Le Canada est assuré de conserver un précédent accord de libre-échange conclu avec les Etats-Unis en 1989, même si le président élu Donald Trump dénonçait l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna) liant les deux pays et le Mexique, a estimé mercredi l'ambassadeur canadien aux Etats-Unis.

«Lorsque l'Aléna est entré en vigueur, l'ALE (l'Accord de libre-échange canado-américain, ndlr) a été suspendu» de fait, a rappelé l'ambassadeur canadien David MacNaughton lors d'un point de presse à Montréal. «On peut donc présumer que (...) si l'Aléna disparaissait, l'ALE reviendrait et serait en vigueur», a-t-il dit en marge d'un discours au Conseil des relations internationales de Montréal.

«Mais il est dans notre intérêt que l'Aléna continue d'exister», parce que nous en avons tiré profit au même titre que nos partenaires. «J'espère que la nouvelle administration va se rendre compte que (les Etats-Unis) en ont aussi tiré profit» et tout peut être amélioré dans un accord, a-t-il ajouté.

Depuis l'entrée en vigueur de l'Aléna en 1994, selon lui, le commerce a été multiplié par quatre en Amérique du Nord, 9 millions d'emplois aux Etats-Unis dépendent des échanges avec le Canada, premier partenaire commercial de 36 Etats américains.

Une renégociation plutôt qu'une abrogation

Pendant sa campagne, Donald Trump avait évoqué l'abrogation de l'Aléna, accusé d'avoir précipité les délocalisations d'emplois et la désindustrialisation. Mais depuis sa victoire, le président élu souhaite avant tout renégocier l'Aléna, ce que le Canada et le Mexique sont aussi prêts à faire pour l'améliorer.

Commentant l'élection de Donald Trump, l'ambassadeur a souligné que le Canada et les Etats-Unis ont «une excellente relation» et s'est dit convaincu que «cela ne changera pas». «Je ne dis pas qu'il n'y aura pas de désaccords, c'est clair qu'il y en aura. Et il y aura d'âpres discussions dans certains domaines», a-t-il dit.

A Ottawa, la chef de l'opposition conservatrice, Rona Ambrose, a vertement critiqué la décision de Justin Trudeau d'accepter de renégocier l'Aléna. «Quand est venu le temps de défendre l'Aléna, le plus important accord de libre-échange de l'histoire du Canada, avant même qu'on ne lui demande, le Premier ministre Trudeau a offert de le rouvrir et de le renégocier. Wow! C'est toute une négociation ça», a-t-elle ironisé.

L'opposition de la Wallonie au CETA, un contre-exemple

En cas de renégociation, le Canada n'a par ailleurs pas l'intention de faire front commun avec le Mexique pour mieux résister à l'élan protectionniste américain, a indiqué l'ambassadeur.

«Nous devons nous assurer que les intérêts du Canada passent en premier dans toute renégociation. Ce qui nous intéresse avant tout, c'est la protection des emplois au Canada et je soupçonne qu'il en soit aussi de même pour les Mexicains et les Américains».

«Je pense que beaucoup de Canadiens ont découvert ces dernières semaines qu'il y avait un endroit qui s'appelle la Wallonie»

«Les temps sont durs (...) pour le commerce international», a ajouté David MacNaughton en évoquant la difficile gestation du traité CETA entre le Canada et l'Union européenne ou le partenariat transpacifique (TPP) négocié par douze pays d'Asie et d'Amérique, dont le Canada et les Etats-Unis, et dont Donald Trump ne veut pas.

Ces traités, a-t-il conclu, ont suscité «une opposition politique significative dans de grands pays et dans de petites régions du monde. Je pense que beaucoup de Canadiens ont découvert ces dernières semaines qu'il y avait un endroit qui s'appelle la Wallonie». Cette région francophone belge s'était farouchement opposée pendant dix jours à la signature du CETA.