Allemagne

Un accord pour limiter le nombre de réfugiés

Angela Merkel est parvenue dimanche à ressouder son camp sur la question des réfugiés. Les négociations avec les Verts et les libéraux en vue de former le prochain gouvernement vont donc pouvoir rapidement démarrer

Les négociations en vue de former une coalition à Berlin vont pouvoir démarrer le 18 octobre, trois jours après les élections régionales de Basse-Saxe, dimanche prochain, un scrutin à haut risque pour la CDU.

Après sept heures d’intenses discussions dimanche, Angela Merkel est en effet parvenue dans la soirée à ressouder son camp conservateur sur la question des réfugiés. Son parti chrétien-démocrate, la CDU, et les conservateurs-catholiques bavarois de la CSU ont en effet trouvé un compromis qui met fin à deux années de conflit entre les deux alliés. La CSU, qui dénonce depuis deux ans la décision d’Angela Merkel d’avoir laissé entrer plus d’un million de demandeurs d’asile en 2015 et 2016, exigeait une inflexion de la chancelière sur ce dossier pour participer à un futur gouvernement. «L’Allemagne a besoin d’un gouvernement stable, et la condition à cela est que la CDU et la CSU se présentent avec des positions communes à la table des négociations», a martelé Angela Merkel.

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200 000 arrivées par an

Le compromis trouvé dimanche par le camp conservateur prévoit de limiter à 200 000 par an le nombre des arrivées de migrants «pour des raisons humanitaires», regroupement familial compris. Sur ce point, Horst Seehofer, le chef de la CSU, semble s’être imposé. Mais la chancelière n’a rien cédé sur le droit à l’asile, inscrit dans la Constitution. L’accord prévoit donc la possibilité de «dépassements», en cas de «situation humanitaire exceptionnelle», et stipule que tout migrant se présentant à la frontière aura droit à un examen juste de son dossier.

La CDU comme la CSU ont subi un lourd revers électoral le 24 septembre. Certes, Angela Merkel conserve le pouvoir. Mais son parti a connu le pire résultat de son histoire, avec 32,9% des voix. Pour la CSU, la débâcle a été plus terrible encore: le parti, qui a dirigé la Bavière seul jusqu’en 2008, a perdu 10,5 points par rapport aux législatives de 2013, avec 38,8% des voix. Les pertes ont été particulièrement lourdes dans l’est de la région, par où sont arrivés la plupart des réfugiés de 2015-2016. La CSU y a perdu 15 points par rapport à 2013, tandis que les populistes de l’AfD enregistraient 16,7% des voix. La CSU devra affronter de nouveau ses électeurs aux élections régionales de 2018, et cherche à imposer un virage à droite au camp conservateur. Angela Merkel doit résister pour ne pas perdre son allié potentiel écologiste.

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Scepticisme des Verts

Sur ce point, les choses s’annoncent compliquées. Les Verts ont accueilli l’accord de dimanche avec scepticisme. «C’est peut-être la position de la CDU-CSU, mais ce ne sera pas celle d’un futur gouvernement, a prévenu le coprésident du parti, Cem Özdemir. Je suis curieux de voir comment ils vont essayer de nous vendre ça!» La cheffe du groupe parlementaire des Verts, Katrin Göring-Eckardt, a, elle, jugé que l’accord CDU-CSU avait tout d’un «compromis de pure forme». Les Verts rejettent le principe de traités bilatéraux comme celui adopté par l’Union européenne avec la Turquie et s’opposent à l’adoption de listes de pays dits «sûrs» vers lesquels les réfugiés peuvent être renvoyés après un examen accéléré de leur dossier.

Nouvelles négociations prévues

Du côté du FDP, la vice-présidente, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, s’est montrée prudente, se réjouissant que les conservateurs «se parlent enfin de nouveau», tout en qualifiant leur compromis de simple «première base avant les véritables pourparlers sur la formation d’un gouvernement». Les libéraux sont favorables à l’adoption d’une loi globale sur l’immigration, garantissant le droit à l’asile pour les personnes persécutées, l’accès au marché du travail pour un certain nombre de professions souffrant de déficit en main-d’œuvre qualifiée et le refoulement des migrants «économiques».

Le dossier de l’immigration et des réfugiés n’est donc pas bouclé pour la chancelière, qui devra entamer la semaine prochaine un nouveau round de négociations, cette fois avec les Verts et les libéraux.

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