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Ce texte est issu du projet «Ukraine Stories» lancé par le partenaire anglophone du «Temps» Geneva Solutions, qui traite de la Genève internationale. Il s’agit de soutenir et de publier le travail de dizaines de journalistes ukrainiens et russes qui ont perdu leur poste ou leur média mais pas leur savoir-faire.

Une campagne de financement participatif a permis de couvrir les deux premiers mois du projet. Si vous souhaitez le soutenir pour la suite, écrivez info[at]genevasolutions.news

■ Récit en photos d’un sauveteur ukrainien

Youri Lozynskyi est un sauveteur ukrainien auprès du service d’urgence de l’Etat. Mobilisé intensément dès les premiers jours de la guerre, le jeune homme de 22 ans évoque les moments les plus forts de son inlassable travail.

La terreur des bêtes

«Une roquette russe a touché un immeuble résidentiel à Kiev. Les sauveteurs sont arrivés pour évacuer les résidents restants mais la cage d’escalier était détruite et les gens ne pouvaient pas descendre. Ils ont dû être évacués par la fenêtre en utilisant une issue de secours spéciale. Le plus difficile était de sortir les personnes malades ou en fauteuil roulant. Une personne a été placée sur un brancard spécial et a été évacuée du 23e étage.

Lorsque j’ai inspecté l’appartement pour voir s’il restait quelqu’un, j’ai vu un chien qui se cachait sous le lit. Il était tout mouillé et très effrayé. Il y avait beaucoup d’animaux de compagnie morts ou blessés dans les appartements.»

Le vieil homme endormi

«Nous avons évacué tous les résidents d’une maison en ruine. On nous a dit qu’un homme âgé était resté à l’intérieur du bâtiment. Nous l’avons cherché pendant longtemps en espérant qu’il allait bien. Mais quand nous l’avons trouvé, il était mort.

Lorsque l’obus s’est abattu sur la maison, il était endormi, avec une couverture sur lui. Un mur de béton lui est tombé dessus. Il ne s’est peut-être même pas rendu compte de ce qui s’était passé.»

Le miracle des toilettes

«Un missile russe a détruit un immeuble. Nous ne pensions pas que quiconque à l’intérieur était encore en vie, mais une femme était vivante sous les débris. Elle avait réussi à se cacher dans les toilettes; les murs et le sol tout autour d’elle étaient complètement détruits.

La baignoire et les toilettes sont les endroits les plus sûrs car ils sont situés à l’intérieur du bâtiment, entre plusieurs murs. Cela lui a sauvé la vie.»

Le piège du 23e étage

«Un jour, pendant l’évacuation d’un immeuble, une sirène aérienne a retenti pour annoncer une frappe aérienne. J’ai vu des gens dans la rue s’enfuir vers des abris. Mes camarades et moi étions au 23e étage et nous avons compris que nous n’aurions pas le temps de nous cacher.

J’avais déjà dit adieu à la vie, mais la roquette est tombée à proximité et personne n’a été blessé. Evidemment, nous avons un peu peur, mais nous continuons à faire notre travail. Après tout, je veux aider les gens depuis que je suis enfant.»

L’union

«J’ai été impressionné par les gens. Lorsque nous avons démantelé les débris ou évacué les victimes, des inconnus nous ont offert leur aide et nous ont apporté de la nourriture. Cela ne nous était jamais arrivé auparavant. La guerre a uni tous les Ukrainiens.»

Mariana Tsymbalyuk est une journaliste indépendante ukrainienne basée à Ivano-Frankivsk. Elle écrit pour des médias locaux et nationaux.

■ Nourriture ou sanctions, «l’Occident» devra choisir

«La Fédération de Russie est prête à apporter une contribution significative pour surmonter la crise alimentaire par l’exportation de céréales et d’engrais, à condition que les restrictions politiques de l’Occident soient levées», a déclaré Vladimir Poutine au premier ministre italien Mario Draghi lors d’une conversation téléphonique du 26 mai, selon le Kremlin.

La veille, le vice-ministre des Affaires étrangères Andreï Rudenko a déclaré que les ports ukrainiens pourraient être réhabilités si les zones les entourant étaient déminées. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a quant à lui accusé les pays occidentaux: «nous rejetons catégoriquement ces accusations, et au contraire, accusons les pays occidentaux d’avoir pris un certain nombre d’actions illégales qui ont conduit à ce blocus», a-t-il dit d’après le canal Telegram pro-Kremlin «Avez-vous écouté le phare».

L’Ukraine et la Russie font partie des plus grands exportateurs de céréales du monde. Les ports ukrainiens, par lesquels transitent habituellement 4,5 millions de tonnes de produits agricoles par mois, sont bloqués depuis le début de la guerre. Environ 20 millions de tonnes de céréales de la récolte précédente ont été bloquées, selon l’ONU dont le secrétaire général Antonio Guterres a déclaré: «Des décennies de progrès dans la lutte contre la faim sont en train d’être anéanties.»

■ Le «nazisme ordinaire» exposé à Moscou

Le 19 avril, une exposition temporaire intitulée Nazisme ordinaire a ouvert ses portes au Musée de la victoire à Moscou. Le média indépendant russe Meduza qui a visité cette exposition «très étrange», décrit un mélange de récits d’atrocités ukrainiennes, des croix gammées et des vidéos TikTok de sauvetage de civils par les occupants russes. Selon le média, l’exposition met en avant «les organisations nationalistes modernes en Ukraine qui font revivre l’idéologie de l’Allemagne nazie».

Alexander Shkolnik, le directeur du musée, a été inclus dans la liste australienne et anglaise des sanctions envers les fonctionnaires russes pour avoir propagé de la désinformation. «Je considère cela comme un indicateur de notre travail. Nous faisons donc tout correctement», a-t-il dit au média russe Ria Novosti.

Des objets portant les lettres Z et V sont venus s’ajouter à l’assortiment habituel de la boutique du musée. On y retrouve notamment des chopes de bière patriotiques ou des badges avec l’inscription «Mon PréZident POUTINE».

■ Deux écoles rescapées de la Seconde Guerre mondiale détruites par les bombes russes

Au début des années 1890, l’entreprise russo-belge Lyubimov, Solve and Co s’est implantée à Lyssytchansk, dans l’oblast de Donetsk, devenant en trois ans le premier producteur de soude dans l’empire russe. En 1977, l’un de ses bâtiments s’est transformé en collège classé parmi les 100 meilleures écoles du pays, jusqu’à son bombardement le 2 mai par les forces russes. Dans la nuit du 18 mai, une autre école a été attaquée par les troupes russes, cette fois avec des obus au phosphore: celle, secondaire, d’Avdiivka, dans la banlieue de Donetsk, également un des monuments historiques de la ville. La destruction de ces deux bâtiments qui avaient résisté aux grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale montre une nouvelle fois combien la destruction du tissu social fait partie intégrante de la stratégie de cette guerre.

Stanislav Kibalnyk est un journaliste ukrainien basé à Kharkiv qui écrit pour une publication internet, assembly.org.ua. Il est titulaire d’un doctorat en criminologie et dirige l’ONG Favela 61, qui fournit une aide humanitaire dans les zones de guerre.

■ Une passivité coupable

En Bouriatie, un tribunal a déclaré coupable Lilia Donskaya pour n’avoir pas réagi lorsque Natalya Filonova, une militante anti-guerre, a demandé au conducteur du bus de retirer la lettre Z du véhicule, signe de soutien à la guerre. Les autorités se sont basées sur la vidéo de la scène, filmée en direct par la militante des droits de l’homme Nadezhda Nizovkina, pour livrer leur jugement. D’après eux, le manque de réaction de Lilia est suffisant pour l’accuser de discréditer l’armée russe et l’amender à hauteur de 40 000 roubles (585 francs suisses). Natalya, a quant à elle été arrêtée début mai pour cinq jours.

Carnets intimes d’un écolier de Marioupol

Dimanche 3 mai. «J’ai bien dormi, je me suis réveillé, j’ai souri, je me suis levé, et j’ai lu mon livre jusqu’à la 25e page. Mon grand-père est mort, j’ai une blessure dans le dos, ma peau est partie, ma sœur a des blessures à la tête et maman n’a plus de chair au bras et un trou à la jambe».

Lundi 4 mai. «Grand-maman est allée chercher de l’eau et elle est revenue. C’est bientôt mon anniversaire. J’ai perdu deux chiens et grand-maman Halia, et ma ville que j’aime Marioupol depuis jeudi 24 février».

Voilà ce qu’écrit un écolier de 8 ans de Marioupol dans le carnet qu’il a tenu pendant les deux mois passés dans un sous-sol de Marioupol avec sa mère, sa sœur de 15 ans et ses voisins. Son nom ne sera pas divulgué, pour des raisons de sécurité. Artiste et photographe, Yevhen Sosnovskyi a passé 62 jours à Marioupol et pris des clichés de ces textes après avoir vécu plusieurs jours avec la famille.

Un incendie éclate

«La maman du petit garçon au cahier était très inquiète, car elle ne pouvait ni louer un appartement, ni subvenir aux besoins de son enfant et de sa mère âgée. Quelqu’un à Marioupol lui avait offert un emploi: de nombreuses personnes sont prêtes à aider les réfugiés internes», explique Yevhen Sosnovskyi.

Un jour, lors d’un bombardement, un missile frappe la salle de bains dans laquelle ils se sont tous réfugiés. «La maman a été grièvement blessée au bras et à la jambe. L’enfant avait le dos totalement lacéré au point que des morceaux de chair pendaient. Ses muscles avaient été mis à nu», raconte le photographe. Quant à sa sœur, elle est gravement touchée à la tête. «J’ai cherché partout un médecin, en vain. Les soldats ukrainiens qui se battaient à proximité n’avaient que des antidouleurs et des pansements. Nos voisins nous ont fourni du peroxyde d’hydrogène et des bandages. Le sang ne cessait de couler de la blessure du petit garçon: il ne pouvait pas s’allonger. Nous avons changé ses pansements tous les jours.»

Le 20 mars, l’immeuble où il vit est visé par des bombardements. Un incendie éclate. «Nous avons voulu l’éteindre mais les Tchétchènes [troupes auxiliaires de l’armée russe] nous ont immédiatement expulsés de nos appartements, y compris les femmes et les enfants blessés. Personne n’a pu emporter quoi que ce soit», dit le photographe.

Rire malgré la douleur

Avec ses voisins, il se replie sur le bloc d’immeubles le plus proche et se précipite au sous-sol. Le bâtiment est à côté des lieux de combats mais la résilience des enfants bouleverse Yevhen Sosnovskyi. «Les petits, surtout le garçon qui écrivait son carnet intime, plaisantaient et riaient malgré la douleur. Lui voulait probablement montrer qu’il était un vrai homme.»

Malgré les horreurs, l’enfant reste optimiste. Rêvant de célébrer son anniversaire, il dessine une table de fête avec un gâteau et des invités. Mais aussi le bombardement de Marioupol par un avion, des armes, des morts et des immeubles en feu.

Coincés dans le sous-sol, les voisins survivants tentent de s’évader à trois reprises par les bus d’évacuation annoncés par les autorités ukrainiennes, mais sans succès. La famille de Yevhen Sosnovskyi finit par convaincre un ami de l’héberger à Tokmak, à l’ouest de Marioupol, avant de s’enfuir par le train vers Kiev, où elle se trouve actuellement.

Aucune information n’est plus parvenue au photographe quant au sort de la famille du jeune garçon.

Un article de Liudmyla Makei

■ A Odessa, l’opéra plus fort que les bombes

Se glisser derrière la scène de l’Opéra d’Odessa pour aller y voir comment les artistes mènent leur propre bataille contre l’occupant russe est une chance rare. Ces derniers jours, on y prépare une première mondiale entre deux alertes aux missiles: la représentation du poème Kateryna du père de la littérature ukrainienne Taras Shevchenko. L’histoire tragique d’une Ukrainienne qui tombe amoureuse d’un soldat russe au XIXe siècle.

«Ma ligne de front, c’est ici. L’environnement culturel est une force douce capable d’influencer les émotions et les pensées du public. Je sens que j’ai le devoir de contribuer à la victoire contre l’ennemi», affirme le directeur artistique Igor Anisenko.

Le destin des femmes

Les frappes russes sur la capitale maritime n’ont pas intimidé les employés de l’Opéra. Certains sont restés travailler dans le théâtre tandis que d’autres rejoignaient les forces armées ukrainiennes. Ceux qui œuvrent toujours dans le domaine de l’art travaillent comme bénévoles et organisent des concerts de charité à Odessa et à l’étranger.

«La plus belle chose qui ressort de cette guerre, c’est que nous nous retroussons tous les manches et travaillons comme un seul homme pour le bien de notre pays. Nous aidons quiconque en a besoin, là où nous sommes utiles, à travers notre art qui nous permet notamment de lever des fonds pour soutenir l’armée», explique Yulia Tereshchuk, l’une des chanteuses. Avec ses collègues, elle répète quotidiennement pour préparer la première tant attendue de «Kateryna». La soliste, qui joue un rôle crucial dans l’Opéra d’Odessa, relève que les répétitions ont ceci de particulièrement difficile qu’elles font ressortir les émotions expérimentées par l’héroïne du poème – une orpheline prise au piège du système féodal du XIXe siècle, abandonnée par le soldat russe dont elle est enceinte.

