Un an après, sa détermination n’a pas faibli. De sa voix calme, Joshua Wong expose sa nouvelle stratégie pour que Hongkong devienne, un jour, démocratique. Le 28 septembre 2014, alors qu’elle l’avait arrêté la veille, la police tirait 87 grenades de gaz lacrymogène sur les manifestants, la plupart étudiants. Jugée insupportable, cette violence jetait dans la rue des dizaines de milliers de Hongkongais, et déclenchait 79 jours d’occupation de plusieurs artères de la mégalopole rendue à la Chine par les Britanniques en 1997.

A la tête de Scholarism, un groupe d’étudiants, Joshua Wong n’avait alors pas encore 18 ans, mais il devint en quelques heures la figure charismatique du mouvement des parapluies. Il reste aujourd’hui un des principaux opposants politiques au Parti communiste chinois, qui le qualifie d’«extrémiste» et le juge sous influence «étrangère».

A l’origine des manifestations, une réforme voulue par Pékin permettait d’élire au suffrage universel le chef de l’exécutif de Hong­kong, mais limitait le choix à deux ou trois candidats présélectionnés par un comité acquis au Parti communiste. Malgré leur ampleur, les manifestations n’ont obtenu aucune concession. Cependant, faute d’une majorité suffisante, la réforme a échoué en juin devant le parlement. Ce lundi soir, plusieurs rassemblements sont prévus, aucun n’ayant annoncé préparer d’occupation comme celle de l’an passé.

– Le Temps: Vous avez dit qu’il avait manqué une veille de route claire au mouvement des parapluies. Comment la définiriez-vous aujourd’hui?

Joshua Wong: Notre but ultime est d’obtenir l’autonomie et la liberté. Depuis la rétrocession à la Chine, nous, la population, ne faisons que suivre l’agenda du gouvernement hongkongais sur ce sujet. Nous espérons toujours pouvoir relancer le processus de réforme politique afin d’adopter le suffrage universel. Mais le problème est que quoi que nous fassions, cela aboutira à un résultat défini par Pékin et qui sera inacceptable. Voilà pourquoi nous avons besoin d’une autre stratégie.

– Quelle est-elle?

– Par le passé, nous avons cru que le principe «un pays, deux systèmes» protégeait notre autonomie et nous permettrait de conquérir un jour la démocratie. Nous réalisons maintenant que ce n’est pas le cas. Les Britanniques comme Pékin ont seulement organisé un régime d’exception jusqu’en 2047. Pour la suite, Hongkong doit encore garantir la séparation des pouvoirs, maintenir l’Etat de droit, et bien sûr obtenir la démocratie. En réalité, le droit à l’autodétermination est la seule corde à laquelle nous pouvons encore essayer de tirer.


Photo. Joshua Wong attend sereinement son procès: «Je vais peut-être aller en prison, mais c’est le prix à payer.» (Philippe Lopez/AFP)


– Les manifestations n’ont-elles pas divisé davantage la population?

– Je ne crois pas que la division soit si grande. 60% de la population adhère à cet objectif de démocratie et de liberté, tandis que 40% restent en faveur de Pékin. Ces pourcentages n’ont pas beaucoup changé depuis le mouvement des parapluies.

– Des élections locales approchent, en novembre, et l’an prochain au parlement (Legco). Quelle est leur importance pour votre combat?

– J’espère que le mouvement des parapluies suscitera des vocations politiques. Cependant, se présenter à des élections demande bien deux années de préparation. Ce sera juste pour les élections de novembre. Concernant le Legco aussi, nous manquons de temps. J’espère toutefois qu’une nouvelle génération pourra s’y faire élire, en particulier des représentants des étudiants et de la société civile. Comme je n’ai pas 21 ans, l’âge légal pour être élu, je ne peux me porter candidat. Mon rôle est donc complexe.

– Préparez-vous de nouvelles actions de désobéissance civile pour le premier anniversaire du mouvement?

– Ce n’est pas vraiment un anniversaire parce que nous n’avons pas encore remporté la bataille. Pour améliorer le bien-être de la population ou résoudre certains problèmes sociaux, de nouvelles actions peuvent être utiles. Mais pas pour régler la question de notre futur. Le mouvement des parapluies a montré que nous manquions de poids, de pouvoir de négociation, même si nous étions 200 000 personnes dans la rue, pour affronter notre ennemi dans cette bataille, le Parti communiste.

– De son côté, Pékin hausse le ton. Son représentant à Hongkong vient de contester la séparation des pouvoirs. Vous répondez qu’il est impossible de dialoguer avec le gouvernement central…

– Ses déclarations montrent bien ce que Pékin veut faire de Hong­kong, une ville de Chine comme une autre. Nous voyons ce que donne la voie du dialogue avec ce qui se passe à Macau. Ils n’obtiennent pas non plus de suffrage universel, sans parler de leur autonomie ni de liberté d’expression. Voilà pourquoi je consacre mon énergie à convaincre les Hongkongais de se rallier à ce combat pour que nous soyons dirigés par nous-mêmes. Nous avons trente-deux ans devant nous, le temps joue donc en notre faveur. Je reste optimiste.

– L’autodétermination que vous prônez inclut-elle l’indépendance? Comment imaginer Pékin l’accepter, si l’on considère son impact potentiel sur d’autres provinces, comme le Tibet?

– Si nous pouvons obtenir l’autonomie et la démocratie tout en restant sous le régime chinois, l’indépendance n’est pas nécessaire. Néanmoins, si le Parti communiste nous en empêche, l’indépendance devra être considérée. Mais je ne suis pas un «localiste». Mon but premier n’est pas de faire sortir Hongkong de la Chine.

– En octobre débutera votre procès pour vos actions lors des manifestations. Redoutez-vous un procès politique?

– J’ai encore confiance dans la justice hongkongaise. Je vais peut-être aller en prison, mais c’est le prix à payer. A Hongkong, je vois surtout que la liberté d’expression et la liberté académique sont sous pression depuis 2012 et l’arrivée au pouvoir de C. Y. Leung.