Les ministres de l’Environnement de 35 pays clés dans les discussions se sont retrouvés lundi à Copenhague pour préparer, à huis clos, le sommet mondial sur le climat (7 au 18 décembre). La ministre danoise Connie Hedegaard veut continuer de se battre pour obtenir «de bons résultats», mais l’ombre des propos tenus la veille par son premier ministre Lars Lokke Rasmussen planait sur la réunion.

Ce dernier s’est rendu à Singapour où, lors d’un petit déjeuner en marge du forum Asie-Pacifique, les participants – dont la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grands pollueurs de la planète – ont jugé «irréaliste» d’attendre un accord légalement contraignant à Copenhague. «Nous n’avons pas assez de temps», a dit Barack Obama, qui discutera climat avec Hu Jintao ce mardi.

Les ambitions du sommet de décembre sont donc revues à la baisse, pour éviter l’échec. Connie Hedegaard a déclaré hier qu’un délai clair devrait être fixé à Copenhague pour aboutir à un accord complet dans le courant de 2010. Le point de la situation.

La déclaration de Singapour: une surprise?

Oui, par le cadre où elle a été prononcée, mais pas sur le fond. A Barcelone, début novembre, les négociateurs avaient déjà annoncé la couleur, de même que le chef négociateur de l’ONU sur le climat, Yvo de Boer.

Copenhague maintenu?

Oui, mais il débouchera sur un accord politique, et non «légalement contraignant» qui était l’objectif initial. La différence est que les engagements resteront généraux. Ils portent sur quatre points:

1. De combien les pays riches sont-ils prêts à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre? 2. Même question pour les pays émergents?3. Quelle aide financière les premiers accordent-ils aux seconds pour qu’ils atteignent l’objectif? 4. Quel mécanisme pour distribuer cette aide?

Qu’attendre de ce sommet?

Le gouvernement danois parle aujourd’hui d’un accord politique «de 5 à 8 pages». Lars Lokke Rasmussen assure que le but «n’est pas de laisser quiconque se défiler». Le secrétaire d’Etat britannique chargé du climat, Ed Miliband, déclare qu’un «accord politique sans chiffres ne serait pas satisfaisant». Ceux-ci, fournis par les pays qui auront bien voulu le faire, figureront dans des annexes.

Vers un échec?

Si la réduction des ambitions de Copenhague consiste à reculer pour mieux sauter, et qu’un accord légalement contraignant met tout le monde d’accord avant la prochaine réunion – agendée pour décembre 2010 à Mexico – le retard n’aura été qu’un moindre mal. En revanche, si un ou plusieurs acteurs importants en profitent pour se défiler, en dépit des promesses de Lars Lokke Rasmussen, alors oui, le signal aura été mauvais.

Double jeu d’Obama?

Pas forcément. Son administration a pris plusieurs initiatives «vertes», notamment par le biais de l’Agence nationale pour l’environnement, et a présenté un projet de loi sur le climat qui a été accepté par la Chambre des représentants. La discussion est plus tendue au Sénat où les zones rurales, hostiles au renchérissement du prix de l’énergie, sont surreprésentées. La loi américaine ne sera pas prête pour Copenhague. La crainte du président américain est de subir le même sort que son prédécesseur Bill Clinton: le Congrès avait refusé de ratifier le protocole de Kyoto, que lui-même défendait.

Les Etats-Unis sont-ils les principaux retardataires?

Parmi les grands pays industrialisés, oui. Mais les regards se tournent de plus en plus vers les grands pays émergents comme la Chine et l’Inde, qui émettront la plus grande part des gaz à effet de serre dans vingt ans. Si la Chine s’est montrée plus habile que l’Inde à dire qu’elle prend l’enjeu au sérieux, les deux géants «ont livré peu de chose jusqu’ici, à part des promesses», dit un diplomate européen.

Que pensent les autres pays?

Le représentant du «Groupe des 77» (pays en développement), l’ambassadeur soudanais auprès de l’ONU, Lumumba Di-Aping, affirme qu’un traité «complet» reste possible à Copenhague. Les pays du Sud, une majorité des Etats européens et la Suisse restent partisans d’un accord légalement contraignant à Copenhague. Mais ils n’iront pas jusqu’à affronter ouvertement les Etats-Unis et la Chine.