«Kateryna incarne, dans l’imaginaire collectif, le destin des femmes ukrainiennes. Shevchenko l’a portraitisée de manière très subtile en montrant toute la douleur et l’injustice de son sort. Jeune femme qui veut vivre pour son amour, elle est trahie par son amant moscovite, une issue qui n’est probablement pas surprenante dans le monde d’aujourd’hui – pourtant, c’est ce qui blesse le plus. L’image de Kateryna est si forte qu’elle ne laisse personne indifférent. Parfois nous, artistes, jouons les larmes aux yeux tant nous nous identifions à nos héros», affirme la soliste Yulia Tereshchuk.

Un article de Tetiana Bezhenar. Lire la version complète sur Geneva Solutions (en anglais)

■ Quand la guerre transforme les entreprises

Ivano-Frankivsk dans l’ouest de l’Ukraine est une région montagneuse souvent comparée aux Alpes suisses. Disposant d’un secteur hôtelier et touristique très développé, les Carpates ukrainiennes ont longtemps été un lieu de prédilection pour les touristes locaux et internationaux. C’est là que de nombreuses entreprises de petite et moyenne taille se sont réinstallées pour se préserver de la guerre.

Ihor Zenchenko dirige une entreprise de confection de Tchernihiv qui opère dans le marché ukrainien depuis plus de vingt ans et façonne des uniformes pour différents secteurs d’emploi. Après avoir affronté le casse-tête que représente la réinstallation de son entreprise à l’autre bout du pays, l’homme a réorienté sa production. «Nous répondons aux besoins de l’Etat en ce qui concerne les habits d’extérieur, les sacs de voyages, les housses pour gilets pare-balles ou les trousses d’aide d’urgence, explique-t-il. Nous disposons de 40 lieux de production en intérieur et allons agrandir au vu de la demande et avons acquis des machines capables de fixer des pièces spécifiques aux vêtements». Alors que son secteur d’activité est en pleine mue, Ihor Zenchenko cherche de nouveaux talents. «Un business, c’est avant tout une question de personnes: il faut anticiper l’engagement d’employés disposant de la formation ou de l’expérience nécessaires», affirme-t-il.

Un article de Mariana Tsymbaliuk

■ L’Ukraine au défi de la pénurie d’essence

Compte tenu du fait que l’Ukraine achetait plus de 50% de son essence à la Russie ou à la Biélorussie, importée à travers des ports ukrainiens de la Mer noire actuellement paralysés par les troupes russes, la crise de l’essence était attendue. Elle s’est cependant aggravée après la destruction du plus important site de production de la région, la raffinerie Kremenchouk, en avril de cette année. Depuis le début de la guerre, plus de 20 dépôts pétroliers ont été détruits par les missiles russes. L’essence est ainsi importée d’Europe. Il n’existait auparavant aucune infrastructure logistique pour ce faire et les camions pouvant s’en charger sont en nombre insuffisant, sans compter l’attente interminable aux frontières due au nombre d’Ukrainiens fuyant le pays en voiture.

L’enjeu autour de la pénurie est apparu il y a presque un mois. Parfois, les gens attendent en vain à une station-essence pendant plusieurs heures: la plupart ne vendent pas plus de 10 ou 20 litres par personne. Et de nombreux chômeurs s’en procurent dans le but d’en tirer une maigre subsistance en le revendant plus cher, sans compter tous ceux qui en font des réserves, selon Serhiy Kuyun, directeur du groupe de consulting A-95. Le 17 mai, le Cabinet des ministres a annoncé un accord avec les opérateurs du marché pour suspendre la régulation étatique des prix de l’essence afin de résoudre au plus vite le problème de la pénurie. Le gouvernement espère que la hausse des prix réduira l’attente aux stations-essence: seuls ceux qui en ont vraiment besoin en achèteront.

Avec la suspension des contrôles de qualité de l’essence depuis le mois de mars, les cas de fraude se multiplient dans les points d’approvisionnement. Un phénomène qui ira en s’aggravant au vu de l’absence actuelle des composants nécessaires à la production de pétrole de haute qualité, conclut l’expert Serhiy Kuyun.

Un article de Mariana Motrunych

■ Le blé et les briques de Lougansk détournés par les Russes

L’armée russe continue de perpétrer des atrocités dans la région de Lougansk. Voler des ordinateurs ou du matériel médical ne suffisait pas: la voici occupée à construire une voie ferrée reliant la Starobilsk Grain Elevator Enterprise à la soi-disant République populaire de Lougansk afin de s’approprier tout le blé produit par les Ukrainiens. Les Russes se dépêchent parce qu’ils comprennent qu’une contre-offensive ukrainienne est inévitable. Sur leur passage, ils s’emparent de tout ce qu’ils peuvent. Sur les sites russes, on lit que «des spécialistes de l’entreprise unitaire d’Etat Luhansk Railway construisent une ligne ferroviaire qui relie Starobilsky Elevator au réseau ferroviaire de la République après que les agriculteurs du nord de cette région aient entreposé des graines de blé, d’orge, de maïs et de tournesol dans le grenier de l’entreprise. Ces biens agricoles étaient auparavant déplacés par la route. L’essentiel des travaux permettant leur transit par voie ferrée devrait être achevé cette semaine».

Non seulement les Russes volent-ils du grain de Starobilsk, mais ils s’emparent aussi de matériaux de construction en démantelant les maisons du quartier Vatutina endommagées par les bombardements russes en février. L’armée prétend qu’il s’agit d’en reconstruire de nouvelles au même endroit; en réalité, les soldats envoient les briques, comme tout le reste, vers une destination inconnue.

Priver le gouvernement ukrainien de revenu fiscal est un des motifs de ces manœuvres russes. Le Kremlin force ainsi des entrepreneurs locaux à réenregistrer leur affaire dans la soi-disant République populaire de Lougansk pour qu’ils lui payent des impôts. De nombreuses personnes acceptent par crainte de représailles de représentants du «nouveau gouvernement», tout en soulignant qu’il ne s’agit que de «stabiliser les prix des biens et des services». Mais les prix resteront exorbitants tant que la ville n’est pas libérée.

Un article de Ksenia Novitska

■ Carnet d’évasion de Mykolaiv: un pare-brise en morceaux comme cadeau

Alors que je faisais la queue à une station essence en Ukraine, j’ai remarqué une voiture avec un pare-brise en morceaux. L’état du véhicule a provoqué un débat: était-ce un accident ou un «cadeau» des occupants? En réalité, le conducteur, Victor (un pseudo) avait réchappé à des bombardements intensifs en quittant la région de Mykolaiev avec ses proches. L’homme travaillait comme camionneur lorsque le 24 février 2022 à 4h du matin, une roquette tombée sur Kulbakino (l’aéroport local, première cible de l’armée russe dans la région de Mykolaiv, ndlr) lui a fait comprendre qu’une guerre à large échelle avait commencé. Rentré dare-dare à la maison, le voici, lui et sa famille, pris au piège pendant deux semaines de tirs russes dans son village. Victor assiste à la mort d’un voisin. «Je me suis jeté au sol en voyant quelque chose voler au-dessus de ma tête et une bombe est tombée à dix mètres de moi, aux pieds d’un homme qui venait de quitter sa maison, le tuant ainsi que son cheval et ses poules». Victor aide à partir de nombreux agriculteurs qui craignent de s’en aller, en amenant leurs animaux vers des villes et districts plus sûrs.

Dans sa localité d’origine, dit Victor, il n’y a pas d’électricité pour le troisième mois consécutif, ni de gaz pendant les trente jours qui ont précédé la reconquête par les Ukrainiens. Dans quelques jours, son village installera un générateur d’électricité permettant de pomper l’eau du puits afin que le village bénéficie à nouveau de l’eau courante. Quelque 1500 personnes vivaient là avant la guerre. Aujourd’hui conclut Victor avec tristesse, seules 200 civils y résident encore.

Un article de Svitlana Vovk

■ Une Ukrainienne sauve plus de 300 enfants

Ksenia Brodovska est enseignante et propriétaire d’un hôtel dans les Carpates à l’ouest de l’Ukraine. Elle y a logé plus de 300 enfants ukrainiens, dont elle s’occupe avec d’autres femmes. La journaliste Mariana Tsymbalyuk l’a rencontrée.

GS News: Comment vos opérations de sauvetage ont-elles commencé?

Ksenia Brodovska: Je savais que la Russie pouvait déclencher une guerre contre l’Ukraine, donc j’étais préparée. Avant le début de la guerre, j’ai préparé mon hôtel pour des potentiels réfugiés. Certains parents ukrainiens qui travaillaient à l’étranger m’ont appelée pour que j’aide leurs enfants à s’échapper, puis ils les ont retrouvés à l’hôtel. De fil en aiguille, de plus en plus de mamans en Ukraine m’ont écrit pour me demander de mettre leurs enfants en sécurité.

Vous avez évacué des femmes et des enfants dès les premiers jours de la guerre. Qui sont-ils?

Nous avons réussi à évacuer environ 300 enfants de Boutcha, Irpin, et des alentours de Kiev. Ils ont entre trois mois et 14 ans. Ils m’envoyaient des messages tous les matins qui disaient «bonjour, nous sommes toujours en vie!», ou «nous avons été bombardés aujourd’hui» et «nous n’avons pas eu de nourriture hier et aujourd’hui.»

Ces personnes ont vécu des choses horribles. Une femme de 24 ans que nous avons évacuée, par exemple, était cachée dans une cave avec son fils de trois ans quand trois soldats ont exigé des faveurs sexuelles. Lorsqu’elle a refusé, ils ont pris l’enfant et ont menacé de le tuer. Ils ont fini par la violer toute la nuit. Le matin, la femme a pris son fils et s’est enfuie pour éviter d’être abattue. Quand nous l’avons retrouvée, elle souffrait encore de très graves séquelles dues à ces violences.

Comment menez-vous vos opérations de sauvetage?

Mon père est militaire et m’a souvent donné des livres sur la survie en temps de guerre. En plus, je connais très bien les régions dans lesquelles j’opère car j’y ai passé mon enfance. Au début, je coordonnais les efforts d’évacuation avec les mamans qui me contactaient et les services spéciaux qui me conseillaient des itinéraires sûrs. Ensuite, j’ai réuni une équipe de femmes avec qui j’ai continué ces missions. Leurs amis ont également commencé à les contacter pour des missions et nous en avons fait de plus en plus.

Quels problèmes avez-vous rencontrés?

Le plus difficile, dans les premières semaines, c’était de trouver de la nourriture. Des bénévoles nous ont donné des produits secs pour les enfants. Si les soldats russes parvenaient à traverser le pays jusqu’à Ivano-Frankivsk où nous étions, mon plan était de fuir avec tout le monde vers les maisons des bergers situées dans les montagnes.

Certains enfants étaient incapables de manger, de boire, de dormir ou d’aller aux toilettes après le traumatisme qu’ils ont vécu. Mon objectif est de faire en sorte qu’ils retrouvent une vie normale le plus rapidement possible. Un psychologue travaille avec eux et je veille à ce qu’ils dessinent. Au début, les enfants représentaient le diable, un ciel noir, des choses sombres, puis ils ont commencé à utiliser des couleurs, du jaune et du bleu, et à écrire «l’Ukraine est la meilleure!», «j’aime mon pays!» et «je suis contre la guerre!»

Mariana Tsymbalyuk est journaliste indépendante à Ivano-Frankivsk.

Lire l’article en entier sur Geneva Solutions (en anglais)

■ Les fermiers aux champs de bataille pour éviter la famine

Aujourd’hui, dans la région de Zhytomyr, les hommes se battent sur deux fronts: militaire et agricole. Cette région est limitrophe de la Biélorussie, qui est alliée à la Russie. Heureusement, la zone dans laquelle je suis n’a pas été trop endommagée et les agriculteurs se remettent déjà à travailler. Ils accourent même, car c’est leur dernière chance de sauver la récolte et d’éviter une famine en Ukraine.

En général, des engrais sont versés sur plus de deux mille hectares de champs de blé à la mi-avril. Cette année, c’était tout simplement impossible. Si l’engrais n’est pas appliqué au plus tard le 20 mai, les pousses ne prendront pas. En ce moment, tout le monde est pressé et travaille sans relâche.

Lire aussi: Course contre la montre pour vider les silos ukrainiens

Bien qu’il y ait encore un couvre-feu, les agriculteurs ont des laissez-passer spéciaux. Ils ont préparé leurs semailles soigneusement et disposent d’un produit qui se fait rare ces jours-ci, du carburant. Dans les stations-service, certains stocks d’essence sont réservés pour les ambulances, le matériel militaire et les machines agricoles.

Mais le plus important est la force et l’envie que les gens ont encore en eux. Malgré le fait qu’à certains endroits, les bombes russes tombent encore, les hommes n’ont pas peur. D’une voix ils se disputent au sujet de la Russie et maudissent Poutine, mais ils n’ont pas le temps de parler de politique car après avoir fumé une cigarette, ils se dépêchent de se remettre au travail.

