hui» dans un avenir proche. L’Ukraine va être partagée entre deux forces politiques qui défendent des principes opposés sur le plan international, mais aussi sur les plans culturel et économique.»

En tout cas, «elle est finie, la révolution orange», selon La Repubblica, et, pense Le Monde, «l’image de Ioulia Timochenko s’est dégradée. Les ravages de la crise et la guerre de tranchées avec son ancien allié, le président Iouchtchenko, sont portés à son débit. Ses adversaires lui [prêtaient] aussi l’intention d’instaurer un «pouvoir vertical», selon le modèle poutinien.» Et maintenant, elle se fait «menaçante», écrit l’Independent. Plus «optimiste», Libération annonce que «l’Ukraine a tourné, hier, la page de la révolution orange. De quoi réjouir le Kremlin. […] C’est la fin d’une époque» car, selon la formule de la RTBF, «de l’eau a coulé sous les ponts».

«Quelle revanche! enchaîne 24 heures. Six ans après les manifestations monstres qui ont porté au pouvoir les proeuropéens Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko, c’est leur bête noire qui remporte l’élection présidentielle.» Et de se demander, comme tant d’autres journaux: «Triomphe de la démocratie? Défaite de la révolution proeuropéenne?» Pas si vite, estime Die Welt, qui envisage même, avec un point d’interrogation, tout comme le Telegraph, «une nouvelle révolution orange» après ce «Comeback des Sowjet-Stars», selon l’expression forte de la Zeit. «A remarkable comeback», confirme le Guardian. Mais c’est la dernière chance pour ce «survivant» politique, tempère le Financial Times.

Et de toute manière, les Ukrainiens n’avaient le choix qu’«entre la peste et le sida», selon l’expression d’une journaliste de Kiev citée par Il Giornale. «Des révolutions sans couleurs», écrit pour sa part El País, qui analyse aussi la situation politique en Géorgie. Dans ces deux pays, «l’espoir d’une démocratisation post-soviétique rapide s’est évanoui et la frustration s’est propagée».