Espagne

Un an après le référendum, le coup d'éclat des sécessionnistes catalans

Les comités de défenses de la république, de jeunes sécessionnistes catalans adeptes de l'action directe, ont bloqué lundi le trafic routier et ferroviaire, attisant encore les tensions dans la région

Alors que le conflit catalan bute sur une impasse politique, un an jour pour jour après le référendum d’autodétermination interdit et réprimé par la police espagnole, les sécessionnistes les plus actifs et déterminés sont passés à l’action pour exprimer leur colère. Lundi, une partie de cette région turbulente était sens dessus-dessous: routes bloquées, tumultes dans la gare pour trains rapides de Gérone, artères principales de Barcelone entravées affectant la circulation de toute la ville, manifestations de milliers d’étudiants mobilisés contre la «répression» de l’Etat espagnol, occupation du tribunal supérieur de justice régional… «Autant d’activités intolérables de la part des commandos séparatistes», a enragé Inès Arrimadas, leader régionale de Ciudadanos, une formation espagnoliste qui lutte contre «la dérive indépendantiste» en Catalogne.

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Les «comandos séparatistes» que dénonce la jeune et fringuante Inès Arrimadas ne sont autres que les CDR, les Comités de défense de la république. Ils sont apparus l’an dernier, peu après la tenue du référendum du 1er octobre, une consultation illégale, dont les principaux instigateurs sont aujourd’hui en prison préventive ou bien à l’étranger pour éviter d’être interpellé, à l’instar de l’ancien chef du gouvernement catalan Carles Puigdemont, réfugié en Belgique.

«République en construction»

Ces «comités», pour qui la sécession est la seule solution au «conflit politique», veulent coûte que coûte forcer le pouvoir espagnol à un nouveau référendum d’autodétermination, cette fois-ci légal. Leur stratégie pour y parvenir: la désobéissance civile passant par des opérations-choc. L’occupation de la gare de l’AVE (l’équivalent espagnol du TGV, ndlr), lundi matin à Gérone, est emblématique: les centaines d’activistes ont occupé les voies, y ont déposé des drapeaux indépendantistes, réussissant à perturber une zone sensible du trafic ferroviaire. «République en construction/Désolé du dérangement occasionné», pouvait-on lire sur une banderole.

Intégrés majoritairement par des jeunes issus de toute la Catalogne, les CDR élaborent leurs stratégies et prennent leurs décisions en assemblées. Leur principal objectif: incarner l’«esprit du 1er octobre» et agir de telle sorte que les dirigeants politiques n’aient d’autre choix que de favoriser l’indépendance. «Nous sommes les gardiens du pari sécessionniste, confie Enric, 27 ans, membre d’un CDR de Barcelone. Jamais nous n’oublierons les charges policières des Espagnols le 1er octobre alors que allions voter pacifiquement. L’indépendance ne tombera pas dans l’oubli: nous sommes là pour cela!».

«Comme les Basques pro-ETA»

L’actuel chef de l’exécutif catalan, le séparatiste Quim Torra, a applaudi lundi leurs actions: «Faites pression contre l’Etat espagnol, oui, vous faites bien de le faire!». Du côté des formations espagnolistes, on se dit scandalisé par ces «commandos». «Leurs activités intimidantes relèvent de la kale borroka», a fustigé le leader de la droite Pablo Casado, en référence aux opérations violentes menées par le passé les jeunesses basques pro-ETA, cette organisation terroriste qui a déposé les armes. Pour l’heure, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, qui cherche à poursuivre le dialogue avec les séparatistes catalans, n’a pas pris position.

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