PÉLERINAGE

Un an après la dramatique bousculade de La Mecque, l’Arabie saoudite montre ses muscles

L’an passé, plus de 2000 pèlerins avaient péri dans une gigantesque bousculade à La Mecque. Alors que des millions de musulmans affluent déjà vers le lieu saint, l’Arabie saoudite tente de rassurer sur sa capacité à organiser l’événement

L’introduction d’un bracelet électronique high-tech avait été annoncée fin juin par l’agence de presse saoudienne pour renforcer la sécurité des pèlerins, qui vont déferler du 10 au 14 septembre. Il avait été présenté comme un outil contenant les données personnelles et le dossier médical des voyageurs. Equipé d’un GPS, il devait aussi contenir des instructions sur les rituels et un guide disponible dans une multitude de langues.

Les premiers pèlerins arrivés à La Mecque sont bien pour certains équipés d’un bracelet, mais rien d’aussi high-tech comme l’a observé l’AFP. Il s’agit d’une bande de plastique munie d’un code-barres lisible par smartphone qui permet d’identifier celui qui le porte, connaître son lieu de domicile durant le hadj et les coordonnées des responsables du groupe auquel il appartient, ainsi que toutes les informations enregistrées lors de l’attribution de son visa.

Le but est, à terme, d’équiper tous les pèlerins. Ce dispositif permet de mieux identifier les croyants, qui se trouveraient en détresse, mais ne permet pas d’éviter de nouvelles bousculades.

Un bracelet créé à Lausanne

Un dispositif high-tech existe cependant, créé par une société basée à Lausanne. Au sein du cabinet SwissMedCall, le docteur Abdeldjellil Boudemagh a conçu un bracelet électronique nommé «Bissalama» qui fait aussi office de téléphone. Destiné prioritairement aux Algériens présents à La Mecque, Bissalama permet à ses utilisateurs d’appeler un médecin (qui parle leur langue), d’être localisés par les secours et de transmettre leur dossier médical. Il coûte 80 euros.

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Si leur bracelet n’est pas aussi perfectionné, les autorités saoudiennes ont renforcé le déploiement des forces de sécurité sur place. A tel point que selon une journaliste de la BBC «l’Arabie saoudite semble se préparer à la guerre». Des hélicoptères sillonnent le ciel, des checkpoints coupent les routes et des brigades de policiers orientent la foule.

Au gré des horaires des cinq prières quotidiennes, des militaires en béret rouge déplacent des barrières de plastique vert pour orienter les cortèges. Tout pèlerin qui tente de contourner un parcours est aussitôt bloqué, selon l’AFP.

1000 caméras de surveillance en plus

1000 caméras de surveillance supplémentaires ont également été installées dans la Grande Mosquée en juin. 5000 scrutaient déjà les moindres mouvements des croyants à La Mecque et Médine. A Mina, où s’était produite la bousculade meurtrière de l’an passé, des routes ont été élargies et des restrictions ont été imposées sur les horaires du rituel de la lapidation.

Le gouvernement utilise depuis plusieurs années des programmes d’analyse comme CrowdVision pour repérer les dangers potentiels comme des foules trop denses, des turbulences ou des mouvements en accordéon. D’autres logiciels notamment de reconnaissance faciale aident les quelque 60 000 gardes de la sécurité à déjouer d’éventuelles tentatives d’attentat. En juillet de cette année, un attentat suicide a tué quatre agents de sécurité près de la mosquée du prophète Mahomet à Médine.


Le 24 septembre 2015, lors du précédent pèlerinage à La Mecque, une gigantesque bousculade avait coûté la vie à au moins 2297 fidèles, dont 464 Iraniens, selon des données compilées à partir de bilans fournis par des gouvernements étrangers. Les autorités saoudiennes en étaient restées à un bilan officiel de 769 morts pour ce drame, le plus meurtrier de l’histoire du hadj.

Les résultats de l’enquête n’ont pas été publiés

Critiquant les mesures de sécurité jugées insuffisantes, l’Iran a décidé de n’envoyer aucun pèlerin cette année, à La Mecque. «Comment pouvez-vous inviter 1,5 million de pèlerins et ne même pas penser aux mesures de sécurité?», s’est interrogé vendredi Saïd Ohadi, chef de l’organisation iranienne du hadj, dans un entretien à l’AFP.

Lors de la bousculade de 2015, des pèlerins ont reproché à la police d’avoir fermé des routes et d’avoir mal contrôlé des mouvements de foules. Les responsables saoudiens ont eux accusé des fidèles de n’avoir pas respecté les règles. Ryad avait ordonné une enquête, mais ses résultats n’ont jamais été publiés.

Cette attitude contraste avec les suites données à une autre tragédie, survenue avant celle de Mina: 14 personnes ont en effet été jugées pour négligence après la mort de 109 pèlerins dans l’effondrement d’une grue sur un chantier à la Grande mosquée.

La bousculade de l’an passé est la plus meurtrière, mais elle n’est pas la première à La Mecque. En 2006, plus de 360 pèlerins avaient péri dans une bousculade. Et en 1990, 1426 personnes sont mortes asphyxiées et piétinées. Le hadj se tient une fois par an. C’est l’un des cinq piliers de l’islam que tout fidèle est censé accomplir au moins une fois dans sa vie s’il en a les moyens.

Il est primordial pour Ryad de montrer que le hadj est sous contrôle. Le tourisme religieux est la 2e source de revenus du pays après le pétrole; et l’Iran, son grand rival sur la scène moyen-orientale, remet régulièrement en cause la main-mise du royaume sur l’organisation du pèlerinage, qui selon Téhéran devrait être confiée à un organisme international.

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