Alla Pavliuchenko est une journaliste ukrainienne.

Wikipédia amendé par la Russie

Roskomnadzor, l’organisme russe de surveillance des communications et de l’information, a exigé le retrait de deux articles Wikipédia sur la guerre en Ukraine. D’après l’agence, «l’invasion russe de l’Ukraine en 2022» et «Rashism», sur le fascisme russe, sont inexactes sur les pertes, les attaques contre les civils, les objectifs et la nature de l'«opération spéciale».

Fin avril déjà, un tribunal de Moscou a amendé la Wikimedia Foundation, qui gère Wikipédia, à hauteur de trois millions de roubles (44 250 euros) pour avoir omis de retirer cinq articles sur la guerre en Ukraine, y compris sur Marioupol, Boutcha et Kiev. Le bureau du procureur général avait exigé que la fondation restreigne l’accès à ces pages.

Un ambulancier dénonce un Moscovite ukrainien

Un habitant de Moscou a détenu par la police après avoir été dénoncé comme «un gros dur venu d’Ukraine» par un ambulancier qui lui est venu en aide, d’après le projet indépendant russe de défense des droits de l’homme OVD-Info.

Les policiers se sont rendus chez l’homme et ont dit vouloir vérifier sa situation légale. Il a été fouillé, plaqué au sol, puis emmené au poste dans la soirée du 17 mai.

«Un agent m’a retenu pendant plusieurs heures. Il m’a traité de crétin et a refusé toutes mes demandes d’avocat ou de verre d’eau, explique l’homme. Il m’a aussi demandé mon avis sur l’opération spéciale et a ajouté ‘tu es d’Odessa, c’est ça? Tu sais comment on a niqué les tiens là-bas, tu veux rentrer chez toi et rejoindre l’armée?’.»

Le détenu a refusé de faire des aveux, citant l’article 51 de la Constitution de la Fédération de Russie, qui stipule que «personne n’est obligé de témoigner contre lui-même, son conjoint ou ses proches parents». Il a été libéré dans la soirée du 18 mai après avoir été photographié et forcé de donner ses empreintes digitales.

La Fédération internationale de basket-ball suspend la Russie et le Biélorussie des championnats du monde

La Fédération internationale de basket-ball (FIBA) a annoncé la suspension des équipes nationales de Russie et de Biélorussie des championnats du monde.

L’équipe masculine a été suspendue du tour de qualification pour la Coupe du monde 2023 dans laquelle elle occupait la première place du groupe H face à l’Italie, l’Islande et aux Pays-Bas. L’équipe féminine a également été éliminée de la compétition qui se tiendra en Australie du 22 septembre au 1er octobre.

■ L’Ukraine sur la Croisette

Le thème de la guerre était au centre des films ukrainiens projetés au Festival de Cannes, qui a débuté le 17 mai. Lors de son discours de cette 75e édition du festival, le président Volodymyr Zelensky a cité Charlie Chaplin dans Le Dictateur: «[…] La haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris au peuple retournera au peuple.»

Le 19 mai, le film Butterfly Vision du réalisateur ukrainien Maksym Nakonechnyi sera projeté dans la catégorie Un Certain Regard. Le film est basé sur l’histoire vraie de l’experte en reconnaissance aérienne Lilia. Alors qu’elle est de retour à la maison à la suite d’une captivité de plusieurs mois dans la région séparatiste pro-russe du Donbass, l’ancienne prisonnière de guerre se bat contre des traumas psychologiques et découvre qu’elle est enceinte d’un garde qui l’a violée. Le film réunit la scénariste Natalia Vorozhbyt et des acteurs non professionnels tels que des médecins, des soldats et des anciens prisonniers.

Mariupolis 2, le dernier film du Lituanien Mantas Kvedaravicius sera quant à lui projeté hors compétition. Le réalisateur travaillait à la suite de son documentaire acclamé sur la guerre du Donbass lorsqu’il a été capturé et tué le 2 avril par les troupes russes en Ukraine. Le film a été monté par son éditrice Dounia Sichov, grâce à Hanna Bilobrova, la fiancée de Mantas Kvedaravicius qui a réussi à transférer ses enregistrements hors du pays alors qu’elle vivait également sous l’occupation à Marioupol.

■ «Je dois planter des pommes de terre pour la première fois de ma vie»

Oksana Devadze se réveille tous les jours à 4h du matin, heure à laquelle la guerre a débuté à Kharkiv. Après avoir subi des bombardements en continu, cette femme s’est réfugiée avec sa famille à la campagne, il y a un mois. «Ici je me suis calmée, c’est paisible et tranquille, dit-elle, mais cette peur ne passera probablement jamais.»

Oksana a vécu les cinquante premiers jours de la guerre à Kharkiv, jusqu’à ce que son quartier soit attaqué. «Les bombardements étaient terribles, il y avait beaucoup de mines, de missiles et d’avions, raconte-t-elle. Notre maison a été pilonnée le 12 avril. Nos fenêtres ont volé en éclats, et nous nous sommes échappés la nuit pour venir ici.»

Oksana, son mari et son frère ont déménagé dans le village d’Oboznivka, près de la ville de Kropyvnytsky, à 400 km au sud-ouest de Kharkiv. Ils essaient maintenant de s’habituer à leur nouveau rythme de vie. Sur un terrain proche de leur maison, Oksana plante des pommes de terre avec Gia, la cousine de son mari. «C’est la première fois de ma vie que je dois planter des pommes de terre», dit-elle, elle qui avait l’habitude de les acheter au supermarché. Son mari Mamuka, est chargé d’aller chercher de l’eau dans un puits non loin. Lui et son frère, se sont inscrits au bureau de recrutement militaire et disent être prêts à défendre l’Ukraine contre l’armée russe.

«Nous allions acheter une maison à Kharkiv avec ma femme mais la guerre a éclaté. Aujourd’hui, les Ukrainiens se battent et nous aident en même temps. Ce sont des gens forts, explique-t-il. Je suis Géorgien et je pensais que nous étions hospitaliers, mais les Ukrainiens le sont plus que nous. Grâce à eux, nous vivons avec dignité.»

Anna Dnistrovska, est une journaliste ukrainienne.

■ A Mikolaïv, un zoo aux premières loges de la guerre

«Les animaux vivent de la même manière que les humains. Nous sommes une seule famille ici et nous avons donc les mêmes problèmes», m’explique Volodymyr Topchy, le directeur du zoo de Mikolaïv, l’un des plus anciens du pays.

Sept missiles ont touché le zoo mais personne, ni les animaux, ni les humains, n’a été blessé. Bien que plusieurs employés aient déjà été évacués, ce n’est pas encore le cas pour les animaux. La pénurie d’eau causée par une attaque russe dans la région voisine de Kherson, rend la situation d’autant plus difficile.

Bien que le zoo soit fermé, des billets virtuels peuvent encore être achetés en ligne par les personnes qui souhaitent faire un don. «Cette action a été très soutenue et nous avons ainsi pu rembourser des factures et des salaires impayés, explique le directeur. Mais nous avons toujours besoin d’argent et si les personnes veulent nous aider, je les invite à acheter un billet sur notre site web pour nous soutenir dans cette période difficile.»

Auparavant, le zoo de Mikolaïv était en bons termes avec ceux de Russie, même lors de la guerre en 2014. «Nous avions de bonnes relations avec Moscou, Novossibirsk, Kaliningrad, explique Volodymyr. Avec le début de la guerre, notre zoo s’est retiré de l’Association eurasienne des zoos, car aucun collègue russe n’a appelé ou demandé ce qui se passait ici. Leur position est claire pour nous, ils soutiennent leur armée et leur gouvernement, et donc le 28 février, nous avons cessé toute relation avec eux.».Entre-temps, l’Association européenne des zoos et aquariums a ouvert un compte d’aide de plus d’un million d’euros.

Puis, Volodymyr prend un air sombre: «Les noms des employés qui sont morts à cause de l’invasion russe seront à jamais inscrits dans l’histoire des zoos en Ukraine. Ils ont donné leur vie pour sauver des animaux, comme dans le Zoo Feldman à Kharkiv, qui a été rasé. Les Russes sont à 30 km et nous pourrions aussi être amenés à évacuer les animaux, même si cela serait incroyablement difficile.»

Оleksii Platonov est un journaliste ukrainien.

Lire l’article en entier sur Geneva Solutions (en anglais).

■ En Ukraine, l’art naïf au secours de la guerre

Chaque Ukrainien connaît les œuvres de leur compatriote Kasimir Malevitch. Mais il divise l’opinion publique et on est loin des peintures de Maria Primatchenko (1908-1997), que tous les Ukrainiens aiment inconditionnellement. L’Unesco lui a même consacré l’année 2009.

Le 5 mai, une de ses peintures a été vendue pour un montant record de 500 000 dollars pour soutenir les forces armées ukrainiennes. Les gens seront peut-être surpris d’apprendre qu’habituellement, les œuvres de Primatchenko dépassent à peine quelques milliers de francs aux ventes aux enchères. Cela a radicalement changé en un jour, en une heure même, lors de la dernière des enchères organisées par la maison de vente ukrainienne Dukat.

La peinture Les fleurs ont poussé près du quatrième bloc a été sélectionnée pour son caractère poignant, le bloc en question se trouvant dans la centrale nucléaire de Tchernobyl. La maison de Primatchenko se trouvait à quelques dizaines de kilomètres et il s’agit de l’une de ses quatre œuvres autour de cette célèbre tragédie.

En février, les occupants russes se sont emparés de la centrale, ont vandalisé les laboratoires, volé des échantillons radioactifs et ont décidé de creuser des tranchées qui ont soulevé des nuages de poussière radioactive. Les forces russes ont également détruit le musée de Primatchenko dans son village natal, ses peintures n’ayant été sauvées que grâce à l’héroïsme d’une famille locale.

Aujourd’hui, le produit de la vente du tableau de Primatchenko a été versé à la fondation caritative du présentateur de télévision Serhiy Prytula pour acheter des véhicules pour l’armée ukrainienne. L’objectif caritatif n’a pas été le seul à être atteint. Alors que les acheteurs désertent les vendeurs russes et leur art dans les salles de vente internationales, un remplaçant est peut-être déjà prévu.

■ En Russie, c’est «la personne la moins informée qui a déclaré la guerre»

«Aussi ridicule que cela puisse paraître, la décision de faire la guerre a été prise par la personne la moins bien informée, le président», a raconté un officier des forces spéciales russes au média d’investigation Vazhniye Historia (Histoires importantes).

Le président Poutine aurait basé sa décision d’envahir l’Ukraine sur des informations fournies par des membres incompétents du FSB (ex-KGB) qui se trouvaient sous la direction du général Sergueï Beseda, en charge de la collecte d’information en Russie et dans les anciens pays de l’Union soviétique.

«Le FSB a mal interprété, et parfois fantasmé la situation, et la direction y a cru volontiers, explique l’officier. Par exemple, un agent a écrit dans un de ses rapports que les régions d’Ukraine vivaient en marge de l’autorité de Kiev, et que dès que l’armée envahiraient ces régions, les habitants se précipiteraient en Russie.»

D’après l’officier, le FSB n’a jamais été en mesure de comprendre ce qui se passait réellement en Ukraine dans les huit dernières années. Pourquoi? «Les principaux informateurs du FSB sur la situation à l’intérieur de l’Ukraine étaient des fonctionnaires en fuite, des responsables de la sécurité et des hommes d’affaires proches de Viktor Ianoukovitch [le président ukrainien pro-russe déchu en 2014]», raconte l’officier.

■ Plusieurs centaines de wagons réfrigérés à Kiev pour entreposer les corps des soldats russes

«L’Ukraine gardera les corps des soldats russes dans ces trains aussi longtemps qu’il le faudra, dit le colonel ukrainien Vladimir Lyamzin. Pour l’instant, la Russie ne veut pas les reprendre». L’existence des wagons réfrigérés a été révélée pour la première fois dans un reportage d’Al Jazeera le 9 mai. D’après le colonel, la plupart des corps proviennent de la région de Kiev et de Tchernihiv.

Des personnes en combinaison blanche chargent dans les wagons des sacs blancs qui contiennent supposément des corps de soldats russes. La vidéo datée du 13 mai a été partagée par le canal Telegram de la télévision Temps Actuel, soutenue par Radio Free Europe/Radio Liberty et Voice of America. Un article de Reuters confirme les images et précise que les corps des soldats russes ont été collectés après les combats.

Combien de morts russes dans cette guerre? Le Kremlin n’a plus communiqué sur le sujet depuis le 25 mars et avait alors admis 1351 soldats tombés au combat. Mi-mai, Kiev estime le nombre à 27 000 Russes tués. Un chiffre jugé exagéré par les analystes occidentaux, qui estiment les pertes russes à 12 500 morts en moins de trois mois.

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■ 500 000 tonnes de céréales ukrainiennes volées

«Les occupants pillent en masse des céréales dans les territoires sous leur contrôle, a déclaré Mykola Solskyi, ministre ukrainien de l’Agriculture au média indépendant Novaïa Gazeta Europe. Nous recevons cette information de plusieurs sources et il s’agit d’un gros business. Ce ne sont pas les mêmes qui volent des téléviseurs, mais des personnes de haut rang dans l’armée. Tous les navires qui arrivent à Sébastopol en Crimée sont chargés de céréales ukrainiennes volées.»

