Le président américain Bill Clinton a déclaré à moult reprises son admiration pour son lointain prédécesseur John Fitzgerald Kennedy. L'histoire gardera-t-elle de lui qu'il a commis la même erreur fatale que son modèle en engageant imprudemment son armée dans un bourbier? La question se pose au moment où le locataire de la Maison-Blanche vient apporter une importante aide militaire en hommes et en matériel à un régime colombien en pleine perte de vitesse face à diverses formations armées.

L'inquiétude est d'autant plus grande que la stratégie de Washington, ses buts comme ses moyens, paraît peu claire à ce stade. Quand l'administration américaine assure vouloir s'attaquer aux seules organisations de narco-trafiquants, elle n'explique pas comment elle pourra éviter d'affronter les guérillas d'extrême gauche qui protègent le trafic de drogue pour financer leurs propres activités. Et lorsque Bill Clinton assure n'avoir «pas d'objectif militaire» dans l'affaire, il se voit obligé d'admettre dans la foulée que les Etats-Unis vont cependant «aider les militaires colombiens à améliorer leur capacité à intercepter les trafiquants».

Et déjà l'impression prédomine que, comme il y a quarante ans en Indochine, les Etats-Unis en font trop ou pas assez. S'ils entendent effectivement redresser un pays en pleine désintégration, les moyens annoncés (60 hélicoptères de transport de troupes, un maximum de 500 conseillers militaires et «techniciens») paraissent beaucoup trop faibles pour donner à l'armée colombienne, totalement démoralisée, quelque chance de l'emporter. Or, dans l'hypothèse (probable) d'un échec, que fera la Maison-Blanche? Osera-t-elle renoncer, au risque de l'humiliation? Ou préférera-t-elle engager un tout petit peu plus de «boys» dans l'aventure?