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Ultra-droite Française: la piste terroriste confirmée

Les dix personnes arrêtées en France voici une semaine pour préparation d’attentats contre des mosquées ont été mises en examen. Quatre sont placés en détention. Ce groupe préparait bien des attaques terroristes avec armes et explosifs. 

Les spécialistes du terrorisme islamique s’étonnaient souvent de l’absence de ripostes violentes aux attentats commis en France depuis l’attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. La réalité n’était pas si tranquille. Arrétés voici une semaine, les neuf hommes et la femme du groupe d'ultra-droite «Action des Forces Opérationnelles« (AFO) ont été jeudi mis en examen pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des attaques terroristes» et quatre d'entre eux ont été placés en détention. Ils avaient été arrétés par les services de renseignement intérieur (DGSI) en région parisienne et dans plusieurs départements (Cher, Corse du Sud, Haute-Vienne, Charente-Maritime). 

«Les citoyens-soldats français au combat»

Plusieurs anciens policiers, dont le chef du groupuscule, animaient cette mouvance résolue à préparer «des actes violents ciblant des personnes à confession musulmane». Avec pour objectif des imams radicaux, des militants islamistes sortis de prison et assignés à résidence, mais aussi des femmes repérées pour porter le voile intégral.

Le groupuscule derrière lequel se cachaient les personnes arrêtées faisait l’objet d’une surveillance depuis au moins un an. Nommé Action des forces opérationnelles, ou AFO, et connu pour se vanter, sur son site web, de «former les citoyens-soldats français au combat sur le territoire national», ce groupe constitué après les attentats islamistes de 2015 gravitait autour d’un policier retraité, basé en Charente-Maritime. Plusieurs de ses membres, familiers de clubs de tirs, disposaient légalement de permis de port d’arme. Ils auraient été repérés lors de l’achat de munitions et d’armes supplémentaires, et par leurs liens avec d’autres radicaux de l’ultra-droite prêts à l’action violente, interpellés en octobre 2017. Ils auraient au final rassemblé un arsenal impressionnant d'une trentaine d'armes, plus des composants pour fabriquer des explosifs. 

Une dizaine de personnes avaient arrêtées à Marseille et en Seine-Saint-Denis en 2017, soupçonnées d’avoir envisagé de s’en prendre à Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France insoumise, député du quartier marseillais du Vieux-Port, a, depuis lors, plusieurs fois réclamé un officier de sécurité.

Nostalgiques de l’OAS

Si l’existence, en France, d’un réseau d’ultra-droite violent de grande envergure n’est pas prouvée, trois faits sont assez alarmants. Le premier est la présence, dans ces deux rafles, de jeunes gens de moins de 30 ans désireux de suivre l’exemple du fanatique norvégien Anders Brevik, auteur de la tuerie de masse d’Oslo en juillet 2011. Le second est, chez les membres de cette nébuleuse, la nostalgie avouée de l’OAS, l’Organisation de l’armée secrète qui ensanglanta la France durant la guerre d’Algérie et tenta d’éliminer de Gaulle lors de l’attentat du Petit-Clamart en juillet 1962.

Troisième fait préoccupant: la présence d’anciens policiers et militaires. Certains d’entre eux, souvent employés de sociétés de sécurité privée, auraient, selon le site Mediapart, été utilisés pour évacuer les facultés en grève, notamment à Montpellier, dont le doyen de la Faculté de droit a ensuite dû démissionner. Quinze cellules de «quatre à sept personnes» étaient, depuis 2015, dans le radar des services de renseignement. Ils accueillent en leur sein un autre type de «revenants»: des anciens soldats déployés contre Daech ou Al-Qaida en Afghanistan ou au Mali.

Pour éviter tout amalgame, la présidente du Rassemblement national (nouveau nom du Front national), Marine Le Pen, a d’emblée condamné toute forme de terrorisme anti-islam. Les spécialistes de l’extrême droite font aussi remarquer que ces militants formés à l’utilisation de la violence jugent souvent sévèrement la «dérive sociale et multiculturelle» du FN, au sein duquel leur ennemi principal était, jusqu’à son éviction en 2017, l’ancien numéro deux du parti, Florian Philippot, vilipendé pour son homosexualité.

La tentation de la violence

«Leur registre est celui du fanatisme: ils sont le miroir des islamistes intégristes qu’ils affirment vouloir combattre. Comme eux, ils ont le culte de la violence», explique au Temps un ancien membre du renseignement pénitentiaire, qui a eu à surveiller d’anciens policiers appréhendés.

Point important selon les psychologues de la police dans une étude commandée par le Ministère de l’intérieur: la tentation de la violence s’est aggravée au sein des forces de l’ordre depuis que les islamistes ciblent les policiers.

Trois attentats particuliers sont souvent cités comme motifs de leur colère par les membres de ces groupuscules d’ultra-droite: le meurtre d’un couple de policiers à Magnanville (Oise) le 13 juin 2016, l’assassinat du capitaine Xavier Jugelé sur les Champs-Elysées le 20 avril 2017 et la mort récente du colonel Arnaud Beltrame le 24 mars 2018 à Trèbes (Aude). La France a connu une tentative d’assassinat politique attribuée à cette mouvance: celle contre Jacques Chirac, le 14 juillet 2002, par le jeune militant nationaliste Maxime Brunerie.

L'arrestation et la mise en examen des dix membres de ce groupe intervient alors que le gouvernement français vient de lancer des «assises territoriales» destinées à réformer l'organisation et le financement de l'islam et des 2500 mosquées ou lieux de culte en France. Une initiative qui ressemble à celles déjà tentées auparavant, notamment sous la présidence de Nicolas Sarkozy, afin de limiter l'arrivée en France d'imams étrangers. Plus de 300 imams, essentiellement venus du Maroc et de l'Algérie, ont préché en France durant le Ramadan qui s'est achevé le 14 juin dernier. 

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