Fin avril déjà, un groupe d’agriculteurs avait signalé que les occupants russes s’appropriaient les fermes, enlevaient les produits des entrepôts et forçaient les employés à travailler. Ceux qui refusaient étaient menacés de violences physiques.

■ Une amende de 200 000 francs pour «informations mensongères» sur l’armée russe

Le gouvernement a infligé une amende de 12,8 millions de roubles (199 000 francs suisses) à Radio Svoboda (Radio Free Europe/Radio Liberty) pour son refus de retirer des «informations mensongères» de son site internet à propos de l’armée russe, rapporte l’agence de presse Ria Novosti. Le média financé par le Congrès des Etats-Unis, a été jugé coupable de 16 chefs d’accusation et accusé d’être un agent de l’étranger.

Depuis mars, suite à la modification du Code pénal par le président Vladimir Poutine, il est désormais prévu des peines passables de prison pour les personnes qui diffusent des «informations mensongères».

■ Les soins manquent pour les patients atteints du VIH en Russie

«Il est de plus en plus difficile pour les personnes vivant avec le VIH d’obtenir un traitement en raison de problèmes du transport aérien et des déplacements généraux entre la Russie et d’autres pays, et parce qu’elles craignent de retourner dans des lieux d’hostilités potentielles», selon les données indépendantes russes de Pour être précis. D’après le Service fédéral de surveillance de la protection des droits des consommateurs russe, 1,1 million de Russes vivent avec le VIH et 60 à 70 000 nouveaux cas sont enregistrés chaque année, soit plus de la moitié des cas de VIH européens. Le ministère de la Santé, lui, utilise des chiffres plus bas.

■ De nouveaux passeports dans la région de Lougansk

«Chaque jour passé dans la «nouvelle République» continue de me fasciner. Alors que les cadavres des soldats et civils ukrainiens n’ont pas encore refroidi, les occupants de Starobelsk ont fêté la «victoire» du 9 mai. Puis ils sont allés plus loin: le 12 mai, ils ont inventé un nouveau jour férié – le Jour de la République –, et invité leurs dirigeants et les fans du monde russe. Lorsque j’ai vu des photos des festivités, mon monde s’est écroulé. J’ai reconnu sur les images du «Jour de la République», deux jeunes femmes avec qui j’ai travaillé pendant cinq ans, tout sourire, joliment vêtues pour l’occasion. Comment cela est-il possible? Une semaine plus tard, l’une d’elles m’a écrit pour me dire qu’elle ne supportait pas l’occupation et voir les drapeaux des envahisseurs.

A Svatovo, un village à 50 km de Starobelsk, des passeports de la République populaire de Lougansk ont même été distribués aux dirigeants fraîchement nommés, qui les ont reçus avec un sourire béat. Tout cela se passe alors que les occupants confisquent les ordinateurs dans les écoles et saisissent le matériel médical dans les hôpitaux. Les enfants n’ont plus accès à une éducation normale et les retraités attendent tous les jours leur pension russe. Pour deux mois, un montant de 15 700 roubles (245 francs suisses) est distribué. Je suis fière de connaître plusieurs retraités qui crachent sur cette mascarade et ne prennent pas cet argent maudit.»

Ksenia Novitska est journaliste à Starobelsk, dans la région de Lougansk.

■ En Russie, collecte de slips pour les soldats

«La direction de l’école a envoyé aux parents une longue liste de produits alimentaires, de vêtements, de produits d’hygiène et de médicaments», rapporte le canal Telegram 7x7 Horizontal Russia. D’après un abonné du média indépendant, une collecte pour les «défenseurs» du pays est organisée cette semaine dans une école à Belgorod, à la frontière russe avec l’Ukraine. Dans la liste, on trouve des graines de tournesol «pour rester éveillé» et des nouilles instantanées, mais également des sous-vêtements et des feutres noirs.

«A en juger par les messages dans les conversations entre bénévoles, soit le Ministère de la défense n’envoie pas de médicaments du tout, soit le nombre de blessés dépasse toutes les attentes du département», écrivait en avril le média indépendant russe The Insider.

D’après le média, les soldats russes manquent cruellement d’équipement radio et de lampes frontales ainsi que de vêtements adaptés contre les tiques, dont la morsure peut engendrer la maladie de Lyme.

Fin avril, Lioudmila Denisova, chargée des droits humains au parlement ukrainien dénonçait une violation des droits de l’homme envers les universitaires des régions occupées de Lougansk et de Donetsk obligés de donner du sang en masse pour les soldats blessés.

■ Les rues rebaptisées des noms des martyrs de Donetsk et Lougansk

Les noms des soldats des républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk morts au combat vont être donnés à des rues de villes russes, d’après le média indépendant Meduza. Grozny en Tchétchénie, Yakustsk à 8200 km à l’est de Moscou, et Omsk, en Sibérie, auront ainsi leur rue Alexander Zakharchenko, dirigeant de la République de Donetsk tué en 2018. Le commandant «Sparta» Vladimir Zhoga, dont Poutine a rencontré le père après sa mort le 5 mars 2022, aura également ses propres rues.

D’après Meduza, il s’agit de la stratégie du Kremlin pour «préparer l’opinion publique» en vue du rattachement de ces deux républiques à la Russie.

■ 5 millions d’emplois perdus en Ukraine, des répercussions dans toute la région

D’après un nouveau rapport de l’Organisation internationale du travail à Genève, l’invasion russe en Ukraine a forcé des entreprises à mettre la clé sous la porte et a engendré la perte de plus de 4.8 millions d’emplois. Si la guerre continue, ce chiffre pourrait dépasser les 7 millions.

La guerre impacte également le marché du travail des pays voisins, qui accueillent des millions de réfugiés. «Si les hostilités se poursuivent, les réfugiés ukrainiens seraient contraints de rester en exil plus longtemps, ce qui exercerait une pression supplémentaire sur les États voisins et augmenterait le chômage dans nombre d’entre eux», écrit le rapport.

De plus, les sanctions contre la Russie pourraient également engendrer des pertes pour les travailleurs migrants en Russie, issus de l’ex URSS tel que le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan.

■ Des puces électroniques de machine à laver dans les chars russes

«Les soldats ukrainiens nous disent qu’ils trouvent des équipements militaires russes avec des semi-conducteurs de lave-vaisselle et de réfrigérateurs», a déclaré la secrétaire au commerce des Etats-Unis, Gina Raimondo.

Les Etats-Unis ont décrété un embargo sur l’exportation de produits technologique en Russie à la fin février. Gina Raimondo estime que ces bricolages sont une manière de compenser la pénurie de composants électroniques qui ne sont plus disponibles dû à ses sanctions.

■ En Sibérie, une tache de peinture bleue et jaune punie d’une amende de 1400 francs

Un tribunal a amendé à deux reprises Stanislav Karzanov de Novosibirsk, en Sibérie, pour avoir renversé de la peinture jaune et bleue à l’entrée de l’hôtel de ville le 9 avril, a rapporté le quotidien russe Kommersant. D’après le maire, il avait auparavant peint une rampe à l’extérieur du bâtiment.

■ Des camps de «filtration» en Russie pour les réfugiés Ukrainiens

Depuis le début de la guerre, près de 900’000 Ukrainiens se seraient réfugiés en Russie d’après le Ministère russe des affaires étrangères. Les habitants des régions bombardées par l’armée russe qui n’arrivaient pas à retourner en territoire sous contrôle ukrainien sont évacués par la Crimée ou la République populaire de Donetsk. Ils sont alors sujets à un long processus de «filtration», a rapporté le média indépendant russe Meduza.

Maxim [prénom d’emprunt d’un des interlocuteurs de l’enquête] est passé par là. Il explique qu’il a dû attendre son tour pendant plus de neuf heures dans un «enclos» et que le contenu de son téléphone a été scruté. Puis, un des soldats lui a dit «dénonce toutes les personnes que tu connais dans les forces armées ukrainiennes, ou tu seras battu sous notre drapeau.»

«Je lui ai dit que si j’avais de telles informations, je les lui dirais, rien que pour revoir ma femme et mon fils. Alors il m’a rendu mon téléphone et le passeport, et a dit qu’il ne me laissait partir seulement à cause de mon fils», raconte Maxim.

■ A Mikolaïv, un demi-million d’habitants sans eau

Le 6 mars 2022, Mikolaïv a été nommée «ville héros d’Ukraine» pour avoir résisté à un premier assaut de l’armée russe. Quelques semaines plus tard, leur bravoure a été remise à l’épreuve. Le 12 avril, les forces russes ont coupé le système d’approvisionnement en eau, laissant 500’000 habitants sans eau courante. Malgré des bombardements constants, les habitants se sont organisés pour distribuer les ressources disponibles. Odessa, à 130 km à l’ouest, a prêté main-forte en envoyant des convois ferroviaires de wagons-citernes, pendant que les habitants se sont mis à récupérer l’eau de pluie. La ville, pourtant russophone, est un bastion ukrainien derrière la ligne de front, à 90 kilomètres de Kherson occupée par l’armée russe.

■ A Saint-Pétersbourg, elle pensait que c’était un voisin ivre, pas la police

Un policier russe a escaladé la façade d’un immeuble pour arrêter une habitante de Saint-Pétersbourg qui diffusait par haut-parleur à sa fenêtre des chants anti-guerre et des informations sur l'«opération spéciale» de la Russie en Ukraine.

Se définissant comme opposé à la guerre, le canal Telegram russe Perm 36.6 a publié une vidéo de la scène où l’on voit le policier se hisser le 9 mai sur le balcon d’Irina Kustova et tente de forcer la porte. «Vous faites quoi, ouvrez, ouvrez j’ai dit», crie-il. Après avoir écopé d’une amende de 50’000 roubles [766 francs suisses], la femme a expliqué ne pas avoir ouvert car elle pensait qu’il s’agissait d’un voisin ivre.

■ A Marioupol, 32’000 roubles pour ramasser des cadavres

«Si vous êtes à la recherche d’un emploi, cette publication est pour vous. Les possibilités d’emploi comprennent le soutien à l’information, l’amélioration de la ville, l’enlèvement des débris et la collecte des cadavres. Les salaires vont de 10’000 à 32’000 roubles [155 à 490 francs suisses]», a publié le canal Telegram Nouveau Marioupol, apparemment géré par des séparatistes pro-russes de la république autoproclamée de Donetsk. Des habitants de la ville ont confirmé que ces tracts ont bien été distribués dans les rues. La monnaie officiellement en cours à Marioupol est le hryvnia ukrainien, que les occupants tentent de remplacer par des roubles russes.

Ce nouveau canal Telegram dit vouloir publier les informations les plus pertinentes et impartiales sur une ville «au passé héroïque, au présent mouvementé et à l’avenir magnifique». «Nous invitons à coopérer ceux qui écrivent des textes fascinants, prennent des photos passionnantes et des vidéos dynamiques [de la ville]», précise Nouveau Marioupol.

■ L’Ukraine soutenue par le Kosovo qu’elle n’a pas reconnu

«Nous réalisons à quel point l’unité est importante, car l’Ukraine se bat aujourd’hui pour le monde entier», a déclaré Glauk Konjufca, président de l’assemblée du Kosovo, lors de la journée de l’Europe à Pristina, le lundi 9 mai.

Le gouvernement a lancé un programme grâce auquel 20 professionnels des médias ukrainiens pourront s’installer dans le pays. Lyudmila Makei est la première journaliste à en bénéficier. Elle est arrivée à Pristina le 17 avril.

Comme l’Ukraine, le Kosovo veut intégrer l’Union européenne et attend une décision sur sa demande d’adhésion. Mais un conflit juridique persiste entre les deux pays: l’Ukraine n’a toujours pas reconnu l’Etat du Kosovo, déclaré en février 2006.

■ Mort de Leonid Kravtchouk, premier président de l’Ukraine indépendante

«Leonid Kravtchouk connaissait le prix de la liberté. Et, du fond de son cœur, il voulait que l’Ukraine soit en paix. Je suis sûr que nous y parviendrons. Nous obtiendrons notre victoire et la paix», a dit mardi 10 mai le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Premier président de l’Ukraine indépendante entre le 5 décembre 1991 et le 19 juillet 1994, Leonid Kravtchouk est mort à 89 ans de cause naturelle. Alors que certaines personnes estiment qu’il avait facilité la dissolution de l’URSS, d’autres l’accusent d’avoir affaibli la défense du pays en renonçant trop facilement à l’arsenal nucléaire ukrainien en signant les mémorandums de Budapest.

En juillet 2020, Volodymyr Zelensky l’avait nommé à la tête de la délégation ukrainienne au Trilateral Contact Group on Ukraine, formé pour encourager le dialogue diplomatique sur la guerre du Donbass.

