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Square de l'indépendance, Kiev, préparé pour la finale de la Ligue des champions. 
© Elfrem Lukatsky/AP Photo

Football

Des Ukrainiens accueillent les supporters sans toit

A la veille de la finale de la Ligue des champions, des supporters de football anglais et espagnols chassés d’hôtels réservés par des propriétaires cupides ont trouvé refuge chez l’habitant

Six ans après l’Euro 2012, le Stade olympique de Kiev accueille un nouvel événement sportif majeur: la finale de la Ligue des champions de football, qui opposera samedi le Real Madrid au FC Liverpool. La capitale ukrainienne s’apprête à recevoir des milliers de supporters européens mais le secteur hôtelier s’est mis hors jeu en faisant exploser le prix des hébergements. Il n’en fallait pas plus pour réveiller l’hospitalité des Kiéviens.

Un événement très attendu

Un peu comme si face à la conjonction du sport et de l’argent se réveillaient – timidement – les mânes de la révolte de Maïdan… Kiev attend samedi un pic de 50 000 supporters, dans le stade et dans les rues. Les fans de Liverpool ont eux-mêmes obtenu un quota de 17 000 billets dans un stade qui compte 63 000 places. Et c’est sans compter sur les «Socios» et la «Scouse Army» liverpuldienne qui s’apprêtent à se déverser sur la ville et ses bars à 1 franc la pinte de bière.

Depuis janvier, nombre d’amateurs de football ont réservé des hébergements à Kiev, où le concept de «petit hôtel sympa et pas cher» n’existe pas vraiment. Mais depuis les demi-finales de la compétition, en avril, c’est la douche froide: les propriétaires d’hôtels et d’appartements, notamment sur Airbnb, ont perdu la tête et tentent de profiter de l’événement en accroissant les prix dans une échelle allant de 10 à 100.

Des prix explosifs

Un hôtel du quartier périphérique de Nivki, architecture soviétique, rénové, sans identité, a ainsi augmenté les prix à 5000 francs la nuit. Dans le centre, l’Hôtel Droujba («Amitié») envoie des messages d’annulation à ses clients, prétextant des travaux, pour remettre les chambres sur le marché, à des tarifs prohibitifs.

Viktor Kylymar, enseignant à la très respectable Université Mohyla de Kiev, n’en revient pas. «Je suis passé à l’action après avoir vu sur internet qu’une chaise de dentiste, dans un cabinet dentaire – même pas un lit ou un canapé! – se louait 200 euros la nuit, raconte-t-il. Avec le prix d’une nuit d’hôtel miteux en banlieue on peut louer une maison aux Maldives pendant un mois, continue-t-il. J’ai vraiment eu honte.»

Une nouvelle manière d’héberger

Le 4 avril, alors que des centaines de supporters britanniques et espagnols sont en rade, Viktor Kylymar crée un groupe sur Facebook. «C’est simple, le meilleur rapport qualité/prix, c’est l’hospitalité ukrainienne, on ouvre nos maisons gratuitement pour des inconnus, sourit-il, et Facebook est la meilleure bourse d’hébergements possible.» En deux jours, des milliers d’Ukrainiens et d’Européens s’inscrivent. C’est le buzz.

«Les Kiéviens postent des propositions d’hébergement, mettent des photos, et les supporters peuvent les contacter directement. Les échanges ont été tellement nombreux que les Anglais et les Espagnols n’en sont pas revenus», explique Viktor Kylymar. Le groupe «Kyiv FREE Couch» compte près de 9000 membres et, d’après son fondateur, plus de mille supporters largués dans la nature ont trouvé de bonnes âmes pour les guider et leur donner un lit.

«Après vingt minutes, j’ai reçu un message et je vais héberger deux fans de Liverpool, un père et son fils qui n’avaient plus d’hôtel, raconte Pavel Kolomiets, un jeune programmateur informatique de 27 ans. C’est la première fois que j’aide ainsi des gens que je ne connais pas et que je ne verrai peut-être qu’une seule fois de ma vie. Je vais leur montrer ma ville et, à vrai dire, le foot, je m’en moque un peu.»

La générosité ukrainienne

Pavel n’est pas surpris. «Je sais que mes concitoyens sont généreux, commente Pavel Kolomiets. C’est la même solidarité qui s’est manifestée pendant Maïdan. Je ne sais pas quelles en sont les motivations profondes, mais je savais que ça allait remonter à la surface un jour. Là c’est arrivé à cause d’individus cupides prêts à tout pour de l’argent.»

«Durant leurs révolutions, des milliers de Kiéviens ont massivement offert aux manifestants un endroit où dormir, manger, prendre une douche, organisant même les transports jusqu’à la place de l’Indépendance, rappelle Peter Dickinson, rédacteur en chef du magazine Business Ukraine. Ce vaste mouvement bénévole, ces services de base, ont joué un rôle essentiel et rendu possible la Révolution orange en 2004 et la Révolution de la dignité en 2014.»

Le mouvement n’est pas aussi large cette fois. Pourtant, même les politiques s’y sont mis. Yehor Sobolyev, figure de la société civile durant Maïdan, et sa femme ont décidé de donner les clés de leur appartement à un Anglais et à sa fille, après l’avoir fait pendant trois mois en 2014 avec des réfugiés du Donbass. Le président Porochenko a lui aussi annoncé qu’il hébergerait des supporters. Sans émettre pour autant des propositions sur la régulation du système hôtelier.

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