Syrie

Un accord d’évacuation conclu à Alep-Est

Combattants et civils pourraient quitter les derniers quartiers de la ville transformée en champ de ruines

L’évacuation devait commencer cette nuit. Alors que les «atrocités», selon le terme de l’ONU, se sont succédées jusqu’au dernier moment, un accord de reddition aurait été trouvé mardi soir pour finir de vider les quartiers d’Alep Est transformés en un vaste champ de ruines. Confirmé publiquement par plusieurs groupes de combattants, l’accord aurait été conclu grâce à la médiation de la Turquie. Il s’agirait de laisser sortir dans un premier temps la population civile, puis les combattants et leurs familles. Selon les chiffres articulés par l’ONU, il concernerait quelque 40 000 personnes, désormais tapies dans les quelques kilomètres carrés d’Alep-Est qui n’ont pas encore été reconquis par l’armée syrienne et par ses alliés. Cela en ferait le plus vaste transfert de population opéré jusqu’ici en cinq ans de guerre syrienne.

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Toute la journée de mardi, les bombardements se sont poursuivis sur les derniers quartiers tenus par les rebelles syriens à Alep. «Des dizaines d’attaques sur ce qui reste d’Alep-Est. Beaucoup de morts, de blessés et cela continue», relatait par exemple Zouhir AlShimale, qui se présente sur Twitter comme un journaliste freelance, collaborant notamment avec la chaîne qatarie Al-Jazira. Dans un autre message, il racontait le froid, qui a tué un bébé durant la nuit précédente, et les familles piégées dormant dans les rues dévastées. Beaucoup d’autres activistes disaient attendre la mort à mesure que s’intensifiaient les bombardements.

Les contours de l’accord d’évacuation restaient encore imprécis mardi soir. Selon la Turquie, le choix devait être donné aux rebelles de se diriger (munis s’ils le souhaitent de leur arme légère) vers Idlib, la région de l’Ouest tenue par l’opposition, ou alors vers le nord d’Alep. La préférence d’Ankara semblait aller vers cette seconde solution, les rebelles pouvant ainsi participer à l’offensive menée par la Turquie contre l’État islamique (Daech) à Al-Bab.

La question restait cependant ouverte sur le sort exact qui serait réservé aux civils. Le pouvoir de Damas et son allié russe ont effet une définition très large de la catégorie des «terroristes», puisqu’ils y incluent les opposants, les activistes ou encore les médecins qui leur viennent en aide.

L’ONU estimait que 250 000 personnes se trouvaient à Alep-Est avant le début de l’offensive éclair du régime syrien à la mi-novembre. Près de la moitié d’entre elles a réussi à fuir ces dernières semaines à mesure que les rebelles perdaient du terrain.

Une fois évacués des quartiers rebelles, les hommes en âge de combattre auraient été jusqu’ici systématiquement séparés du reste des habitants. Certains sont ensuite relâchés, d’autres ont été intégrés dans les forces gouvernementales. L’ONU rapporte aussi que de nombreuses familles sont sans nouvelles de leurs proches, qui pourraient avoir disparu dans les geôles du régime syrien, avoir été torturés, ou exécutés.

«Observateurs impartiaux réclamés»

«Nous avons été informés que des forces pro-gouvernementales sont entrées dans des habitations pour tuer leurs occupants, y compris des femmes et des enfants», a lâché, mardi matin, Rupert Colville, le porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, basé à Genève. Toujours selon l’ONU, 82 personnes auraient été exécutées depuis lundi soir dans les quartiers repris par les forces loyalistes. «Nous espérons que ces informations sont fausses ou exagérées, car la situation est extrêmement volatile et qu’il est très difficile de confirmer ces informations. Mais elles ont été corroborées par des sources multiples et fiables», poursuivait Rupert Colville.

Une fois l’accord annoncé, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, a demandé que des «observateurs internationaux impartiaux» soient déployés à Alep pour superviser l’évacuation des civils. «Les civils ont peur, à juste titre, d’être abattus dans la rue ou emmenés vers un des goulags d’Assad», affirmait-elle lors d’un débat du Conseil de sécurité de l’ONU. Les rumeurs voulaient que ce soit le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) qui joue ce rôle d’observateur neutre. «Nous n’avons pas encore été approchés», notait cependant mardi soir Krista Armstrong, une porte-parole. Jusqu’ici, ni l’institution genevoise ni l’ONU n’ont été parties prenantes à ce genre d’évacuations forcées.

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