■ Les Russes perdent confiance en la télévision au profit de Telegram

«Alors que le 17 mars, 33% des répondants considéraient la télévision comme la source d’information en laquelle ils avaient le plus confiance, le 27 avril, seul 23% des répondants le pensaient encore», explique le rapport du groupe publicitaire GroupM publié dans le quotidien russe Kommersant. La part des personnes qui font davantage confiance à la messagerie sécurisée Telegram, elle, est passée de 19% à 23%.

Plus de 1700 personnes de 18 à 60 ans dans des villes de plus de 100’000 habitants ont participé à l’enquête.

■ De l’humour dans les abris antiatomiques

La culture ukrainienne, habituellement douce et romantique, s’est portée à la défense du pays dès les premiers jours de la guerre.

Ainsi, la phrase «navire de guerre russe, va te faire foutre» [la réponse des soldats ukrainiens au bateau Moskva le premier jour de la guerre] est devenue le slogan phare de la société ukrainienne. Elle a immédiatement été imprimée sur des panneaux, des t-shirts et même sur des timbres officiels qui, suite au naufrage du Moskva le 14 avril sont devenus des reliques de guerre.

Au début du conflit, les théâtres, les cinémas et les salles de concert ont été fermés. Un mois plus tard, de nouveaux spectacles sur le thème de la guerre y ont vu le jour. Une exposition sur les combats a été inaugurée au Musée national de l’Ukraine durant la seconde guerre mondiale à Kiev, tandis que des artistes ukrainiens ont exposé leurs œuvres à l’étranger.

Bien que l’humour et la guerre semblent incompatibles, on assiste en ce moment à une renaissance du stand-up ukrainien. Les gens veulent rire dans les moments difficiles et des spectacles ont même été joués dans des abris antiatomiques.

A l’étranger, le groupe de rock légendaire Pink Floyd a repris une chanson de l’Ukrainien Andriyy Khlynyuk (qui est désormais mobilisé sur le front) et le chanteur pop Ed Sheeran a enregistré une version «anti-guerre» de son tube 2Step avec le chanteur Taras Topola (également sous les drapeaux).

Avant la guerre, de nombreux enregistrement de disques et tournages de films étrangers avaient lieu en Ukraine, réputée pour sa nature, sa bureaucratie minimale et sa main-d’œuvre bon marché. Mais les Ukrainiens restaient en coulisses ou n’étaient que des figurants. Désormais, l’Ukraine et les Ukrainiens sont en vogue, au premier plan.

Andrii Ianytsky est un journaliste, et auteur ukrainien, originaire de Crimée. Il vit entre Kiev et Lviv. Il écrit pour des publications telles que LB. ua, NV et VoxUkraine.

■ Rien n’arrête les politiciens ukrainiens corrompus, pas même la guerre

Le matin du 4 mai, les ouvriers de la voirie de Kharkiv démantelaient les voies du tram de la rue Vesnina, qui relie la ville au quartier résidentiel de Slativka.

Depuis plus d’un an, la communauté urbaine de Kharkiv se bat pour préserver cette ligne de tram, menacée par la construction d’une nouvelle voie pour les voitures. Le sujet est devenu si critique qu’il était un des enjeux des élections municipales d’octobre dernier. A court d’arguments, la ville a dû discrètement annuler son appel d’offres pour la route.

Mais la guerre vole à son secours. «Kharkiv n’a plus de trams, car les dépôts ont été détruits, a déclaré Yuriy Sydorenko, porte-parole de la mairie. La route de Vesnina est planifiée depuis longtemps et la guerre ne devrait pas nous empêcher d’améliorer l’infrastructure de notre ville.»

Pour Kostiantyn Dvornichenko, conducteur de trolleybus, cette décision n’a pas de sens. «Pourquoi les wagons n’ont pas été transférés dans d’autres dépôts avant les bombardements? Pourquoi a-t-il fallu attendre que le dépôt soit complètement détruit? Les pays européens ont promis de nous aider à tout repayer, sans même que nous leur demandions quoi que ce soit. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a plus de trams à Kharkiv.»

D’autres soupçonnent une affaire de corruption de la part des entreprioses chargées de la construction de la route. Beaucoup espéraient que la guerre mettre un terme à ce genre de comportement, mais ce n’est visiblement pas le cas et cela pourrait décourager certains de retourner chez eux.

Stanislav Kibalnyk est un journaliste ukrainien basé à Kharkiv.

■ En Russie, des anti-guerre sont envoyés en hôpital psychiatrique

Elle avait organisé une performance anti-guerre devant le théâtre Bolchoï à Moscou le 5 mai. La jeune femme a été arrêtée le lendemain devant son domicile et envoyée de force dans un hôpital psychiatrique, selon le projet anti-corruption russe Scanner. Son avocat n’a pas été autorisé à la voir.

Ce n’est pas la première fois que les autorités internent des manifestants. En mars, une femme a été envoyée de force dans un hôpital psychiatrique après avoir dansé et chanté des chansons folkloriques ukrainiennes à Kaliningrad, dans l’exclave russe sur la mer Baltique.

■ Les employés du métro de Moscou, potentiels soldats en Ukraine?

«Lors d’une réunion au dépôt du métro, il a été demandé sans ambiguité, à tous les hommes, de passer un examen médical en vue d’un éventuel déploiement en Ukraine», a expliqué une femme au média indépendant Verstka. Elle a requis l’anonymat et s’inquiétait pour son mari, employé du métro.

Selon des militants des droits humains, cela pourrait indiquer un début de mobilisation «cachée». «Une mobilisation sans déclaration de mobilisation, tout comme il y a une guerre sans déclaration de guerre», estime Sergey Krivenko, longtemps actif au sein de Memorial et coordinateur de l’initiative Citoyens et armée.

■ 125 personnes arrêtées en Russie le 9 mai

Le 9 mai, des militants ont rejoint le «régiment immortel», ces personnes qui défilent avec les photos des membres de leur famille qui se sont battues dans la deuxième guerre mondiale. Ils ont organisé une opération «ils ne se sont pas battus pour cela» dans tout le pays, selon le mouvement démocratique de la jeunesse Vesna.

D’après l’ONG russe OVD-info, les forces de sécurité ont arrêté au moins 125 de ces manifestants pour leurs symboles anti-guerre.

■ De furtifs messages contre la guerre à la télévision russe

«Vous avez sur vos mains le sang de milliers d’Ukrainiens et de centaines de leurs enfants assassinés. La télévision et les autorités mentent. Non à la guerre», peut-on lire dans le message qui est apparu sur différentes chaînes de télévision. Il s’agirait d’un piratage informatique.

■ Une guerre qui divise aussi les Ukrainiens

«Vous ne comprenez pas ce qu’il s’est passé ici», dit un habitant de Boutcha qui n’a pas quitté sa ville lourdement bombardée durant la guerre. Les habitants de Kiev qui sont restés dans la capitale sont tout aussi sûrs que les personnes qui ont fui à l’ouest du pays ne peuvent pas les comprendre.

Peu des personnes qui sont restées en Ukraine semblent comprendre celles qui ont fui en Pologne, en Allemagne ou en République tchèque. Les expériences entre ceux qui sont restés et se qui sont partis ont été incomparables, mais personne n’a tort.

D’après le psychologue Oleg Pokalchuk, «il y aura une division claire entre 'nous' et les autres. Il sera possible de reconnaître les vôtres avec un regard, il n’y aura même pas besoin de parler. C’est un peu comme si chaque groupe avait son propre cercle de l’Enfer de Dante.»

Toutes ces distinctions entre nous sont comme des cicatrices profondes. Je vois comment sont traités ceux qui sont à l’étranger et qui seraient «partis trop tôt», ou auraient «prit la place de quelqu’un d’autre». Il est complètement naturel et sain que nous exprimions notre colère, mais comme l’écrit la psychothérapeute Oksana Efremova, il faut la diriger contre les bonnes personnes. Nos ennemis ne sont pas les personnes qui, comme nous, souffrent de la guerre.

Daria Koshel est une journaliste ukrainienne.

■ Quand la vie vaut une bouteille de vodka

En 2014, Tatiana Vovk a échappé aux bombes russes à Donetsk et s’est réfugiée à Marioupol. Confrontée de nouveau à la guerre, elle raconte à la journaliste Mariana Tsymbalyuk qui l’a interviewée pour Geneva Solutions comment sa famille a survécu et fui l’occupation. Extraits:

GS News: Quelle était la réaction des habitants de Marioupol lors du déploiement des troupes russes à la frontière?

Nous savions que la guerre pouvait s’intensifier, mais nous n’avions pas prévu l’ampleur de l’invasion russe. Nous pensions que les militaires allaient tirer un peu et se calmer ensuite. À partir du 9 mars, Marioupol est devenue une ville fantôme, les forces armées russes étaient en train de la raser. Mon mari, nos deux enfants, mes deux sœurs, leurs maris, ainsi que ma mère et moi, nous sommes réfugiés dans une cave pendant près d’un mois.

GS News: Comment vous êtes vous échappés?

TV: Un jour, alors que l’armée russe redisposait son déploiement, nous avons réussi à nous rendre à Zaporijja. Nous avons passé 20 checkpoints où les Russes ont tout fouillé – même les couches pour bébés. Je ne sais pas comment les choses se seraient passées sans la bouteille de vodka qu’ils ont trouvée dans nos sacs. Lorsque les soldats ont vu de l’alcool, ils ont tout oublié et nous ont laissés partir. Une bouteille de vodka banale était la valeur de la vie humaine pour eux.

GS News: Comment cela se passe à Zaporijja?

En arrivant dans la ville, nous avons vu deux soldats ukrainiens et tout le monde a pleuré. Nous ne pouvions pas croire que nous étions sortis de cet enfer. En deux semaines, Marioupol a été complètement détruite. Mais tant que les soldats du régiment d’Azov résistent, la ville continue d’être ukrainienne!

Mariana Tsymbalyuk est une journaliste indépendante ukrainienne basée à Ivano-Frankivsk. Elle écrit pour des médias locaux et nationaux.

■ Des drapeaux soviétiques dans les villes occupées pour fêter la victoire

La Russie a célébré aujourd’hui à Moscou la victoire soviétique sur l’Allemagne nazie lors de la deuxième guerre mondiale.

Un ruban de Saint-Georges long de 300 mètres, supposé être le plus grand au monde, a été porté dans les rues de Marioupol, ville détruite dont certaines rues ont été nettoyées à la hâte la semaine dernière, selon le canal Telegram Moscow Talks. Ce ruban est un symbole de la victoire de l’Armée rouge. Une flamme éternelle a également été allumée dans la ville où les habitants de Novoazovsk et Donetsk, qui sont majoritairement russophones, ont participé à la procession.

Dans la ville occupée de Kherson, le Jour de la victoire a été fêté avec un «régiment immortel», une marche où les personnes défilent avec les photos des membres de leur famille qui se sont battues dans la deuxième guerre mondiale, Des repas ont été distribués par les militaires russes. A une heure de là, dans la ville de Novaya Kakhovka, des personnes ont défilé avec des drapeaux russes et la «bannière de la victoire», des drapeaux rouge avec le marteau et la faucille, d’après RIA Novosti.

Pendant ce temps, à Energodar dans l’oblast de Zaproijja, la parade de la Place Rouge et le discours du président russe Vladimir Poutine ont été rediffusé en direct, d’après le site de nouvelles URA.RU.

■ Un consul russe soutient l’Ukraine, mais pas vraiment

La page Instagram du consulat général de Russie à Édimbourg, en Écosse, a été piratée. Une publication de soutien à l’Ukraine est apparue au nom du consul russe, Andrey Yakovlev.

«Moi, le consul général russe à Édimbourg, A. I. Yakovlev, je condamne catégoriquement le comportement de l’opération militaire spéciale des forces armées russes contre l’État souverain et indépendant d’Ukraine. Je soutiens pleinement toute aide apportée aux forces armées de l’Ukraine par les pays de l’UE.»

Le consulat a déclaré au média russe RBK qu’il s’agissait d’un piratage et que le consul n’avait jamais fait de telles déclarations. Le compte Instagram est désormais fermée.

■ 2000 km pour mettre chats et chiens en sécurité

Des volontaires de partout se sont rendus à Odessa pour évacuer un refuge. Parmi eux, Olena Abramova, une Ukrainienne qui vit en Espagne.

«Je vis en Espagne depuis six ans. Le lendemain du début de la guerre, il était évident que rester assise à la maison à ne rien faire n’était pas une option, raconte-t-elle. Mon mari et moi avons décidé de nous rendre à la frontière.»

Au début, Olena transportait des médicaments, mais au dixième jour de son bénévolat en Ukraine, une connaissance lui signale l’existence d’un refuge dans le besoin, à Odessa.

«Il y avait environ 35 animaux: huit chiots, huit chiens adultes et le reste étaient des chats. De la frontière moldave à Berlin, il a fallu deux jours et demi, environ 2000 kilomètres.»

Olena affirme que le voyage était plus difficile qu’avec des enfants. En Allemagne, la mission se poursuit pour trouver de nouveaux foyers à ces animaux. «Deux volontaires les ont tous photographiés. Quelques heures après notre arrivée à Berlin, des personnes sont venues chercher tous les animaux», dit-elle.

Maxym Khotilenko est un journaliste ukrainien.

