Il y a un an, le président Clinton avouait publiquement des relations intimes avec Monica Lewinsky. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. L'un des plus grands scandales de l'Amérique du XXe siècle est maintenant enterré. Mais pas oublié. Il hante encore la mémoire collective avec son cortège de rebondissements: le fameux rapport Starr, l'accusation de la Chambre des représentants, le procès au Sénat, enfin l'acquittement le 12 février. Un acquittement sans gloire laissant un pays écœuré, des politiciens discrédités, un président humilié.

Ces souvenirs douloureux, chaque Américain tente de les occulter. Comme en 1974 après la bourrasque du Watergate avec Nixon. Mais Nixon, lui, s'était effacé. Clinton est toujours là. Mieux: il rebondit. Un an après son aveu pathétique, six mois après son acquittement, il s'affirme plus déterminé que jamais à poursuivre sa tâche jusqu'en janvier 2001. Le second souffle d'un coureur de fond solitaire et meurtri. Car son image est irrémédiablement ternie. Il le sait. Mais il sait aussi que ses facultés de récupération sont énormes.

Clinton surprend son entourage, les parlementaires, tous ceux qui l'approchent. Il est redevenu un battant. Il fonce et s'investit. «Je ne me sens pas proche de la fin. Je veux en faire encore plus et m'assurer que je donne tous les jours tout ce que je peux aux Américains», a-t-il déclaré au cours d'une récente conférence de presse. Certains élus ne cachent pas leur étonnement. «Il est très à l'aise et très concentré», a déclaré le sénateur démocrate Joseph Lieberman. Même réaction de Tom Daschle, leader de la minorité démocrate au Sénat. Et c'est vrai que Clinton semble être partout à la fois. La guerre des Balkans, les négociations en Ulster, le marchandage au Moyen-Orient… Il passe d'un conflit à une crise et d'une crise aux coulisses de la paix. Il s'affiche sur tous les fronts car le temps lui est compté. Il ne lui reste que quelques mois pour relativiser le scandale aux yeux de l'Histoire.

Le front extérieur a magnifiquement servi Clinton. Il s'est rallumé au moment précis où le président avait besoin d'une diversion. Mais le front intérieur est moins malléable, moins propice aux grandes démonstrations. Batailles subtiles, pleines de nuances et de pièges. Là encore, Clinton adopte le même profil offensif, la même soif d'action. Avec le Congrès, il ferraille sur tous les terrains: projet républicain de baisses massives d'impôts, plaidoyer pour une plus stricte réglementation des armes. Il change de champ de manœuvre quand il le faut et pense à l'avenir. Clinton soutient la campagne du vice-président Al Gore, qui briguera la Maison-Blanche en novembre prochain. Et il épaule Hillary, son épouse, dans son combat pour un siège sénatorial à New York.

Au fond, Clinton recueille les dividendes d'un tour de force qui date de son arrivée au pouvoir en janvier 1993. Il réussit alors à convaincre les Américains que sa personnalité se dédoublait, qu'il y avait en lui l'homme privé et l'homme public, le citoyen et le président. Il ne fallait pas les confondre. Pendant des années, on assista à un jeu subtil entre le président et son double. Le scandale a discrédité l'homme privé. Reste l'homme public. C'est pour lui que les Américains ont choisi la rédemption. Et c'est sur lui que Clinton rebondit maintenant en politique.