Le journaliste mexicain Juan Carlos Huerta a été abattu mardi 15 mai à la sortie de son domicile, au moment où le pays célébrait le 1er anniversaire de la mort de Javier Valdez, autre reporter réputé, tué dans des circonstances similaires. Huerta, qui travaillait à la radio et à la télévision, était âgé de 45 ans, il laisse une femme et deux enfants, selon les médias mexicains.

Les autorités ont annoncé être sur la piste du véhicule d’où seraient partis les tirs devant le domicile du journaliste à Villahermosa, la capitale de l’Etat de Tabasco, selon le gouverneur Arturo Nuñez. «Ce n’était pas un vol, ils semblent être venus pour l’exécuter», a-t-il ajouté. «C’est un nouveau crime que je regrette énormément […] Dans le cas de Juan Carlos, il s’agissait d’un journaliste référent […] On peut parler d’un ami», a encore dit le gouverneur.

Ce nouvel homicide porte à quatre le nombre de reporters tués en 2018, selon l’ONG Article 19 qui souhaite néanmoins confirmer que le meurtre est bien lié à la profession de Huerta. En 2017, au moins 11 d’entre eux ont été tués au Mexique, selon les ONG Reporters sans frontières et Article 19. Plus de 100 journalistes ont été tués au Mexique depuis 2000, selon les associations de défense de la liberté d’expression, dans un pays considéré comme un des plus dangereux pour exercer cette profession.

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En mémoire de Javier Valdez

Le meurtre de Huerta survient le jour même de la commémoration de celui de Javier Valdez, journaliste réputé, cofondateur de l’hebdomadaire Riodoce et collaborateur du quotidien La Jornada, qui avait provoqué une vague d’indignation internationale. Javier Valdez, 50 ans, collaborateur de l’AFP durant près de dix ans, a été tué le 15 mai 2017 en plein jour à la sortie de son bureau dans sa ville natale de Culiacan (nord-ouest du Mexique), dans l’Etat de Sinaloa.

Ses amis et des confrères participaient ces jours-ci à une série d’événements dans l’Etat de Sinaloa et à Mexico pour lui rendre hommage. Une manifestation s’est tenue mardi devant le parquet de Culiacan, les manifestants brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire «Justice pour Javier!», «Non à la peur!» et «Non au silence!». «Ces hommages, ces événements sont là pour rappeler aux gens que son meurtre est encore présent, qu’il ne doit pas rester impuni, qu’il doit y avoir une justice, un coupable», a déclaré à l’AFP Ismael Bojorquez, directeur et cofondateur de Riodoce avec Valdez.

Javier Valdez a été assassiné pour son travail d’investigation sur le narcotrafic, avait affirmé fin avril le commissaire de la sécurité nationale, Renato Sales, après avoir annoncé l’arrestation d’un des auteurs présumés du crime. Le meurtrier présumé a été identifié comme Heriberto N., âgé de 26 ans, impliqué «dans un cartel de drogue qui opère dans la région». Il a été arrêté à Tijuana, dans l’Etat de Basse-Californie (nord-ouest).

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«Suivre la voie tracée»

«Pour moi, [sa mort] est une perte irréparable, mais le plus important, c’est qu’avec le meurtre de Javier d’autres voix sont apparues. Il y a beaucoup de journalistes qui vont suivre la voie tracée par Javier. D’une certaine façon, il a été un exemple pour beaucoup», a déclaré à l’AFP sa veuve Griselda Triana, qui a quitté Culiacan et ne communique pas son lieu de résidence pour des raisons de sécurité.

En hommage à Javier Valdez et à Miroslava Breach, autre journaliste assassinée en 2017, l’ONU, l’Unesco, l’Agence France-Presse, l’ambassade de France au Mexique et l’Université ibéro-américaine ont lancé cette année un prix qui porte leur nom. C’est la journaliste mexicaine Daniela Rea, qui a réalisé de nombreux reportages sur la violence déchirant son pays, qui a été récompensée début mai par la première édition de ce prix.