■ Les banques russes surveillent et dénoncent leurs clients

La plus grande banque russe, Sberbank identifie les collectes de fonds susceptibles d’être des dons pour l’armée ukrainienne et communique ces informations au service des renseignements financiers, Rosfinmonitoring. D’après l’agence russe TASS, Bella Zlatkis, vice-présidente de la banque, a adressé une lettre à Yana Lantratova, députée «Une Russie juste – Patriote – Pour la Vérité» à la Douma.

«Les collecteurs de fonds pour les forces armées ukrainiennes sont identifiés par la banque en utilisant un ensemble d’outils différents, y compris la surveillance des réseaux sociaux et l’information des tiers», stipule la lettre.

La banque a déclaré suivre la législation russe, les instructions de la banque centrale, ainsi que ses propres règlements. Les personnes qui soutiennent des «activités dirigées contre la sécurité de la Russie» risquent jusqu’à 20 ans de prison pour trahison d’État.

■ «C’est la Russie qui doit se dénazifier»

Alexandra Garmazhapova est une journaliste russe issue de la minorité bouriates en Sibérie. D’après elle, c’est la Russie qui a besoin d’être dénazifiée. «En déclarant la guerre à l’Ukraine, le Kremlin a lui-même ouvert la conversation sur les petites nations en Russie», dit-elle dans un message publié sur son compte Instagram. Ses lecteurs lui envoient des milliers d’anecdotes tous les jours sur les violences ethniques qu’ils subissent.

«Enfant, je ne me posais pas trop de questions sur ma nationalité, jusqu’à ce qu’on m’appelle 'yeux bridés'. On m’a clairement fait comprendre que ce n’était pas une bonne chose.» De nombreux Bouriates combattent en Ukraine. D’après la journaliste, c’est parce que l’armée est un des rares moyens pour éviter la pauvreté.

■ Un faux pays, avec une fausse langue?

La propagande russe utilise souvent les questions linguistiques pour justifier l’invasion de l’Ukraine. Les russophones seraient en «danger», ils doivent être «protégés». Pour Moscou, l’absence du russe dans les manuels scolaires ukrainiens et les examens d’entrée à l’université est une menace pour les familles qui «parlent russe depuis plusieurs générations». Et de recommander que l’Ukraine adopte le russe comme deuxième langue nationale. La Suisse et le Canada l’ont bien fait, l’Ukraine peut aussi y arriver, c’est «simple», dit la Russie. Mais ce n’est pas vrai.

Deux théories existent sur l’origine de la langue ukrainienne. La première est soutenue par des faits historiques et la seconde est propagée par la Russie.

Pour les Ukrainiens, la langue est le fondement de leur pays. L’ukrainien est une langue à part, avec sa propre histoire et son propre héritage culturel. Des linguistes soutiennent cette théorie. La seconde théorie est celle des Russes. Elle avance que le russe était une langue de base pour beaucoup de régions ukrainiennes, alors qu’en réalité ces régions ont été russifiées par les colonies russes.

Pour les Russes, l’ukrainien est un «version du russe». Ils prétendent qu’il est «moins développé», que c’est une «langue secondaire, voire un dialecte, pas une langue».

Cette perception de l’ukrainien ouvre la porte au rabaissement des ukrainophones dans le but de les faire passer au russe, une langue «de haute culture». Elle permet même d’affirmer que si l’ukrainien n’est pas une «vraie langue», l’Ukraine n’est pas une vraie nation non plus. Les Ukrainiens seraient simplement des «Russes non éduqués».

Les politiques officielles de l’Empire russe et de l’Union soviétique – qui ont tous deux régné sur des parties de l’Ukraine par le passé – ont soutenu ce discours.

Aujourd’hui, beaucoup d’Ukrainiens considèrent le russe comme la langue de l’occupant et l’associent aux menaces proférées contre leur pays et leur peuple. Ce problème n’est pas nouveau, il existait déjà au 18e et au 19e ainsi que dans les années 1930 et 1960. Et c’est la raison pour laquelle le russe ne devrait pas être considéré comme la deuxième langue du pays.

Kateryna Hodik est une journaliste ukrainienne ainsi que chercheuse au département de littérature comparée de l’Institut de littérature T.H. Shevchenko.

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■ Un champion de Dakar derrière les ambulances ukrainiennes

Son truc, c’est conduire. Sergueï Malyk, 55 ans, a battu 42 records de vitesse. Au début de l’année, il courait le rallye Paris-Dakar dans les sables d’Arabie saoudite, décrochant une 11e place en catégorie camions. Aujourd’hui, il a troqué ses bolides contre des minibus et transporte des biens humanitaires. Sumy, Kharkiv, Zaporijia, Odessa: il se rend dans plusieurs villes par jour.

Au début de la guerre, il a demandé de l’aide à des amis du monde entier pour acheter des ambulances. «J’ai publié un post sur Facebook et tout le monde a commencé à répondre. Mes amis aux États-Unis, ceux en Europe… Au total, nous avons réussi à acheter 46 ambulances», raconte Sergueï qui vise les 100.

Avec ses collègues mécaniciens, il répare également les véhicules de l’armée ukrainienne. «Il ne suffit pas d’un simple service au garage. Il faut réellement réparer les tanks, car il n’y en a pas assez», explique-t-il.

Le champion ukrainien n’est pas près d’abandonner son rythme effréné malgré son âge et son diabète. «Nous avançons lentement vers la victoire et je vais aider autant que je peux, dit-il, les ennemis ne pourront pas nous battre car nous sommes forts.»

Maxym Hotilenko est un journaliste de télévision, basé à Kiev.

■ Un ancien journaliste ukrainien tué en combat

Le président Ukrainien, Volodymyr Zelensky, a annoncé hier la mort du journaliste Oleksandr Makhov lors de combats dans la région de Kharkiv. Comme d’autres journalistes, il est devenu soldat au début de la guerre. Oleksandr travaillait comme journaliste de télévision, il avait 36 ans et était originaire de Louhansk.

■ 22 programmes spatiaux et 25 ans de budgets pour l’éducation partis en fumées

Des villes détruites, des millions de réfugiés et un paradoxe qui dépasse la compréhension: des sommes faramineuses sont dépensées tous les jours alors qu’elles pourraient résoudre des problèmes sociaux.

Selon le ministère des Finances ukrainien, la guerre coûte à Kiev 10 milliards de dollars par mois. Evidemment, la dépense est contrainte, car le pays est attaqué. Mais la Russie a initié la guerre. Combien dépense-t-elle?

Il n’y a pas d’information officielle à ce sujet et les estimations des experts varient. Afin d’arriver à un montant, nous allons donc considérer l’ensemble des données disponibles et en prendre la moyenne. D’après un calcul rapide, la moyenne revient à 6.9 milliards de dollars par mois.

Voici à quoi cet argent aurait pu servir:

  • Combattre les maladies rares des enfants pendant 516 ans (la Russie dépense 60 milliards de roubles par an pour ces médicaments).
  • Effectuer des travaux d’entretiens à Moscou pendant 9 ans.
  • 620 programmes de logement pour les habitants en situation précaire
  • 25 ans de budget pour l’éducation
  • 22 programmes spatiaux

Finalement, si l’argent était distribué aux 146’171’015 habitants de la Russie, chacun aurait reçu 212’000 roubles (3187 francs). Mais au lieu de cela, la Russie bombarde Odessa, Kharkiv, Sumy, Tchernigov, Kiev, Nikolaïev et Marioupol.

Aleksey Maltsev est le pseudonyme d’un journaliste russe encore sur place.

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■ La CIA veut que les Russes la contactent

La CIA a publié sur sa page Instagram des instructions en russe pour les personnes désirant la contacter. L’agence recommande l’emploi de Tor et VPN pour anonymiser l’origine de connexions et les sécuriser. Elle conseille également de supprimer les historiques de recherche et de mettre à jour les navigateurs web.

Un porte-parole de la CIA a expliqué au Washington Post que les instructions sont pour «les personnes qui ressentent le besoin de les contacter à cause de la guerre injuste que livre le gouvernement russe.»

Pour Vasily Piskaryov, député à la Douma d’État, la publication de la CIA est une incitation à la trahison et une «tentative éhontée de recrutement.»

■ Des espions russes qui veulent «juste discuter»

Le service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB) a entamé des interrogatoires avec les familles des personnes qui ont quitté le pays. Ses agents demandent aux proches de convaincre les exilés de revenir, d’après le canal Telegram 'Department One'. Pour l’instant, cinq cas ont été signalés à l’avocat Yegeny Smirnov. Ce dernier explique au canal Telegram 'We can explain' que les renseignements s’intéressent aux Russes qui ont transféré de l’argent aux associations caritatives ukrainiennes.

«Des personnes qui ont refusé de continuer à travailler pour leur entreprise active dans la défense une fois la guerre déclenchée, des anciens banquiers et des étudiants figurent aussi parmi les recherchés», a-t-il dit.

D’après lui, le service tente surtout de parler avec des personnes âgées qui se fient généralement davantage au FSB, en ont peur ou sont plus facilement influençables. Les agents leur promettent notamment que les exilés ne seront pas intimidés, mais qu’ils doivent juste rentrer pour «discuter» avec eux.

■ La Russie, cancre du classement de la liberté de la presse

Cette année, la Russie est à la 155e place, entre l’Azerbaïdjan et l’Afghanistan dans le rapport annuel. La Suisse est à la 14e position.

«En Russie, le pouvoir assume une mainmise totale de l’information via l’instauration d’une censure de guerre extensive, le blocage des médias et une chasse aux journalistes récalcitrants, contraignant ceux-ci à un exil massif», déclare RSF.

L’organisation souligne également que le harcèlement des journalistes a empiré depuis le durcissement en 2021 de la loi des médias sur les «agents de l’étranger» et «les poursuites liées à la couverture du sort de l’opposant Alexeï Navalny.»

D’après le rapport, cinq professionnels des médias ont été tués dans des bombardements durant le premier mois de la guerre en Ukraine. Le pays a chuté de cinq places en un an.

Lire aussi: Ukraine Stories: être journaliste en Ukraine n’a jamais été aussi dangereux

■ Pilule et Guimauve, un «voyage d’affaires» en enfer

En temps de paix, Inna Vishnevskaya était enseignante d’art et mère de quatre enfants. Depuis le 24 février, «Zefirka» [guimauve] comme ses proches l’appellent, est volontaire dans l’unité de défense de Bilogorodka, un village à 300 km à l’est de Kiev.

Elle travaille en tant qu’auxiliaire médicale, livre de la nourriture et des médicaments, aide les personnes vulnérables et organise des évacuations.

Lors de ses «voyages d’affaires» comme elle les appelle, elle se rend sur le théâtre de crimes de guerre: Borodyanka, Boutcha, Irpin, Gostomel, Vorzel et d’autres localités proches de Kiev.

«J’ai un véhicule de fonction et un chauffeur qui fait également office de garde du corps, explique-t-elle en rigolant, mon binôme est surnommé Pilulkin [diminutif de pilule] et il doit s’assurer que je suis équipée correctement pour faire face aux cas extrêmes.»

Pilule et Guimauve ont déjà effectué plus de 100 trajets pour livrer leur assistance mobile. Les auxiliaires médicaux se rendent dans les lieux les plus délaissés tels que Irpin, au moment de sa libération.

Ces trajets sont très dangereux même après l’éloignement des combats, car les forces russes laissent des mines derrière elles. Elle doit donc faire preuve de prudence, mais admet qu’elle n’aime pas porter des gilets pare-balles de 32 kilos car ils pèsent près de la moitié de son poids. «Mes fils m’ont dit: 'ou tu y vas avec du matériel de guerre, ou tu n’y vas pas du tout'.»

C’est la deuxième fois que la guerre bouleverse la vie d’Inna Vishnevskaya. En 2014, un obus a frappé sa maison, près de l’aéroport de Donetsk. «Je n’avais plus rien. J’ai dû fuir avec les enfants et nous nous sommes réfugiés à Kropyvnytskyï, en Ukraine centrale. La seule chose dont j’ai envie, c’est de continuer mes 'voyages d’affaires' jusqu’à ce que mon pays soit libre.»

Liudmyla Makei est une journaliste ukrainienne.

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■ Des ordures bariolées

Des poubelles bariolées de drapeaux européens ont été repérées à Voronej, dans l’ouest de la Russie. Alors que l’administration locale tente encore de déterminer leur emplacement, elle a organisé un vote sur son canal Telegram: faut-il laisser ou retirer les drapeaux?

Pour l’instant, l’option «garder» est en tête du sondage et un habitant en demande même quelques-uns pour son utilisation personnelle.

■ Une carte interactive pour rendre visibles les manifestations

Une carte interactive a été lancée pour soutenir les manifestants en Russie. Elle affiche les villes où des mobilisations contre l’«opération spéciale» ont lieu. En parallèle, les militants de Visible Protest ont recensé les actions anti-guerre dans les villes russes. Les partisans du mouvement accrochent notamment des rubans verts dans les rues, collent des tracts, dessinent des graffitis et tiennent des piquets solitaires.

