A Minsk, un accord et des inconnues

Ukraine Sur le papier, la situation devrait être réglée avant la fin de l’année

Les combats peuvent encorese poursuivre

La questiondu contrôle des frontières est liéeà celle de l’autonomie des régions

Autant les acteurs avaient fait monter les enchères à l’approche de la réunion de Minsk, autant ils s’employaient, jeudi, le sommet à peine terminé, à en minimiser son résultat. C’était «la réunion de la dernière chance», celle dont dépendrait non seulement l’avenir de l’Ukraine, mais aussi la paix sur le continent européen. Une nuit blanche de négociations plus tard, des rebondissements en cascade et un crayon écrasé de rage entre ses mains par Vladimir Poutine n’y ont, semble-t-il, rien pu. Il reste «de gros obstacles», prévenait la chancelière allemande, Angela Merkel; l’accord «ne garantit pas un succès durable», enchérissait le Français François Hollande; «Je pense que nous avons un problème de confiance avec la Russie», estimait l’Ukrainien Petro Porochenko. Seul le dernier des quatre négociateurs, Vladimir Poutine, affichait une sérénité sans faille: cet accord, trouvé à Minsk, porte «sur l’essentiel», estimait le président russe.

En réalité, nul accord n’a été signé par les chefs d’Etat, qui s’en sont tenus à l’adoption d’une courte «déclaration» générale dans laquelle ils «réaffirment leur plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine», et préconisent «une solution exclusivement pacifique» au conflit qui ravage l’est de l’Ukraine.

C’est dans un accord annexe, signé par un groupe de contact, constitué de représentants ukrainiens, russes, des rebelles ukrainiens et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), que sont contenues les dispositions de «Minsk 2».

Le cessez-le-feu

L’arrêt des hostilités représentait une priorité. Il a été obtenu, mais seulement à compter du 15 février à minuit. La crainte, exprimée avec force par Petro Porochenko, c’est que les forces séparatistes, lourdement appuyées par des troupes d’élite russes, se servent de ce délai pour lancer une violente offensive contre la poche hautement stratégique de Debaltseve (lire ci-dessous). Une perspective qui mettrait à mal toutes les étapes suivantes.

Les armes lourdes

L’objectif est d’établir une «zone tampon», dont la profondeur serait comprise entre 50 et 140 kilomètres selon le type d’armes. Cette distance s’entend pour les positions actuelles de l’armée ukrainienne, tandis que le repère pour les pro-Russes s’établit aux positions qui étaient les leurs en septembre dernier, soit avant l’établissement du dernier cessez-le-feu.

L’OSCE est chargée de vérifier ce retrait, avec les moyens qu’elle jugera utiles, drones, satellites, ou autres. L’accord, cependant, ne dit rien sur les troupes elles-mêmes, ce qui revient d’une certaine manière à prendre acte des avancées sur le terrain accomplies ces derniers mois par les rebelles.

Les élections

«Dès le premier jour» doivent s’entamer des négociations en vue d’élections dans les régions séparatistes. C’était une condition sine qua non pour Kiev. Le meilleur moyen pour garantir «l’intégrité du pays».

L’autonomie

Cependant, l’organisation des élections restera tributaire d’amendements constitutionnels qui devraient fournir une plus large autonomie aux oblasts de l’est. Ces provinces devront disposer de leur propre police et pourront établir à leur guise des relations commerciales avec leur voisin russe. Une perspective qui fera grincer des dents les milieux ultranationalistes à Kiev, et dont dépend en réalité tout l’édifice. En effet, il n’est pas question, stipule l’accord, de garantir le contrôle des autorités ukrainiennes à la frontière avec la Russie, tant que ces amendements constitutionnels ne seront pas entrés en vigueur.

Les «mercenaires»

Tous les «mercenaires», ainsi que les troupes étrangères, devront quitter l’Ukraine à une date non spécifiée. Cette clause concerne particulièrement les milliers de soldats russes qui combattent aujourd’hui aux côtés des troupes séparatistes. Moscou, cependant, n’a jamais reconnu la présence de ces troupes. Ce sont des «volontaires», met-elle en avant. Et rien de concret n’est prévu dans l’accord pour forcer leur départ.