Un 4 Juillet sous haute surveillance

Etats-Unis Le dispositif sécuritaire a été renforcé de peur d’attaques terroristes de Daech

L’administration américaine a longtemps laissé entendre que l’organisation de l’Etat islamique, ou Daech, ne représentait pas une menace pour l’Amérique. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, le pays n’a pourtant jamais été autant en alerte face à une possible attaque terroriste. Aucune menace spécifique n’a pu être identifiée, mais les autorités se préparent à toute éventualité à l’occasion du 239e anniversaire de l’indépendance américaine, célébrée aujourd’hui 4 Juillet.

Incitations au terrorisme

Des millions de citoyens vont se rassembler dans les grandes villes du pays. A Washington, le National Mall sera placé sous haute surveillance. Les visiteurs sont même incités à utiliser un système de messagerie, Nixle, leur permettant de signaler en temps réel toute situation suspecte à la police. La barrière entourant la Maison-Blanche a été renforcée. Une mesure jugée d’autant plus nécessaire qu’il y a quelque temps, un intrus a réussi à la franchir et à s’introduire dans la résidence présidentielle. La sécurité autour du Capitole a aussi été revue à la hausse. Preuve de la nervosité des forces de l’ordre, jeudi, un appel au numéro d’urgence 911 a provoqué une fermeture du Navy Yard de Washington. Il faisait état d’éventuels coups de feu. Ce fut une fausse alerte, mais les autorités ont voulu éviter une répétition de la fusillade de 2013, au même endroit, qui provoqua la mort de douze personnes. A New York, la NYPD, la police municipale, est pleinement mobilisée. Elle recourra à une centaine de caméras mobiles qui s’ajouteront aux 7000 déjà en place. Des policiers avec chiens et des milliers d’agents en uniforme et en habits civils seront déployés.

Le Federal Bureau of Investigation (FBI) surveille le territoire depuis le mois d’avril déjà avec une flottille d’une cinquantaine d’avions équipés de vidéos et d’une technologie de surveillance sophistiquée, appelée Stingrays. Les appareils en question sont enregistrés sous des noms de compagnies aériennes fictives aux acronymes fantaisistes tels que FVX Research ou KQM Aviation.

Plusieurs facteurs provoquent cette forte montée d’adrénaline. Les renseignements américains ont constaté une avalanche de messages sur les réseaux sociaux incitant des loups solitaires à commettre des actes terroristes sur sol américain. Hormis le fait qu’une centaine de citoyens américains se sont rendus en Syrie ou en Irak pour combattre du côté de l’organisation de l’Etat islamique, de jeunes Américains semblent se radicaliser eux-mêmes à travers les réseaux sociaux.

Une stratégie à revoir

Le chef de la police de New York, William Bratton, est catégorique. Les djihadistes de l’Etat islamique envoient quelque 90 000 messages par jour via les réseaux sociaux. «La radicalisation peut s’opérer en quelques jours», précise-t-il. C’est la grande différence d’avec Al-Qaida, qui planifie souvent des attaques de plus grande envergure en s’appuyant sur un réseau et sur une chaîne de commandement. Les terroristes en puissance pourraient saisir l’occasion de la fête nationale américaine et de la période du ramadan pour semer la terreur aux Etats-Unis. Ex-agent de la CIA, Robert Baer prévient: il sera difficile d’éviter qu’un loup solitaire passe entre les mailles du filet.

Près de cinquante sympathisants de Daech ont été interpellés depuis le début de l’année. Sept hommes ont été récemment arrêtés, soupçonnés de vouloir placer une bombe sous le pont George Washington reliant le New Jersey à Manhattan, ou de fomenter un attentat à la cocotte-minute comme lors de la tragédie ayant endeuillé le marathon de Boston en 2013. Au cours des derniers mois, plusieurs policiers ont été la cible d’attaques d’individus isolés.

Depuis le 11 septembre 2001, les milieux de défense des libertés civiles mettent toutefois en garde contre le «tout-sécuritaire» qui a déjà en partie transformé la vie des Américains. Mais en l’occurrence, les craintes des autorités américaines proviennent aussi d’un contexte international mouvementé. Les attaques de loups solitaires en France (une personne décapitée) et sur la plage de Sousse en Tunisie (39 morts) ont manifestement eu un impact. A l’image du premier ministre britannique David Cameron, qui envisage désormais de participer aux frappes aériennes contre Daech au Moyen-Orient après que 30 de ses concitoyens ont été massacrés à Sousse, Barack Obama pourrait devoir durcir sensiblement la manière dont le Pentagone appréhende le phénomène de l’Etat islamique en Irak et en Syrie.