■ Quand les opposants politiques se querellent, seul un miracle peut sauver la Russie

«Nous sommes en guerre non seulement en raison de notre indifférence, notre patience infinie et notre espoir pour un meilleur avenir, mais également, car les membres de l’opposition russe n’ont jamais été capables de se mettre d’accord.

En 2012, suite aux manifestations à Moscou contre la fraude électorale, les dirigeants de l’opposition russe ont créé un conseil de coordination. Leur but était clair: réformer le système judiciaire et électoral. Alexeï Navalny [l’opposant notoire du président, ndlr], Ksenia Sobchak [personnalité médiatique et filleule de Poutine, ndlr], le libéral Boris Nemtsov [avant son assassinat en 2015, ndlr] et le socialiste Sergey Udaltsov ont tous participé à ce groupe.

Mais cette lutte collective a été brève, car personne n’a réussi à se mettre d’accord. Quelle est la meilleure stratégie contre le régime? Qui faut-il soutenir lors des élections? A qui doit-on donner de l’argent? Un an après sa création, et sans avoir changé quoi que ce soit dans le pays, le comité de coordination a été dissolu.

Aujourd’hui, l’opposition russe répète ses erreurs. Le 26 avril, les supporters de Navalny ont publié une liste de partisans de l’invasion, parmi lesquels on retrouve Ksenia Sobchak, bien qu’elle se soit opposée à l’«opération spéciale» de son parrain. De plus, le canal Telegram de Sobchak est aujourd’hui l’une des sources anti-guerre les plus populaires en Russie, avec plus de 1,5 million d’abonnés.

Alors qu’en 1969, des hippies, des ouvriers, des vétérans et des croyants se sont unis à Washington D.C. pour exiger la fin de la guerre du Vietnam, aujourd’hui l’opposition russe est incapable d’arrêter ses querelles. Heureusement, les changements en Russie surviennent parfois de manière inattendue. En voici deux exemples:

– Alors qu’en 1953 Nikita Khrouchtchev était le premier secrétaire du Parti communiste, en 1956 il dénonça les politiques de Joseph Staline dont il était jusque-là le bras droit.

– Alors qu’un référendum pour le maintien de l’URSS était accepté avec 76,4% des votes le 17 mars 1991, le 26 décembre, l’union s’effondrait.

Peut-être qu’aujourd’hui aussi, le mouvement anti-guerre et la résistance naîtront de l’inattendu et nous permettront de vaincre le pouvoir.»

Ivan Zhilin est journaliste à Ekaterinbourg.

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■ En Russie, les murs luttent aussi

Les passions se déchaînent autour d’une peinture murale dans la ville d’Ekaterinbourg, connue pour sa liberté de pensée. Dévoilée au début de la guerre par le gouvernement russe sur une berge de la rivière Iset, la fresque est constamment modifiée par les sympathisants et les opposants à Poutine, raconte le canal Telegram 'Visible protest'.


■ Des soldats sibériens dans les caves avec les habitants

«Les Ukrainiens qui ont pu fuir racontent que ce sont d’abord de jeunes soldats russes qui sont arrivés à Kozacha Lopan et à Tsupivka, des villages dans la périphérie de Kharkiv, à moins de 10 km de la frontière russe. A Tsupivka, les Bouriates, une ethnie minoritaire en Sibérie, ont demandé aux habitants une fois arrivés: «On est bien à Kharkiv?». Ils étaient étonnés de voir des routes goudronnées et des lampadaires. Tout le monde a été épargné et ils ont même aidé à soigner la jambe d’une grand-mère blessée. Lors des frappes, les militaires se sont cachés dans les caves avec les habitants.

Tout a changé lorsque la milice de la République populaire de Louhansk est arrivée, selon les habitants. Les soldats buvaient beaucoup et portaient de vieux uniformes d’agents de sécurité avec des bottes de fortune. Certains étaient en baskets ou même en claquettes.

D’autres militaires sont ensuite arrivés et la situation s’est encore dégradée. Selon les rumeurs, c’était des combattants de Kadyrov, l’armée paramilitaire de la Tchétchénie – plus précisément des Ossètes. Les habitants d’une ville voisine racontent comment les nouveaux venus ont confisqué leurs passeports et les ont forcés à célébrer la Russie. Avant de repartir, les soldats ont vidé toutes leurs provisions. Ils ont également fait preuve de violence physique envers les résidents.

Un habitant décrit comment son frère s’est fait écraser la tête contre le genou, puis a été mis à terre et comment un soldat a tiré près de sa tête avec sa mitraillette. En guise de souvenir, les militaires lui ont donné une douille et l’ont menacé: «Si tu la perds, on te tue». Lorsque certains habitants ont demandé à aller à l’hôpital, les soldats ont répondu: «Essayez d’aller à Belgorod (à 60 km de voiture, en Russie) si vous y arrivez.»

Je ne sais pas combien de temps ce déferlement militaire va durer, mais aux dernières nouvelles, les troupes ukrainiennes ont repris le contrôle du village de Ruska Lozova, situé directement sur l’autoroute Kharkiv-Belgorod (80 km en voiture).

D’après les habitants, le comportement des soldats a beaucoup varié pendant l’occupation: «Certains fouillaient jusque dans vos sous-vêtements alors que d’autres enlevaient leurs chaussures avant d’entrer chez vous, regardaient autour d’eux et repartaient en s’excusant.»

Stanislav Kybalnyk est un journaliste de la région de Kharkiv.


■ Les rouages de l’armée de l’information ukrainienne: «Des corps calcinés peuvent remonter le moral»

«Lorsque ma candidature pour les forces de défense territoriale – la nouvelle unité militaire ukrainienne pour la défense des villes – a été rejetée, j’ai décidé de me battre avec une autre arme – l’information. Dès le début de la guerre, des initiatives faisant appel à des bénévoles avaient commencé à apparaître sur les réseaux sociaux, invitant à rejoindre les forces de l’information.

Chaque jour, on me confie des nouvelles tâches: diffuser un post sur les réseaux sociaux, dessiner un mème, signer une pétition, organiser une cyberattaque sur un site hostile, envoyer une plainte sur une chaîne de vidéos… Il y a assez de travail pour tout le monde.

Tout comme à l’armée, il y a des rôles précis dans le bataillon des médias: des rédacteurs, des journalistes, des éditeurs, des designers, des personnes qui proposent des idées, des organisateurs, des illustrateurs, des responsables des relations publiques, ainsi que des experts en réseaux sociaux et des hackers.

Notre première tâche stratégique consiste à maintenir le moral des Ukrainiens. Pour cela, nous collectons et créons du contenu sur nos victoires. Des histoires courtes, des mèmes, ou des photos de matériel russe détruit et des photos des cadavres ennemis calcinés peuvent suffire à remonter le moral d’une psyché terrifiée et donner la force de continuer à se battre.

Deuxièmement, nous devons briser le mur de la propagande russe, qui empêche les Russes de comprendre ce qui se passe en Ukraine et de réaliser à quel point cette guerre est insensée. Notre but est de faire en sorte que le moins de Russes possible aient envie de combattre l’Ukraine.

Telle est la petite contribution d’une soldate de l’information pour gagner la guerre.»

Liubov Velychko est une journaliste ukrainienne indépendante. Elle fait partie de Creative Forces of Ukraine, une communauté de spécialistes numériques présente sur la messagerie sécurisée Telegram, qui se bat sur le front de l’information depuis les premiers jours de la guerre et compte 38 000 abonnés.


■ Un journaliste troque sa plume contre une mitraillette

Il y a deux mois, Pavlo Kazarin a cessé d’être journaliste. Pourtant, jusqu’au 24 février, il animait une matinale politique à la télévision ukrainienne, il avait sa propre émission de radio et signait des chroniques dans les journaux ukrainiens. Depuis le début de la guerre, il est enrôlé dans la défense territoriale, l’unité militaire qui défend les villes. La journaliste Anna Aizenberg l’a interviewé pour Geneva Solutions.

GS: Comment avez-vous su que la guerre avait commencé?

PK: Je présentais des émissions matinales sur l’une des principales chaînes de télévision ukrainiennes et je me levais donc à 4 heures pour être au studio à 6 heures du matin. Le jeudi 24 février, je me suis réveillé plus tôt que d’habitude, car quelque chose a volé par la fenêtre et a explosé. Je ne savais pas alors que la Russie attaquait Kiev et d’autres villes ukrainiennes. Mais quand je suis arrivé au bureau, je savais déjà que la guerre avait commencé. Je n’ai pas tout de suite su comment réagir au changement de circonstances, comment diffuser l’information… Tous les sujets préparés la veille étaient soudainement devenus sans intérêt. Ce jeudi a été mon dernier jour en tant que journaliste. Le 25 février, avec un collègue, je me suis rendu au bureau d’enrôlement et je me suis inscrit dans l’armée.

GS: Pourquoi préférer le front militaire au front médiatique?

PK: Je n’ai pas participé à la guerre en 2014 alors que les événements dans le Donbass se déroulaient tout près de chez moi. J’étais engagé dans le journalisme, je prenais soin de mes parents… J’ai trouvé un million de merveilleuses excuses. Je ne voulais pas «rater» la deuxième guerre.

GS: Vous êtes une figure connue, on vous reconnaît en uniforme?

PK: Souvent. Certains sont surpris, mais la guerre est désormais à la fois nationale et patriotique. Elle a effacé toutes les frontières entre les gens. Célèbres ou non, riches ou non, nous sommes tous ensemble. Dans ma compagnie, il y a aussi bien des directeurs de grands cabinets d’avocats que des mécaniciens de voitures. La guerre a également effacé la distinction entre les sexes: il y a deux filles dans ma compagnie qui sont plus jeunes que les fusils qu’elles utilisent, mais elles sont très motivées et très courageuses.

Anna Aizenberg est le pseudonyme d’une journaliste ukrainienne encore sur place.

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■ Dans la course à la dictature, la Russie bat la Corée du Nord et le Turkménistan

Témoignage de la journaliste russe Nigina Beroeva:

«C’est le rêve de tout journaliste que d’entrer dans un pays très fermé comme le Turkménistan. Il y a quelques années, j’ai réussi à me rendre en Corée du Nord avec mon amie et collègue Ksenia Bolshakova. Nous avons secrètement filmé et diffusé un reportage pour TF1. Après cela, j’ai eu l’impression de pouvoir aller partout. Mais le Turkménistan m’est resté inaccessible.

A l’automne 2021, je me suis rendue à Istanbul pour filmer des activistes turkmènes, dans le cadre d’une série de documentaires du célèbre blogueur russe Ilya Varlamov. Dursoltan, l’héroïne de mon documentaire, avait quitté le Turkménistan huit ans plus tôt, laissant derrière elle son fils de deux mois. Au début, elle se contentait de gagner de l’argent en Turquie et de l’envoyer au Turkménistan mais très vite, Dusya, comme l’appellent ses proches, est devenue une militante en participant à des rassemblements et défendant les Turkmènes en Turquie. En raison de ces activités, les autorités de son pays natal la considèrent comme une traître. Si elle devait retourner un jour au Turkménistan, elle serait arrêtée.

L’ampleur de la dictature, de la répression, du mensonge et de la pauvreté dans ce pays est incommensurable. Et d’après les informations que les activistes parviennent à transmettre, la situation au Turkménistan est catastrophique. Le pays est définitivement verrouillé depuis la pandémie.

Il semblait à l’époque difficile de trouver plus grande dictature que la Corée du Nord et le Turkménistan. Or désormais, dans la course aux dictatures, il existe aujourd’hui un leader absolu, et ce n’est ni la Corée du Nord ni le Turkménistan.

Je n’aurais jamais pu imaginer vivre une expérience similaire à celle de mon héroïne.

En mars 2022, j’ai fui la Russie et je me suis retrouvée à nouveau à Istanbul. J’ai eu l’impression d’être à nouveau en déplacement professionnel en train d’enquêter sur des personnes qui avaient fui leur pays et ne savaient pas quand elles pourraient rentrer chez elles. Mais cette fois-ci, j’étais parmi elles.

A mes côtés se trouvent des réfugiés ukrainiens qui fuient une guerre monstrueuse et ne savent pas quand ils rentreront chez eux. Leur maison est peut-être détruite. Il y a aussi des réfugiés russes, parmi lesquels se trouvent nombre de mes collègues et amis qui sont contre la guerre ou qui fuient la répression politique.

Je veux raconter ces histoires. L’histoire des Russes qui sont contre la guerre et fuient, celle des Ukrainiens qui vivent la guerre. La façon dont la guerre sépare et relie. Je veux parler de la culpabilité collective, ou de son absence, et de ce que les gens que je rencontre en pensent.

Mais ces histoires, je ne pourrais pas les emporter chez moi, car je ne sais pas quand je pourrai y retourner. Un jour, je réaliserai enfin que je ne suis pas en reportage, mais que ceci est bien ma vie.»

Nigina Beroeva est journaliste pour les médias russes Meduza, Dozhd et Takie Dela. Lire son récit complet sur Geneva Solutions (en anglais)


■ Le film d’horreur dont vous êtes les héros – malgré vous

«La première semaine de l’invasion russe, Natalya Pesotska, enseignante dans un orphelinat de Chernihiv, à 150 km au nord est de Kiev, a fait tout son possible pour protéger les 30 enfants à sa charge, dont le plus jeune était âgé de trois ans. Dès qu’une sirène se faisait entendre, ils descendaient à la cave et y passaient la nuit.

Lorsque le mur du bâtiment a été détruit par un bombardement, Natalya a emmené les enfants dans l’abri le plus proche, une cathédrale à près d’un kilomètre où se trouvaient déjà 600 autres personnes.

«Je ne sais pas comment nous avons survécu dans la cathédrale. Il était interdit de sortir pendant 12 heures, les enfants devaient uriner dans des seaux et cinq d’entre eux avaient des couches que nous ne pouvions pas changer, se rappelle-t-elle. Quand j’y repense, j’ai l’impression de revoir un film d’horreur au cinéma. Un film dans lequel je joue», dit-elle.

Trois semaines plus tard, lorsque les soldats ukrainiens proposent une évacuation, personne à part Natalya prend le risque d’accepter, vu le danger imminent à l’extérieur.

«Notre convoi était composé de 15 bus, c’était immense. Deux des bus précédant le nôtre se sont fait tirer dessus, dit-elle. Personne ne pensait que nous allions y arriver, mais ce n’était plus possible de rester là-bas. Dieu nous a sauvés». Une fois arrivé à Kiev, le groupe a pris le premier train pour Ivano-Frankivsk dans l’ouest du pays, puis s’est rendu dans un village en montagne.

Un mois s’est écoulé depuis, mais Natalya a encore l’air fatiguée. Cela fait seulement trois jours qu’elle arrive à dormir à nouveau. Pourtant, elle conclut: «Je n’embrasserai le sol qu’une fois de retour à Chernihiv.»

Olha Surovska est une journaliste ukrainienne. L’interview a été menée dans un village en montagne dont le nom n’est pas révélé pour protéger Natalya et les enfants.

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■ Des graffitis pour distinguer les pestiférés «Ukronazis» en Russie

A Penza, des graffitis accusant d'«ukronazisme» l’avocat russe Igor Zhulimov, sont apparus sur la porte de sa maison. Il a notamment aidé des réfugiés ukrainiens déportés en Russie à quitter le pays, d’après le canal Telegram 7x7 et les pneus de sa voiture ont également été crevés.

La lettre Z, symbole pro guerre, a aussi été peinte sur le portail et la voiture d’Evgeny et Ekaterina Malyshev, journalistes au média «Takie Dela». La police a pris des photos et a relevé leur adresse.

■ Des montres suisses à 6 millions au poignet du leader tchétchène Kadyrov

La chaîne Youtube Popular Politics (en russe) a exposé la collection de montres de luxe d’une valeur 6,7 millions de francs de Ramzan Kadyrov, leader notoire des Tchétchènes qui s’est récemment affiché en Ukraine. «Dans le système russe, le rôle de Kadyrov est simple: faire le sale boulot», expliquait au Monde l’opposant tchétchène exilé Ibrahim Yangoulbaïev. Le président tchétchène a notamment été photographié avec:

  • Une Patek Philippe Sky Moon Tourbillon d’une valeur de 1,2 million de francs et dont la production est limitée à deux montres par an
  • Une Greubel Forsey d’une valeur de 500 000 francs et limitée à 33 exemplaires
  • Une Bovet Fleurier d’une valeur de 480 000 francs et limitée à huit exemplaires

«Pendant que les soldats sont en train de voler des réfrigérateurs et des cuvettes de toilette des appartements ukrainiens, le leader de la Tchétchénie porte des accessoires de collection limitée», a reporté la chaîne.

D’après le Service des statistiques russes, le salaire moyen Tchétchène en 2021 était de 31 272 roubles par mois (420 francs) brut.

■ A Kherson, même les tatouages sont inspectés

«Aucun corridor humanitaire ou route d’évacuation n’a été annoncé à Kherson. Certaines personnes ont réussi à s’enfuir, d’autres ont roulé sur des mines, mais personne n’est à l’abri. L’une des voies qui avaient été jugées «plus ou moins sûres» a récemment été fermée.

«Nous ne laisserons sortir personne avant le référendum», a récemment expliqué un soldat à un poste de contrôle.

Les produits ukrainiens commencent à manquer à Kherson et les occupants acheminent les produits essentiels depuis la Russie en passant par la Crimée occupée. Mes parents et mes amis disent que les prix sont au moins deux fois plus élevés qu’avant.

La ville ne se fait pas bombarder, mais les habitants entendent régulièrement le bruit de missiles russes qui s’approchent de la ville voisine de Mikolaïv. La pression psychologique sur les résidents est forte: l’armée russe dicte ses règles depuis le premier jour de l’occupation. Les manifestations pro Ukraine ont été dispersées et des vidéos de propagande mettant en scène la «libération de Kherson» sont régulièrement diffusées.

Les gens sont arrêtés et fouillés dans les rues car certains quartiers ont des postes de contrôle. Les habitants disent avoir appris à laisser leur téléphone à la maison ou à supprimer leur historique de conversation avant de sortir. Les tatouages des hommes sont examinés.

De plus en plus de personnes disparues sont signalées. Pratiquement un message sur deux sur les réseaux sociaux concerne une personne disparue. En avril, 13 rapports de personnes disparues ont été enregistrés mais seule une de ces personnes a été retrouvée.

Les occupants ont saisi le conseil municipal le 25 avril et ont mis à la porte le gouvernement ukrainien qui assurait le bon fonctionnement de Kherson. Nous ne savons pas ce qu’il va se passer, mais nous espérons que la ville sera libérée bientôt, et que des drapeaux ukrainiens flotteront au-dessus.»

Daria Kotielnikova travaille pour Gwara Media. Au début de la guerre, elle a fui Kherson et s’est réfugiée en Italie. Son récit est basé sur les informations fournies par ses contacts.

■ Poutine va-t-il emprisonner des figurines Lego?

Les gens n’ont peut-être pas le droit de manifester en Russie, mais qu’en est-il des jouets? Daniel Trabun, directeur des médias de la plate-forme russe Yandex. Zen a créé une installation avec des figurines Lego au centre de Moscou. Elles tiennent des pancartes anti-guerre et apparaissent à côté du monument des Défenseurs de la Démocratie en Russie d’après le canal Telegram Beware News.

■ Ces roubles contestataires

Des billets de banque portant des messages anti-guerre circulent dans toute la Russie.

■ Des passeports diplomatiques russes pour contourner les sanctions

Un contrat de 306.5 millions de roubles (4 millions Fr.) pour l’achat de 174 600 formulaires est apparu sur un site web de procuration publique, d’après Sota. Les formulaires pour des «besoins de l’Etat» se sont avérés être des passeports diplomatiques. L’accès à un certain nombre de pays, y compris ceux de la zone Schengen, est facilité pour les titulaires de ces documents. D’après Sota, il s’agirait peut-être d’un moyen pour contourner les interdictions d’entrée dans l’Union européenne et dans d’autres pays.

Le nombre de formulaires pour les passeports diplomatiques équivaut à plus de dix fois le nombre d’employés au Ministère des affaires étrangères. Bien qu’en 2012 la liste des personnes pouvant obtenir un passeport diplomatique ait été élargie, en 2020, Poutine a ajouté au décret que «d’autres personnes peuvent demander un passeport diplomatique par décision du président sur la base de pétitions des autorités fédérales».

■ Mariage en temps de guerre: d’éminents Ukrainiens se passent la bague au doigt sous les bombes

«Je suis responsable d’une équipe de journalistes qui travaille dans tout le pays et je prépare également des reportages. Mon mari dirige la patrouille de police de Kiev qui a été reconstruite pendant la guerre. Nous essayons d’être ensemble tout le temps et de faire tout notre possible pour accélérer la victoire. Mais même en temps de guerre, nous voulions faire quelque chose qui resterait avec nous pour toute notre vie.

Nous étions déjà fiancés et avions prévu un mariage au printemps ou en été afin qu’il fasse assez chaud pour le célébrer en plein air avec des amis. C’est un peu difficile d’expliquer pourquoi nous avons décidé de nous marier maintenant, mais cela semblait juste.

Je portais un pantalon basique et un pull, tenue que j’appelle désormais une robe de mariée. Les amis proches de mon mari ont organisé une petite fête pour nous dans la plus ancienne salle de concert de Kiev, qui est aujourd’hui un centre de bénévolat ouvert jour et nuit. Ils ont trouvé par hasard un voile qu’ils m’ont offert. Mon amie a apporté des orchidées qu’elle avait fait pousser chez elle et ça a été mon bouquet.

Le supérieur de mon mari nous a offert un lance-grenades antichar à main, et le frère de Yuriy nous a donné des munitions et des pantalons pour homme. Ce sont des choses très importantes en temps de guerre.

Nous savons déjà où nous irons en lune de miel – pas de pays étrangers mais ici, en Ukraine, à Kinburn Spit. Nous avons passé beaucoup de temps avec nos amis et ne pouvons pas imaginer nos étés sans eux.»

Angelina Kariakina est la directrice de l’information de la chaîne publique ukrainienne Suspilne.

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■ Des œufs de Pâques en guise de résistance

Les activistes russes de la «Résistance féministe anti-guerre» et de l'«Union des mères de Biélorussie, de Russie et d’Ukraine» ont distribué le week-end passé sur les réseaux sociaux et dans les rues des cartes de Pâques anti-guerre avec des citations des Écritures sur la paix, des prières pour la paix et des œufs peints aux couleurs du drapeau ukrainien.

Dans toute la Russie, les gens ont participé à la commémoration de la Pâque orthodoxe le 24 avril, en postant des photos sur les réseaux sociaux.

L’abréviation «XB» utilisée pour la salutation traditionnelle de Pâques orthodoxe «Christ est ressuscité» a été détournée pour dire «assez, avec la guerre» dans les cartes postales.

Dans toute la Russie, les gens ont participé à la commémoration de la Pâque orthodoxe le 24 avril, en postant des photos sur les réseaux sociaux.

■ La vie à Starobilsk sous l’occupation russe

«Début mars, les forces d’occupation russes sont entrées dans ma ville natale Starobilsk, dans la région de Louhansk. A partir de ce moment, la vie s’est pratiquement arrêtée.

Au cours des premiers jours, les occupants ont décroché nos drapeaux, se sont emparés des bâtiments gouvernementaux – y compris des postes de police, du bureau du procureur et des lycées. Un couvre-feu a été mis en place.

Avec l’arrivée des forces armées dans notre ville, la vie est devenue effrayante. Vous ne savez jamais quand leurs membres peuvent se présenter à votre porte, vous mettre un sac sur la tête, et vous emmener dans un lieu inconnu pour une interrogation. Ils recherchent les patriotes ukrainiens, les militants et les volontaires locaux, les anciens militaires et leurs familles, ainsi que les fonctionnaires. Les volontaires des bataillons comme Azov ou Aidar sont aussi très recherchés.

Et les occupants trouvent les personnes qu’ils cherchent. Evidemment, pas sans l’aide des collaborateurs locaux. Imaginez que des gens qui ont passé la majorité de leur vie dans cette ville 'fuitent' des informations aux envahisseurs. Certains ne le cachent même pas.

La situation dans la ville est instable. Nous n’avons pas de réseau. Les opérateurs mobiles ukrainiens en particulier ne fonctionnent pas. Les occupants ont délibérément «étouffé» le réseau pour que les gens achètent des cartes SIM russes. La connexion Internet est si faible qu’il faut du temps pour rechercher des informations.

Il y a également un problème avec l’apprivoisement en nourriture. Bien que les produits soient disponibles dans les rayons, ils ne sont pas de très bonne qualité car ils ont été importés de territoires qui ne sont plus sous le contrôle de l’Ukraine depuis 2014. Ils sont non seulement de mauvaise qualité, mais également chers.

Il est difficile de savoir si c’est le prix des marchandises achetées qui est élevé ou si nos entrepreneurs ont simplement perdu leur conscience. Mais je sais avec certitude que ce sont les conséquences de la «paix russe».

Il n’y a presque plus d’emplois dans la ville. Seuls les magasins et les grossistes sont ouverts. Les entités d’Etat ont arrêté leur travail lorsque les occupants sont entrés en ville. En un jour, des milliers d’habitants, y compris des employés d’écoles, de jardins d’enfants, d’institutions sociales et d’agences gouvernementales, se sont retrouvés sans source de revenu. Les institutions bancaires ne fonctionnent plus non plus.

Chaque jour dans la ville est essentiellement le même. La vie s’est arrêtée. Surtout pour les personnes qui ont perdu leur emploi et leurs hobbys – tout ce qu’elles avaient l’habitude de faire. Il ne reste plus qu’une chose à faire: aller dans les magasins, regarder les gens, et rentrer chez soi.

Quand je regarde par la fenêtre, je vois des garçons jouer dans la cour du matin au soir et c’est un spectacle bienvenu. Des grands-mères sont assises sur des bancs et discutent des pensions russes, que personne n’a d’ailleurs encore payées. Et seules quelques-unes d’entre elles chuchotent et parlent de l’Ukraine, des Ukrainiens…»

Ksenia Novitska (nom d’emprunt) est une journaliste locale.

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Traductions et adaptations: Aylin Elci